Liban, la descente aux enfers...Pour qui ? par Marie Nassif-Debs

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Liban, la descente aux enfers...Pour qui ? par Marie Nassif-Debs

Hier, la chaine franco-allemande ARTE a présenté un documentaire sur la grande famine qui se répandit en Irlande au milieu du XIXème siècle. Elle a mis en évidence, photos à l’appui, les conséquences humaines et économiques de ce fléau qui fit un million de morts, en plus de l’émigration de plusieurs centaines de milliers de familles, dont un grand nombre ne purent atteindre les états de New York et du Massachussetts à l’est des Etats-Unis.

 

Nous avions, il y a de cela plusieurs décennies, étudié en classe d’histoire, les répercussions de cette maladie appelée le mildiou, qui atteint en 1845 la récolte de la pomme de terre en Irlande, transformant une grande partie des habitants – dans les campagnes en particulier – en personnes affamées et démunies, nous avions aussi lu des textes qui parlaient du refus du colonialisme britannique d’importer le maïs ainsi que d’autres céréales des Etats-Unis, et, ce, afin de ne pas léser la situation des grands propriétaires fonciers… Mais, nous n’avions jamais pu mesurer l’étendue de la politique de déplacement, forcé, des terres réquisitionnées par les colonialistes ou, surtout, celles des « nobles » irlandais qui n’hésitèrent pas à chasser leurs compatriotes et à les regarder mourir de faim.

Les images que la chaine franco-allemande nous a montrées ont soulevé d’autres images parlant, cette fois, du Liban passé et présent.

Du Liban durant la première guerre mondiale et de sa population que la famine décima et éparpilla aux quatre coins du monde, par suite des exactions du colonialisme ottoman et des féodaux libanais… Mais aussi, mais surtout, du Liban d’aujourd’hui volé par la bourgeoisie au pouvoir, par l’oligarchie financière surtout qui continue à commettre ses crimes tandis que la famine menace à nouveau une grande partie du peuple, si nous ne bougeons pas pour y faire face.

Ne vous demandez pas comment est-il possible que le peuple libanais, révolté il y a deux ans contre l’augmentation du prix des télécommunications, reste muet aujourd’hui tandis que la classe dominante se fait la guerre pour une nouvelle distribution des parts dans les institutions constitutionnelles, parce que cette classe pourrie utilise, à son habitude, le confessionnalisme comme arme de division et de destruction !

En effet, le gouvernement de Mikati est en léthargie depuis plus de deux mois à cause des diktats et des immixtions internationales et aussi régionales dans les affaires intérieurs du pays, et qui trouvent leur écho parmi les différentes factions de la classe dominante qui refusent que certains ministres soient interrogés ou, encore, que des responsables soient traduits en justice…

Tout cela à un moment où le dollar fait des bonds gigantesques, atteignant les 23 mille livres et entrainant avec lui l’inflation, qui dépasse aujourd’hui les 1400 pour cent, et les prix des denrées de première nécessité… tandis que les salaires vont descendant (le Smig ne vaut plus 30 dollars) et que l’armée des chômeurs s’élargit, y compris parmi les travailleurs dans le secteur bancaire ; ce secteur qui, avec son oligarchie financière, est à la base de la ruine du Liban…

La prophétie du président de la République concernant la descente aux enfers de notre peuple est-elle en train de se réaliser ?

Oui, d’après les descriptions du poète Dante qui, suivant la liturgie chrétienne, divisa l’enfer en cercles parallèlement aux péchés capitaux. Ces péchés qui furent, tous, commis par ceux qui nous ont poussés au feu.

Voilà pourquoi nous utiliserons les allégories de Dante pour leur dire que nous sommes sur la rive du fleuve Enfer, bien à l’abri, et nous les regarderons bientôt en train de se noyer dans ses eaux de sang bouillonnant… Parce que ce sont eux les « hypocrites », les « voleurs », les « fraudeurs » et les « traitres »… Parce qu’ils ont semé les graines «du schisme ».

Et nous n’allons pas leur permettre de nous affamer une fois de plus.

Marie Nassif-Debs  Le 2 décembre 2021

(Traduit de l’Arabe)

 

 

Publié dans Moyen Orient

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