La transition énergétique ne doit pas se faire au détriment des plus défavorisés par Alain Pagano

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La transition énergétique ne doit pas se faire au détriment des plus défavorisés par Alain Pagano
 
Emilio Meslet s'est entretenu avec Alain Pagano responsable de l'écologie au sein de la direction du PCF. Entretien publié ans l'Humanité.

Comment jugez-vous le bilan écologique d’Emmanuel Macron ?

Alain Pagano :  Ça fait pschitt, pour reprendre les paroles de Jacques Chirac. La politique écologique de la France, c’est beaucoup de belles paroles, malheureusement contredites par les actes. On l’a vu avec l’hésitation, qui s’est conclue par un renoncement, sur l’interdiction du glyphosate. Prenons aussi l’exemple de la rénovation thermique des logements, dont le budget a été abaissé pendant deux ans, avant d’être rétabli, sans plus, à l’issue de la Convention citoyenne pour le climat.

Tout cela illustre le manque d’ambition. Emmanuel Macron n’est pas du tout à la hauteur de l’urgence climatique. Personnellement, je lui mettrais une très mauvaise note. Notez que la justice l’a déjà fait, en condamnant l’État français pour inaction climatique.

Pour leur défense, les macronistes arguent qu’aucun président français n’avait autant agi pour le climat. Ont-ils tort ?

Alain Pagano : On agit peut-être plus qu’avant, et c’est heureux, mais on ne fait pas assez ! Le problème est le suivant : les alertes climatiques se multiplient et le gouvernement avance à peine. Il faut changer de braquet. On pouvait dire, il y a dix ans, que les politiques n’avaient pas conscience de l’urgence, mais aujourd’hui, c’est terminé. Avancer que l’on fait mieux que les autres n’est pas un argument recevable : il faut aller plus vite, plus loin, plus fort.

Mais il n’y a pas, dans l’actuelle majorité, la volonté de renverser la table. Ils parlent de volonté individuelle, de gestes écocitoyens… Il ne faut certes pas les décourager, mais on a besoin d’un vrai changement de système. Un exemple : le plan de relance de 100 milliards d’euros, dont 30 milliards consacrés à l’ambition écologique. On n’en a pas vu la couleur en termes de décisions structurantes…

À quoi ressemblerait un quinquennat écologiste par Fabien Roussel ?

Alain Pagano :  On a besoin d’une politique beaucoup plus volontariste, entre autres sur la question des transports, principal facteur d’émissions de gaz à effet de serre. Il faut aider au développement de la gratuité des transports en commun, aller plus loin sur le ferroviaire avec une politique de grands travaux écologiques pour remailler le territoire, baisser le prix du billet de train…

Nous devons aussi arrêter les délocalisations : tout ce qui est produit dans des pays à bas coûts salariaux à des milliers de kilomètres renforce la nécessité de transports de marchandises, avec une empreinte environnementale forte.

Sur les questions énergétiques, Fabien Roussel a fait la démonstration de l’originalité de ses propositions en défendant un mix énergétique comprenant nucléaire et énergies renouvelables. Nous devons, en priorité, sortir du gaz, du pétrole et du charbon.

Au vu de l’urgence climatique, il faut y mettre les moyens. Fabien Roussel propose de suivre la recommandation du Giec : 6 % du PIB consacrés à la lutte contre le réchauffement climatique, soit 140 milliards d’euros pour la France chaque année. Voilà notre ambition, pour que la transition ne se fasse pas au détriment des plus défavorisés.