Victoire et espoir au Chili et pour l'Amérique du Sud

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Liesse populaire, le nouveau président et la joie des présidents de la Bolivie, de l'Argentine et du Brésil à l'annonce de la victoire
Liesse populaire, le nouveau président et la joie des présidents de la Bolivie, de l'Argentine et du Brésil à l'annonce de la victoire
Liesse populaire, le nouveau président et la joie des présidents de la Bolivie, de l'Argentine et du Brésil à l'annonce de la victoire

Liesse populaire, le nouveau président et la joie des présidents de la Bolivie, de l'Argentine et du Brésil à l'annonce de la victoire

Grande victoire pour le peuple chilien qui voit Gabriel Boric l'emporter sur le candidat de l'extrême droite José Antonio Kast admirateur de Pinochet qui assassina dans les années qui suivirent son coup d'Etat du 11 septembre 1973 des dizaines de milliers de démocrates et en premier lieu les communistes. Gabriel Boric l'emporte largement avec 56% contre 44% à Kast.
 
Aussitôt connu le résultat, des centaines de milliers de chiliens sont descendus dans les rues pour fêter leur victoire. Après celles du Nicaragua, du Honduras, du Venezuela, du Pérou, celle au Chili ouvre une ère nouvelle à la démocratie sur tout le continent Sud Américain.
 
Avec cette victoire nette et sans bavure aussitôt reconnue par Kast, nos pensées vont à Salvadore Allende, à Victor Jarra, à Pablo Neruda assassinés par la junte chilienne soutenue activement par la CIA et les USA. Nos pensées vont également à l'écrivain Luis Sepulveda décédé en 2020 du Covid qui témoigna dans son livre "La folie Pinochet", des crimes et atrocités que les démocrates chiliens et les familles chiliennes martyrisées ne veulent ni oublier ni pardonner. Comme le rappelle Victor Sandoval dans un article sur facebook "Tous les rapports sur les crimes de Pinochet, donnent un total de 3 227 victimes (2 125 assassinées et 1 102 détenus-disparus). Les militants communistes étaient plus de 500. Des agents de la dictature ont détenu et torturé 31 831 patriotes. Plus de 200 000 personnes ont été jetées en exil, réparties dans 50 pays."
 
On comprend mieux encore la liesse de dimanche soir à l'annonce de la victoire de Boric  devenu le candidat présidentiel de la coalition Apruebo Dgnidad formé par le Frente Amplio et Chile Digno du PC chilien et du Parti Vert Régionaliste. Un parcours utile à connaître au moment où le communisme  vit une nouvelle étape dans sa lutte pour dépasser le capitalisme en crise profonde.
 
Le PC chilien en est à l'origine. Jadue était son candidat. Il a proposé une primaire. Personne n'a dit Oui. Grand favori des sondages et de l'opinion, Jadue voulait faire au Chili ce qu'il fait dans sa commune : pharmacie populaire au prix coutants, santé publique locale (quand tout est privatisé), université populaire locale (ils sont presque 100 mille élèves et c'est génial leur truc avec des profs volontaires de 50 pays différents, démocratie citoyenne (comités de quartier avec pouvoir, conseil municipal en ligne et débats avec tous...le pouvoir populaire vrai...logement social décidé en co-construction avec ceux qui ont le plus besoin (au Chili il n'existe pas cela), etc etc.
 
A la dernière minute Gabriel Boric se présente et gagne la primaire. Le PC perd mais poursuit le combat pour rassembler derrière le gagnant. Au Chili, dans une primaire tout le monde vote, la droite, le PS, les démocrates chrétiens, les radicaux, les libéraux. Tous sont venus voter pour battre la menace Jadue et des communistes.
 
Le PC avait promis de rassembler sur le gagnant... et celui-ci devient président du Chili sans avoir proposé un vrai programme mais une série de mesures et beaucoup d'idées alors que Kast centrait la sienne sur l'anti-communisme.
 
Nous nous réjouissons infiniment de cette victoire de Boric. On se réjouit de la mobilisation militante, notamment celle du parti communiste, qui a modifié la participation populaire entre les deux tours et particulièrement celle des femmes.
 
Cette mobilisation populaire doit se maintenir car elle seule peut transformer les promesses en réalités. "Faire du berceau de l'ultra libéralisme un pays interdit à l'ultra libéralisme qui se heurtera à un mur. On voit bien comment, au Pérou, Pedro Castillo est empêche de gouverner" comme le rappelle Maïté Pinéro dans un article sur facebook.
 
Par ailleurs, au Chili comme ailleurs, certains dirigeants de gauche sincères conservent des œillères. Lors d'un débat avec Daniel Jadue, Gabriel Boric déclarait soutenir, non le gouvernement de Cuba mais les "Cubains qui manifestaient dans la rue". On n'a pas vu de manifestation d'opposants à Cuba, et Yunior Garcia qui les convoquait, a été exfiltré en Espagne par ses protecteurs. Espérons que cela aide le nouveau président du Chili à modifier son jugement et à se méfier des fausses idées rabâchées notamment par les sociaux démocrates. Comme le rappelle Maïté Pinéro "Qu'on le veuille ou non, la position concernant Cuba, est un marqueur en Amérique latine et ailleurs. Même si cela n'empêche pas le débat et les divergences sur le parti unique et les libertés."
 
Rapidement le Chili après l'état de grâce, va entrer dans la vraie épreuve du feu. Quelles réformes et jusqu'où, est d'importance pour tout le continent. L'exercice du pouvoir va obliger Gabriel Boric à s'appuyer sur la mobilisation populaire qui a fêté sa victoire avec tant d'espoir dimanche soir.
 
Notre immense plaisir de la victoire ne peut gommer notre lucidité dans la période où tout va se jouer. Nous n'oublions pas qu'en Amérique latine comme ailleurs, le même espoir le soir de victoire électorale a pu être déçu. Maïté Pinéro, nous rappelle qu'Il "suffit de regarder la situation au Salvador après deux présidences du Front Farabundo Marti, celle du Brésil après deux présidences du PT. Les réformes sociales sont vite remises en cause quand on ne s'attaque pas au pouvoir de l'argent, sans réforme des structures de l'état. Et on finit par se dire que les intermèdes de gauche mollasonne au pouvoir semblent constituer des sortes de respiration au capitalisme pour mieux resserrer ensuite son emprise sur l'économie, le pouvoir, les cerveaux."
 
En effet, au Chili comme ailleurs, quand la gauche au gouvernement s'accommode, temporise, ménage la chèvre et le chou, elle crée la désillusion très difficile à effacer. On espère que le peuple chilien saura s'éviter cette épreuve mais la question lui est maintenant posée.
 
Nous sommes au début d'un nouveau cycle sans les vieux partis du capital. Il est possible d'en finir avec la constitution néolibérale de Pinochet car pour Boric toute marche arrière est impossible... Cela est bon. Mais pour le reste c'est la lutte de classes que décidera.
 
Le sénateur communiste Nunez appelle encore à élargir le rassemblement. Nous n'avons pas la majorité ni dans la chambre ni au sénat... La seule chose que nous avons c'est le Parti Communiste, premier parti du Chili, mais c'est largement insuffisant sans le soutien massif de l'opinion.  Tel est l'enjeu.
 
Le Parti communiste chilien est marxiste léniniste et solidaire de toutes les révolutions et de tous les partis communistes au pouvoir, il doit donc agir pour mobiliser largement sans perdre du vue  que l'ennemi principal, c'est l'impérialisme US et ses multinationales, le grand capital local, et que sur ces bases les convergences et solidarités avec les peuples d'Amérique du Sud et Centrale comme avec ceux du monde seront déterminantes pour transformer l'essai au Chili et ailleurs dans le monde.
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