PIB, pouvoir d'achat, emploi, chômage : la vérité est contraire à ce que raconte le clan Macron

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

PIB, pouvoir d'achat, emploi, chômage : la vérité est contraire à ce que raconte le clan Macron

Emmanuel Macron est en campagne. Son élection incertaine l'amène à tenter de faire avaler des couleuvres aux Français en valorisant le bilan de son quinquennat. L'accent est mis sur trois données : la progression du PIB, un taux de chômage jamais aussi bas et le pouvoir d'achat qui progresserait.

Sauf que quand on regarde de près les chiffres, le bilan n'est pas aussi positif que l'on tente de le faire croire. Le PIB a certes progressé de 7% en 2021 selon une estimation de l'Insee mais il ne faut pas oublié qu'en 2020 la récession a été de 8,3 %, il manque 1.3% pour rattraper le niveau de 2019. Et les prévisions montrent qu'on est loin d'une sortie de la crise économique puisque les estimations de l'Insee sont de 3,6 % en 2022, 2,2 % en 2023 et 1,4 % en 2024.

Il s'agit bien d'une croissance atone qui risque de faiblir encore avec la montée de l'inflation qui rogne le pouvoir d'achat et motive les mobilisations sociales dans les entreprises comme le montrent nombre de conflits ayant éclatés ces dernières semaines face à un pouvoir et un patronat qui n'entendent rien lâcher de leur politique d'austérité.

En regardant les chiffres sérieusement, on constate que si la masse des revenus a légèrement augmenté, mais si on ramène celle-ci par tête de salarié on constate une baisse du revenu, donc une perte de pouvoir d'achat.

C'est cette austérité conjuguée à la précarisation des emplois, qui permet aux marges des entreprises d'atteindre un record historique jamais vu depuis 1949. Les entreprises sont donc en bonne santé. Selon l'Insee, leur taux de marge atteint est de 34 % !

Cela explique que des groupes battent leur record de profits, que le capital financier s'accumule exigeant encore plus de capitaux et que les actionnaires touchent des dividendes faramineux. Les ressorts de la crise sociale et économique sont bel et bien là favorisés par les cadeaux aux entreprises qui avec Macron ont battu tous les records !

Quant à la situation de l'emploi un article de Gisèle Cailloux publié dans Economie Politique (N°808-809) démontre fort bien qu'on fait dire aux chiffres le contraire de ce qu'ils veulent dire. Loin de se résorber les nombres de privés d'emplois et de précaires progressent causant l'aggravation de la pauvreté et des inégalités.

Ainsi la dernière publication de la DARES (Direction de l’Animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail) sur les chiffres du chômage de Pôle Emploi indique un véritable retour à une situation d’avant Covid. Ce serait même meilleur. En même temps, des médias indiquent que ce retour à de meilleurs chiffres du chômage ne s’accompagne pas d’une reprise des postes d’emplois. Étrange ?

Sur 3 mois, le chiffres de la catégorie A auraient diminué de 203 100 avec des transferts vers les catégories B et C, cette dernière augmentant de 93 100. Globalement, le chômage catégories A,B,C * aurait diminué de 110 900.

*Catégories ayant obligations de chercher un emploi et confrontés au fait que que 85 % des emplois proposés sont des CDD dont la moitié sont des contrats courts de moins d’un mois.

Gisèle Caillloux s'est donc livrée à une analyse des chiffres de Pôle Emploi.

Quand on regarde les tableaux d’entrée et sorties de Pôle Emploi :

     
Sorties de Pôle Emploi
Données cvs-cjo France métropolitaine
Nombre moyen d’entrées au 3ème trimestre 2021 (en milliers) Répartition par motif (%)
Reprise d’emploi déclaré 126 100 22,8%
Entrée en stage ou en formation 71 000 12,8%
Arrêt de recherche (maladie, maternité, retraite) 47 600 8,6%
Cessation d’activité pour défaut d’actualisation 223 600 40,4%
Radiation administrative 43 900 7,9%
Autres cas 42 000 7,6%
Ensemble des sorties de catégorie A, B ou C 554100 100 %

Sur 554 100 sorties de Pôle Emploi, seuls 126 100 ont retrouvé un emploi !

Ainsi les chiffres de Pôle Emploi baissent de 554 100 mais le nombre de personnes privées d'emploi et ne figurant plus dans les chiffres est de 428 000 !

Par ailleurs 40 % sortent pour défaut d’actualisation ou radiation (223600) et 8% par radiation administrative soit un total de 267 500. Beaucoup de ces personnes se retrouvent privées d'indemnisation et sont plongées dans la pauvreté.

S’ajoutent ceux qui sortent provisoirement de Pôle Emploi pour cause de maladie ou de maternité (prise en charge par la Sécurité sociale), ceux qui partent en stage (changement de catégorie) mais ont peu de chance de trouver un CDI. Ainsi que ceux qui partent en retraite mais largement compensés en entrées par les inscriptions de première entrée.

Une fois vues les sorties de Pôle Emploi, il faut examiner les inscriptions (les entrées) à Pôle Emploi et les causes de celles-ci.

Entrées de Pôle Emploi
Données CVS-CJO
France métropolitaine
Nombre moyen d’entrées
au 3éme trimestre 2021
(en milliers)

Répartition par motif
(en %)

Fin de contrat

93  600

18,6%
Fin de mission d’intérim 25 400 5,1%
démissions 20 900 4,2%
Ruptures conventionnelles 36 700 7,3%
Licenciement économique 9 800 1,9%
Autres licenciements 33 400 6,6%
Première entrée sur le marché 31 800 6,3%
Retour d’inactivité 85 400 17%
Réinscription rapide 85 800 17,1%
Autres motifs 34 700 6,9%
Motifs indéterminés 45 100 9%
Ensemble des entrées catégories A,B,C 502 700 100%
  • première entrée : personne qui s’inscrit pour la première fois (après les études, ou bien elle était inactive) ;
  • retour d’inactivité : après une maladie, une maternité, une formation…
  • réinscription rapide : après radiation, défaut d’actualisation (voir ci-dessus les sorties) ;
  • autres motifs : fin d’activité non salariée, retour en France, changement d’activité…

Source Pôle Emploi Dares STMT 25400 (fin de mission d’intérim) + 93 100

On remarque que les cessations d’activité pour défaut d’actualisation ont augmenté de 9 % sur le trimestre et les radiations administratives de 28,4 % . Elles atteignent ensemble le chiffre de 181 800 en tenant compte des « réinscriptions rapides » !

Si on fait le compte de ceux qui ont perdu leur emploi de façon identifiée :

93 600 (fin de contrat) + 25 400 (fin de mission intérim) + 20 900 (démissions) + 36 700 (ruptures conventionnelles) + 9.800 (licenciements économique) + 33.400 (Autres licenciements) = 219 100 qui rentrent à Pôle Emploi car privés d'emploi ou en recherche d'emploi. Ce chiffre est à comparer aux 126 100 qui ont retrouvé un emploi !

S’ajoutent les premières entrée sur le marché du travail (31.800 + les retours d’inactivité (85.400) + les autres motifs (34.700) et les motifs indéterminés (54.100), soit un total de 206 000.

Si le chômage diminuait comme le répète les économistes libéraux et les macronistes, la différence entre ceux qui ont trouvé un emploi (ou qui sont partis en retraite) et ceux qui l’ont perdu, devrait être positive. Or ce n'est pas ce qui est constaté, la comparaison des chiffres d’entrées et sorties de pôle emploi montre que le chômage continue de s’accroître, c'est à dire le nombre de personnes privés d'emploi ou n'ayant pas accès à l'emploi, bien que le nombre d’inscrits à pôle emploi diminue !

Chômeurs selon les critères du Bit ou demandeurs d’emploi ?

En France, il existe deux sources statistiques pour le chômage : les chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) mesurés par l’INSEE et les demandeurs d’emploi comptabilisés par la DARES et Pôle Emploi. 

Un chômeur au sens du BIT est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui est sans emploi (il ne faut pas avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure au cours de la semaine de référence), disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours, et qui a activement cherché un emploi dans le mois précédent (ce qui n’est souvent pas le cas des chômeurs longue durée lassés de leurs échecs) ou en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Le nombre de chômeurs est estimé à partir d’une enquête menée par l’Insee auprès d’environ 92 000 ménages, et fournit un indicateur de référence du chômage permettant une comparaison internationale.

La DARES et Pôle Emploi comptabilisent les personnes inscrites comme demandeurs d’emploi à Pôle Emploi. Parmi les cinq catégories d’inscrits (A, B, C, D, E), la catégorie A regroupe les personnes tenues d’effectuer des actes positifs de recherche d’emploi et sans aucun emploi au cours du mois.

Même si le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A présente l’avantage d’être disponible au niveau territorial, il est affecté par les comportements d’inscription des demandeurs d’emploi (par exemple, de nombreux chômeurs non indemnisés abandonnent leur inscription à Pôle Emploi) ainsi que par les changements de modalités de gestion, et il ne permet pas de comparaison internationale.

Une statistique effectuée à partir de 92 000 ménages présente une fiabilité mais cela reste un sondage alors que les inscriptions à Pôle Emploi, au-delà des faits critiquables (radiations administratives, défaut d’actualisation), sont plus proches de la réalité.

D’ailleurs, paradoxalement, en 2020, l’Insee constatait que : « le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a nettement reculé pendant le premier confinement. Cette baisse, en trompe-l’œil, est principalement imputable aux difficultés à rechercher un emploi lorsque l’activité est à l’arrêt ». Ne pouvant plus chercher de travail, ces gens étaient toujours probablement inscrits à Pôle Emploi mais n’étaient plus chômeurs au sens du BIT !

Ils ne disparaissent pas pour autant des radars de l’Insee :

« En contrepartie de cette baisse, le halo autour du chômage augmente en 2020. Au total, la part de personnes sans emploi souhaitant travailler, qu’elles soient au chômage ou dans son halo, augmente nettement en 2020 » (voir sur ce sujet la rubrique « Un chiffre expliqué : 1,7 million de personnes dans le halo autour du chômage », Économie&Politique n° 802-803, mai-juin 2021).

L’autre face du chômage : la très grande précarité de l’emploi !

Au 2e trimestre 2021, le secteur privé employait 19 753 000 de salariés.

Ce chiffre se réfère aux critères du BIT, qui comptabilise dans l’emploi les personnes ayant travaillé au moins une heure rémunérée pendant une période donnée, mais également les personnes en emploi n’ayant pas travaillé pour certaines raisons (en particulier celles en situation de chômage partiel et celles en arrêt-maladie).

On voit là encore une différence entre les critères du BIT et Pôle Emploi : Une personne ayant travaillé au moins 1 h est considérée en emploi du point de vue du BIT mais classé en catégorie B de Pôle Emploi (personnes ayant exercé une activité réduite de moins de 78 heures dans le mois et tenues d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.)

Au 2e trimestre 2021, 5 119 8oo de contrats de travail ont été signés. Cela représente 26 % des salariés du secteur privé. 2 286 400 ont été embauchés dans des entreprises de plus de 50 salariés. Plus de la moitié des embauches de salariés sont donc le fait de petites et micros entreprises (2 833 400 et 55,34 %).   

La part des CDD dans les embauches des entreprises de plus de 50 salariés est de 88,6 % (2 027 000).

Au cours de ce même semestre 4 943 900 millions de contrats ont pris fin, dont 2 291 000 millions dans les entreprises de plus de 50 salariés.

La fin de contrat résulte essentiellement de la fin des CDD : 4 032 000 contre 911 100 CDI (démissions, fins de période d’essai et ruptures conventionnelles).

Pour les entreprises de plus de 50 salariés, les fin de CDD s’élèvent à 1 982 000 dont plus de 85 % (1,694 million )sont des CDD de moins d’un mois. (DARES, Mouvements de main-d’œuvre trimestriels T2) ;

Et parmi les embauches en CDD de moins d’un mois, 84 % sont des réembauches chez un ancien employeur. Un moyen d’ajuster strictement la présence d’un salarié aux aléas des besoins de l’entreprise, sans, de plus, s’embarrasser des droits inhérents à l’emploi.

Du point de vue de Pôle Emploi, nous avons vu comment les chiffres sont manipulés. Du point de vue du BIT, le gouvernement, sous couvert des chiffres de l’INSEE, annonce : « Au troisième trimestre 2021, l’emploi salarié progresse de 0,4 % » !

Mais ce que ne dit pas l'annonce gouvernementale, c’est de quels emplois il s’agit : CDD ? CDI ?

Dans les entreprises de plus de 50 salariés, pour 75,75 % des embauches, il s’agit de CDD de moins d’un mois !

Déjà en 2018 les Échos titraient : « Un tiers des CDD ne dure quune journée ! » Si on extrapole, et cela ne s’est sans doute pas amélioré depuis 2018, plus de 25 % des embauches des entreprises de plus de 50 salariés sont des embauches d’une journée.

Donc des embauches qui permettent selon les définitions du BIT de passer du statut de chômeur au statut de « en emploi ».

Quelle crédibilité ont, dans ces conditions , les annonces gouvernementales et des médias sur la baisse du chômage. Aucune ! Comme pour les autres éléments économiques de Macron, son bilan après 5 ans à L'Elysée s'avère catastrophique sauf pour les hyper riches et le capital qui ne cessent d'accumuler une part des richesses produites par le salariat.

Voir l'article complet de Gisèle Cailloux : https://www.economie-et-politique.org/2022/01/28/actualite-franceemploi-chomage-ce-quon-fait-dire-aux-chiffres-et-ce-quils-disent-vraiment/