Arnaud Spire nous a quitté. Fabien Roussel lui rend hommage ainsi que Jean Paul Jouary philosophe

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Arnaud Spire nous a quitté. Fabien Roussel lui rend hommage ainsi que Jean Paul Jouary philosophe

« Le goût de la réflexion philosophique à des générations de communistes »

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la mort d’Arnaud Spire. Notre peine est immense tout comme l’était la force de l’engagement d’Arnaud. D’un courage inouï, il a mis, à plusieurs reprises, sa vie en danger pour défendre la liberté et la justice, il a subi la torture pour ses engagements. Militant du Parti Communiste Algérien et, jusqu’à son dernier souffle, de notre Parti, journaliste à l’Alger Républicain, à la Nouvelle Critique, à l’Humanité, philosophe, la richesse de son parcours traduit la finesse de son intelligence, son sens du partage et la fidélité à nos convictions.

Arnaud était aussi à l’aise sur un bout de trottoir à vendre l’Humanité et diffuser les tracts du Parti que dans les colloques internationaux de philosophie.

Plume précise et efficace tout autant que militant des gestes quotidiens, intellectuel brillant et passionné de l’organisation, Arnaud a apporté à des générations de communistes, dans les écoles du Parti comme dans les pages de l’Humanité, le goût de la réflexion philosophique et la passion pour Marx et son œuvre. C’était un camarade disponible, à l’écoute, dont le discret sourire traduisait l’espièglerie autant que la générosité.

Mes pensées vont vers ses proches, sa famille, ses camarades. Son courage et sa déterminations nous obligent : nous saurons être à la hauteur de son héritage.

Jean-Paul Jouary, philosophe, lui a rendu hommage en ces termes

D’autres que moi témoigneront sans doute de son inlassable vie militante, tout jeune déjà comme héros de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, survivant à des semaines de torture de l’armée française, puis sur le terrain, en France, acteur de toutes les luttes sociales et démocratiques.

Je retiens des quarante années d’amitié avec lui, sa passion pour la peinture contemporaine, le théâtre, la poésie, et bien sûr la philosophie (sans oublier la gastronomie!). Pour avoir écrit sept livres avec lui entre 1980 et 1997 puis en échangeant sans cesse sur nos écrits respectifs, je tiens à souligner son rôle majeur dans l’élaboration de certaines démarches théoriques novatrices.

Grand lecteur attentif de Marx, il en a notamment tiré l’idée de « point de vue de la pratique dans la théorie », essentielle pour le démarquer de toute dogmatisation. Cela lui permit de réfuter radicalement toute idée de  « société communiste », idée totalement étrangère à la pensée de Marx qui ne cessa de lui opposer celle de « mouvement réel abolissant l’état actuel », conception rassembleuse et dynamique dont l’ignorance a beaucoup coûté aux mouvements qui se réclamaient de lui. Cela le conduisit aussi à combattre toute conception étroitement déterministe de la science et de l’histoire. C’est en effet en dépassant ce déterminisme réducteur que l’on peut inclure l’aléatoire, la pluralité des possibles, au sein de ce que Marx appelait des « lois tendancielles », et de concevoir ainsi la libre créativité de l’action humaine.

Cette démarche philosophique conduisit Arnaud Spire à se rapprocher du prix Nobel Ilya Prigogine, auquel il consacra un livre retentissant en 1999, La pensée-Prigogine, livre auquel participèrent le physicien Gilles Cohen- Tannoudji, le philosophe Daniel Bensaïd et le sociologue Edgard Morin.

Il serait bon de reconnaître l’importance de son apport philosophique au moment où il nous quitte.

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