Présidentielle : Primaire populaire, opération pour quoi faire ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Présidentielle : Primaire populaire, opération pour quoi faire ?

Face à la politique catastrophique de Macron, au danger des extrêmes droites, des militants et des citoyens de gauche et écologistes, expriment leur demande d'unité à gauche, dès le 1er tour de la présidentielle, cela peut se comprendre. Faut-il encore savoir sur quelle politique les forces interpelées peuvent s’unir.

En n'omettant pas de préciser que certains veulent bien faire l'union mais en affirmant d'emblée qu'il faut se rallier à eux et avaler sans dire un mot leur programme politique qui est loin de correspondre à la fois aux besoins sociaux et aux exigences de la situation afin d'ouvrir une issue aux crises multiples du capitalisme mondialisé et financiarisé. Cela constitue un double obstacle, d'une part une conception dangereuse de l'union visant à effacer l'originalité de chacun au profit du ralliement et d'autre part un lourd problème de contenu et de sens tant les contenus des programmes sont importants voire opposés.

Ne pas se tromper de période et de contexte

Dans les années 60, le combat pour l’union pour un programme commun de gouvernement, initié par le Parti communiste, a débouché sur le programme de 1972, et la victoire de la gauche en 1981. C’était un autre contexte. Le pays sortait du grand mouvement populaire de 1968, les premières manifestations de la crise du capitalisme apparaissaient, alors que les forces de droite géraient le pays sans discontinuité depuis 30 ans et imposaient au pays la remise en cause des acquis sociaux (plan Barre) et des réformes structurelles permettant la domination de la finance sur le pays. Il faut aussi se rappeler qu'au 1er tour de la présidentielle de 1981, les deux grandes forces de gauche avaient chacune leur candidat. Le score de Georges Marchais avec près de 16% ne fut pas un obstacle à l'élection du socialiste Mitterrand au second tour, au contraire, c'est la candidature communiste qui l'a permise.

Depuis, plusieurs gouvernements ont été dirigés par les socialistes qui ont décidé, inflexion après inflexion, renoncement après renoncement, d’adapter la France aux exigences de la mondialisation capitaliste, des traités européens qu’ils ont approuvés. L'abaissement social avec comme justificatif la baisse du coût du travail fut leur crédo.

De graves renoncements aux valeurs de gauche et des trahisons aux engagements

Le PS accepta, favorisa et assura l'alternance politique avec la droite garantissant aux forces du capital une même orientation économique et sociale libérale qui enfoncera la France dans le déclin. Il n'est donc pas surprenant que des millions de nos compatriotes notamment celles et ceux attachés aux valeurs de gauche soient déçus, se sentent trahis et aient renoncé au combat politique contre le capital et à leur implication électorale notamment avec l'abstention nourrie par la défiance à l'égard de la classe politique et notamment les forces de gauche. 

Cette abstention ne peut être considérée comme une négation de la politique mais plus comme un acte presque militant pouvant être interprété comme politique.

Sur ces faits et enseignements politiques, aucun débat entre les forces de gauche et progressistes n'a jamais eu lieu. Le PS n'a jamais tiré les leçons prenant le risque de disparaître de la vie politique et de laisser place aux faux nez qu'il a parfois lui-même générés, comme par exemple les écologistes.

Il s’agit de questions essentielles pour le présent et l'avenir de ces forces. Certains d'entre-eux ayant définitivement renoncé à la transformation sociale ont été jusqu'à adopter le libéralisme comme politique lorsqu'ils étaient au gouvernement. La politique du gouvernement Valls et consorts en est la plus flagrante démonstration. C'est ainsi que Macron qui participait à ce gouvernement creusa son trou, pu être élu Président et accéléra le déclin de la France avec le concours de femmes et d'hommes issus du Parti Socialiste. Collomb, Castaner ou Le Drian sont des exemples de ces virages à 180°.

Aucune réflexion n’a eu lieu au sein du PS sur ce dramatique quinquennat de F. Hollande qui après avoir désigné en paroles « la finance » comme son ennemi, a multiplié, une fois élu, les cadeaux sociaux et fiscaux au capital. La loi El Khomri qui cassait le code du travail ou celle de Macron concernant les conseil des Prud'hommes sont présentes dans toutes les mémoires d'autant qu'aujourd'hui le patronat s'en sert pour dérèglementer, remettre en cause les acquis sociaux, l'emploi et les conventions collectives.

Clarté, loyauté et respect mutuel sans hégémonie

C'est cette analyse critique qui aurait pu avoir lieu depuis 2017 pour tenter de trouver une base commune de propositions transformatrices remettant en cause la domination du capital, avec les conditions politiques de son aboutissement, avec les moyens pour sa mise en oeuvre et avec les pouvoirs nécessaires aux salariés et aux citoyens pour qu'ils interviennent face aux résistances du capital et des libéraux à son service. Bien sur, cela demandait du courage politique, de la franchise, de la loyauté, le respect mutuel, autant de qualités nécessaires pour une grande clarté entre les acteurs et avec les citoyens notamment ceux attachés aux valeurs authentiques de gauche.

Toute union à gauche ne pourra pas se réaliser sans clarté sur des engagements concrets, précis et étayés, accompagnés des moyens pour les mettre en oeuvre et qui fondamentalement visent à sortir le pays de la crise tout en sécurisant la vie de chacune et chacun. Sinon, l'union sera une unité de façade autour d'une personne sans programme clair et partagé qui ravivera l’infernal cycle « illusions-désillusions-déceptions » sur lequel prospèrent les extrêmes droites, la droite et dont la clique à Macron ultralibérale et autoritaire profiterait pour poursuivre son entreprise de démolition du pays car pleinement dévouée à la finance et au capital.

Primaire populaire pour quoi faire ?

Surfant sur le vide de débat sur cette question de l'union, des personnes veulent organiser à quelques semaines de la présidentielle une soi-disant « primaire populaire ». 400 000 citoyennes et citoyens seraient inscrits-tes. Cette primaire sorte de premier tour bis de la présidentielle pourrait avoir lieu fin janvier.

Ne s'agit-il pas d'une opération politicienne voulant faire croire à la recherche d’une union de la gauche pour départager des candidats se réclamant tous des tendances de la social-démocratie et du social libéralisme. Il est vrai que de Mélenchon à Taubira en passant par Hidalgo, Montebourg et Jadot, la social démocratie est en recherche de la personne la plus apte à être acceptée par les électeurs de gauche et écologistes, non pas pour sortir le pays de l'ornière mais pour poursuivre la politique de Hollande et de Macron et tourner une fois de plus, le dos aux valeurs de gauche et à l'aspiration de nos compatriotes au changement. La faiblesse de toutes et tous les candidats sociaux démocrates dans les sondages démontre que le peuple de gauche n'est pas dupe ! Il faut bien payer l'ardoise un jour ou l'autre !

Une telle opération pourrait être pire que le mal en faisant croire à l’émergence par « la base » très restreinte (seulement 400 000 inscrits sur 40 millions) d’une candidature unique en proposant un choix entre celles et ceux qui acceptent d’y concourir, celles et ceux qui s'y refusent et en excluant certaines candidatures de gauche. Il est d’ailleurs très révélateur que Fabien Roussel ait été exclu d’emblée par les organisateurs de l'opération, confirmant qu'il s'agit bien de quelque chose téléguidée.

Fabien Roussel le candidat communiste, d'emblée exclu !

Comme le rappel Patrick Le Hyaric dans sa lettre de la semaine : "Cette prétendue « primaire » dite « populaire » choisit donc d’emblée d’écarter les projets de transformation sociale, démocratique, écologique porté par le candidat communiste. Il faut éviter là comme ailleurs de débattre de l’après capitalisme indispensable pour sauver les êtres humains et la nature. À l’heure où le monde est confronté à tant de défis, sanitaires, de réduction des inégalités, climatiques, géopolitiques, de paix, cette initiative veut empêcher la discussion autour du choix de société et de la nécessité d’engager le monde vers plus de de partages et de coopérations, pour se limiter aux idées de ceux qui voient dans la société de marché, qui fait tant de mal, un horizon indépassable."

Il est aussi inquiétant, que le lancement public de la candidature de Madame Taubira ait été organisé à Saint-Denis, où le parti socialiste n’a eu de cesse de faire tomber la municipalité communiste à son profit. D’ailleurs, le maire socialiste de cette ville vient de déclarer son soutien à Madame Taubira adhérente du Parti Radical de Gauche.

Bien sur, cela n'efface pas le besoin d'une discussion saine et approfondie sur la nature de la construction européenne, sur les effets néfastes des traités de libre-échange contre la justice sociale et la justice climatique, sur l’élaboration de nouveaux traités pour les peuples et non plus pour les puissances d’argent, sur la réorientation des immenses sommes d’argent vers les services publics, le travail, la recherche et la création, la formation de la jeunesse, sur la laïcité, sur une conception de la propriété publique et citoyenne comme levier de réorientation économique et sociale, sur les pouvoirs nécessaires aux salariés afin qu'ils puissent modifier voire définir eux-mêmes par leur intervention, les critères de gestion des entreprises afin de briser ceux du capital et faire prévaloir "l'Humain et la planète d'abord".

Les communistes y sont prêts notamment dans le cadre des législatives. Les autres forces de gauche et écologistes le sont-elles ? A écouter certaine et certain cela n'est pas sur du tout ! Alors, continuons notre chemin avec une seule préoccupation, être utile à notre peuple, à la France, au monde et à la gauche.

Publié dans Présidentielle 2022

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