Macron se lance dans la bataille pour sa réélection pas acquise du tout !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Macron se lance dans la bataille pour sa réélection pas acquise du tout !

Etrange, Macron a organisé son entrée en campagne électorale avec la chaîne privée TF1. Pourquoi une telle précipitation pour une prestation centrée sur son bilan. Les sondages montrent sa lente érosion au fur et à mesure que la pré-campagne s'anime avec les candidats-es déclarés notamment celles de Zemmour et de Pécresse la semaine dernière. De quoi l'inquiéter. Une réélection pas si évidente !

Cela lui a permis d'occuper les médias. Après sa conférence de presse sur l'Europe,  une allocution télévisée en novembre consacrée à ses projets de réformes, et la multiplication des visites dans plusieurs régions, Macron s’est invité pendant deux heures sur TF1. Personne n'est dupe, il est candidat et mène campagne. Il serait juste que ce temps de parole soit également alloué aux autres candidats-es. Ses adversaires, déclarés candidats pour 2022, dont - Fabien Roussel (PCF), Valérie Pécresse (LR)  en passant par Yannick Jadot (EELV) - ont saisi le CSA en ce sens.

D'autant que Macron a pris le temps de vanter son bilan tentant  de rompre avec une étiquette qui lui colle à la peau, il est le président des riches. «Si la question c'est ''est-ce que vous avez de l'ambition pour le pays au-delà du mois d'avril prochain ?''. Mais bien sûr, d'évidence», a-t-il répondu interrogé sur son souhait de se présenter à un nouveau mandat. Il est donc candidat ! Il faut arrêter l'hypocrisie !

La première partie de son show a été consacrée à la crise sanitaire. C'est un satisfecit total. Il a rappelé les « trois piliers » de sa stratégie : vaccination, renforcement des gestes barrières, et passe sanitaire. Pas de nouvelles annonces pour autant, la vaccination des enfants étant laissée à l’appréciation des parents. Au-delà de la 3ème dose, il a préparé les esprits à une autre forme de rappel : face à des « variants (qui) parfois peuvent résister un peu mieux », « il est vraisemblable qu’on aille » vers «  un autre type de rappel... »

Macron a dressé un bilan flatteur. « Nous étions conscients que ce virus était redoutable. La ministre de la Santé nous avait alerté en étant plus alarmiste que l'OMS », a-t-il commencé alors même que Agnès Buzyn déclarait que « le risque d'importation (du virus) depuis Wuhan est pratiquement nul » et que « le risque de propagation est très faible ».  Il a insisté sur les débats au parlement – « je défie quiconque de montrer une démocratie qui a fonctionné aussi intensément que la démocratie française», a-t-il martelé - se gardant de préciser que le confinement, par exemple, n’en avait pas fait l’objet.  Et d’ajouter sur les privations de liberté : « je préfère le terme de société de vigilance ou de responsabilité que société de contrôle ». Quel culot  !

Rien à redire, ou presque, non plus sur la gestion des masques qui ont fait défaut au début de la crise dont il a renvoyé la responsabilité aux équipes de gestion sanitaire antérieures et à la mondialisation – avec laquelle, bien sûr, il ne s’agit pas de rompre. On est prévenu, Macron ne change rien !

Quant à l’hôpital qui explose, il met cela sur le dos de ses prédécesseurs : "La situation de l'hôpital ne date pas de cette crise " et renvoie au Ségur la question sensible des rémunérations et à sa volonté de s'attaquer à un « hôpital qui s’est bureaucratisé » !  Pour le reste, les soignants apprécieront, puisque la clé réside selon Macron dans « une organisation plus souple ». Il ne change donc rien !

Macron a tenté de se muer en président empathique. « Cette crise m'a fait toucher plus directement les inégalités insupportables qui peuvent exister... ». La caméra passe alors en gros plan, il ne manquait plus que les violons et les trémolos dans la voix.

« Je n'ai jamais été le président des riches. A t-il affirmé. Je sais d'où je viens. Mes valeurs ne sont pas celles d'un président des riches », a-t-il appuyé. Et d'entonner le refrain que ses lieutenants scandent depuis des semaines : « Nous avons aujourd'hui un taux de chômage qui est le plus bas depuis quinze ans ». Un mensonge par omission de plus, oubliés les radiés de la réforme de l'assurance chômage et les contrats précaires qui masquent la réalité du chômage. Quant à ses insultes et sa culpabilisation des salariés sur le « pognon de dingue », « les gens qui ne sont rien » ou du boulot il y en a en « traversant la rue », il tente de plaider à sa décharge : « je suis arrivé avec une volonté de bousculer, mais je ne mesurais pas suffisamment deux choses : nous sommes dans une société de la décontextualisation (...) et il y a des mots qui peuvent blesser ».

Par contre, il ne fait aucun méaculpa sur sa politique qui ne ment pas et est bien au service des riches et hyper riches qu’il l’a menée. Macron a été sur la défensive, tentant de la justifier en permanence allant même jusqu’à contester les chiffres démontrant une baisse du pouvoir d’achat pour les plus pauvres. Outre des réductions d’impôts, qui n’ont que peu concerné les Français les plus précaires, il n’a, pour justifier son action auprès « des plus modestes », mis en avant que deux mesures. L’augmentation du minimum vieillesse et celle de l’Allocation adulte handicapé, « de 100 € pour atteindre 900 € par mois » - alors même qu’il promettait en 2017 qu’elle passerait « au-dessus du seuil de pauvreté », aujourd’hui supérieur à 1000 € par mois. Et personne n'oublie que par trois fois il a baissé les APL mettant en grande difficulté des milliers de ménages !

Alors que la France sort exsangue de son quinquennat, il ose affirmer de « très bons résultats économiques ». Si les versements des dividendes aux actionnaires en hausse est un critère de jugement, il ne peut masquer la montée de la pauvreté et des inégalités, ni l'accroissement du déficit de notre balance commerciale du fait des abandons industriels avec les délocalisations dont il est le champion. Aucun mot sur l'explosion de nos services publics devenus inefficaces du à la casse des emplois dans ces secteurs !

Il est même allé jusqu'à se féliciter de la casse sociale, avec ses deux réformes emblématiques. Celle de l’assurance-chômage : « Une réforme qui n’a pas été faite depuis plus de 15 ans qui fait que le travail est plus incitatif. Et il ne faut plus travailler quatre mois mais six mois dans l’année, ce qui change quand même pour beaucoup de monde », a-t-il expliqué au mépris de la réalité de l’emploi et de ceux ayant perdu leurs allocations.

Quant à la réforme, inachevée, des retraites, il a émis le souhait d'un nouveau texte, qui repousserait l’âge de départ  : « Il est maintenant clair, tous les rapports objectifs le montrent, qu’il faudra travailler plus longtemps. » !  S’il dit s’être rendu compte, lors du printemps 2020 et la suspension de la réforme « qu’on doit adapter ce temps de vie au travail, en fonction des difficultés de certaines tâches », la suppression des régimes spéciaux n’est pas remise en cause. « On doit produire plus », a conclu Macron, avant de revenir sur son modèle économique, le néolibéralisme : « On n’a pas de grandes nations sans des gens qui investissent dans les entreprises. ». Il a ainsi défendu la suppression de l’impôt sur la fortune et le libéralisme dont il a dressé les louanges.

La suppression de l’ISF au cœur de la mobilisation des Gilets jaunes – qu'il a qualifiée de « crise ». Avant de finalement reconnaître une « France qui se sent invisible », Macron a abordé ce sujet uniquement sous le prisme des « violences » commises par les Gilets jaunes. « Nous avons vécu un moment où la violence est revenue dans la rue, où la violence a été légitimée. J’ai vu les esprits se dissoudre. Une espèce de désagrégation des valeurs. La violence est là parce qu’il y a du ressentiment, des peurs, que les réseaux sociaux l’ont désinhibée », a-t-il déclaré. Malgré les violences policières et les dégâts humains causés (Mains arrachées, des gens éborgnés, roués de coups etc) il a refusé de prendre sa part de responsabilité, justifiant presque ces violences policières en culpabilisant les manifestants, « parce qu’ils se sont exposés », a t-il estimé.

Sur la sécurité, Macron a évoqué « plus de policiers qu’il y en avait au début de mon quinquennat ». Des forces de police qui ont été « formées » sur la prise en charge des femmes victimes de violences, « une des priorités de mon quinquennat », sur laquelle il a peiné à afficher de réelles évolutions.

Quant à l’affaire Nicolas Hulot, Macron a justifié le soutien qu’il lui avait alors apporté en 2018 : « Il a nié avec beaucoup de forces. Il n’y avait aucune procédure judiciaire en cours. Donc il est resté ministre, quel était l’autre choix que nous aurions pu faire ? »

Les dernières minutes ont été consacrées à l’immigration – qu’il veut « choisie » - et de l’islam. « Il y a au sein même de la société des femmes et des hommes qui ont appris qu’il fallait haïr cette république et que leur avenir était dans l’obscurantisme... Il faut convertir les esprits, c’est un combat culturel, civilisationnel », a développé Macron, tout en insistant sur la nécessité d’ « éviter à tout prix l’amalgame entre ce projet de division, et l’islam ». « Il faut qu’ils puissent vivre dignement et calmement dans notre société » alors que certains de ses discours et déclarations de ses ministres, lors de la loi sur les séparatismes, il y a un an, ont parfois stigmatisé de nombreux musulmans.

Le candidat Macron a conclu ses deux heures de direct sans annoncer sa candidature alors que tout le monde a perçu qu'il était bien en campagne. Hypocrisie quand tu nous tient !

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