Europe orientale : la France doit prendre l’initiative d’une conférence de sécurité collective

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Europe orientale : la France doit prendre l’initiative d’une conférence de sécurité collective

La Russie vient de s'engager dans la désescalade des tensions avec l'Ukraine en retirant ses troupes de la frontière commune des deux Etats. Poutine en a profité pour réaffirmer que la Russie ne voulait pas la guerre.

Aussitôt les va-t-en guerres et quelques médias irresponsables, avec Biden en tête cherchent à créer le doute sur l'engagement russe. Cela est insupportable et contribue à alimenter la tension, d'autant que si la Russie prend des engagements, Biden en prend aucun et notamment celui que l'Ukraine ne rentrerait pas dans l'organisation militaire et guerrière qu'est l'Otan dont les troupes ont envahies les pays de l'Europe de l'est, frontaliers avec la Russie. Turquie, Roumanie, Slovénie, Hongrie, Lituanie.  Voilà où en est le monde aujourd'hui.

Ceci étant dit, le présence massive de l'Otan fait régner une insécurité globale non seulement pour la Russie mais pour chacun des pays où l'organisation est implantée.

Cette escalade militaire et les surenchères verbales et diplomatiques en Europe sont extrêmement dangereuses. Notre continent est assis sur un baril de poudre.

La concentration militaire extrême, en Ukraine, en mer Noire, voire dans le Pacifique, accentue l’instabilité de la situation qui peut dégénérer d’une manière incontrôlée au moindre incident, ou à la moindre provocation, d’où qu’elle vienne. Comme ce samedi 12 février, lorsque un sous-marin américain a pénétré, aux îles Kouriles, dans l’espace maritime russe. De même le renforcement annoncé ces derniers jours de la présence militaire de l’Otan en Pologne et en Roumanie aggrave les risques.

Les Etats-Unis exacerbe les tensions, d'une part en annonçant l'évacuation de la majeure partie de leur personnel diplomatique à Kiev, en brûlant des documents confidentiels. L’annonce de la tenue à Kiev de la prochaine session de l’assemblée de l’Otan est une véritable provocation. Oui, les risques de guerre existent.

Comment en est-on arrivé là ?

L’Otan porte la responsabilité historique, structurelle et principale des tensions et des risques de guerre. Les États-Unis ont en effet fait le choix de son extension en Europe de l’Est, en 1999 et 2004, commençant dès 2010 à déployer le « bouclier antimissile » dans cette région. La chronologie est importante. L’extension de l’Otan à l’Est s’est faite bien avant l’annexion de la Crimée. Plus que jamais, cette alliance militaire qu'est l'Otan, c’est la guerre !

L’autre aspect de cette responsabilité historique concerne cette fois-ci l’Ukraine. Comment réagiraient les États-Unis si les Russes déployaient des missiles anti-char ou des forces spéciales au Canada et au Mexique ?

Par ailleurs, les « garants » des Accords de Minsk, à savoir la France et l’Allemagne, ont depuis 2014 laissé pourrir la situation dans le Donbass, faute de vouloir faire pression sur les gouvernements successifs en place à Kiev pour qu’ils mettent en application la dimension politique de leur contenu, à savoir l’instauration d’un statut spécial pour les régions orientales et l’amnistie.

Rappelons ce que nous disions en 2016 concernant le conflit du Donbass :

" ... la France est une partie garante de ces accords. Elle n’exerce cependant aucune pression sur Kiev pour que la junte respecte ces engagements. Bien au contraire au regard des décisions et de l’escalade guerrière décidé par l’Otan et du soutien financier massif accordé par l’Union Européenne.

Rien que le 3 aout (2016) la République Populaire de Donetsk a subi 872 tirs de bombardement, la junte de Kiev tirant en violation des accords de Minsk II, frappant notamment les quartiers de Gorolovka, Yasinovataya, Spartak, Vesloye, Mineralnoye, Alexdanvoka et Staromikkailovka ou encre de Dokuchayevsk, Novaya Tavriya, Kominternovo et Sakkanka. 

A Donestk un obus de la junte de Kiev explose toute les deux minutes, dans le silence des médias occidentaux. Plus de 8 vagues de bombardement ont également frappé la LPR le 2 aout."

Dans une pétition signez par plus de 500 000 habitants du Donbass en moins d’un mois, le peuple du Donbass appelle l’ONU à obliger l’Ukraine à respecter les accords de Minsk. Outre les bombardements quotidien, la junte de Kiev poursuit le blocus économique et militaire des Républiques Populaires du Donbass. Elle utilise des armes prohibés y compris pour bombarder des zones civiles."

Depuis 2019 et la dernière rencontre de haut niveau du « format Normandie » à Paris, il ne s’est rien passé. La crise importante du printemps 2021 n’a pas davantage fait bouger les Occidentaux.

La politique de l’Otan, et les sanctions, inutiles, prises en 2014, n’ont fait que renforcer les nationalistes russes. Le régime en place à Moscou, issu du coup d’État de 1993, à l’époque avec la bénédiction des Occidentaux, est clérical, autoritaire et ultra-libéral. Sa doctrine replonge dans le souvenir du tsar Alexandre III qui disait que « la Russie n'a que deux alliés : son armée et sa flotte », et dont l’économie dépend des cours des hydrocarbures.

La responsabilité première des tensions penche clairement du côté d’une alliance militaire qui possède à elle seule plus de la moitié des capacités guerrières mondiales.

La visite de Macron à Moscou, suivie de son passage à Kiev, fut une initiative bienvenue, à la condition que Macron ne soit pas le caniche de Biden et qu'il oeuvre pour la détente et la paix. Son action en ce sens est limitée, car elle est indissociablement liée à l’Otan qui dirige.

L’envoi de troupes françaises en Roumanie, annoncé par Macron, ainsi que la présence d’unités militaires en Estonie dans le cadre de l’Otan, ne vont clairement pas dans le sens de la désescalade. C'est un double langage qui vise un pourrissement de la situation compromettant sérieusement la crédibilité de la France à jouer un rôle positif pour la paix et la sécurité collective.

Si la poursuite des discussions est une bonne nouvelle, elle est cependant insuffisante pour casser l’engrenage guerrier. La France, qui préside le conseil de l’Union européenne, et qui est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, doit utiliser ses marges de manœuvre pour agir en toute souveraineté.

La France peut et doit prendre des initiatives immédiates :

• Notre pays doit exiger d’être réellement partie prenante des discussions, alors que les Européens en sont pratiquement écartés, en suspendant immédiatement la participation de la France aux opérations conjointes avec les États-Unis en Europe.

• Il doit se dégager de la tutelle de l’Otan en prenant, en toute indépendance, l’initiative de proposer l’organisation, sous l’égide de l’ONU, d’une conférence de paix et de sécurité collective afin de négocier un règlement politique général des sources de tensions, qu’elles soient territoriales, militaires, énergétiques, politiques, informationnelles. L’ambition doit être d’aboutir à un traité de paix, de coopération et de sécurité collective en Europe, incluant la Russie.

Ce qui a été possible en pleine Guerre froide, avec la conférence d’Helsinki, est encore plus nécessaire aujourd’hui. En cas de désaccords persistants, le dernier mot devra revenir aux peuples en application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

• Le déploiement des troupes françaises en Roumanie doit être stoppé et nos forces stationnées en Estonie doivent être rappelées.

• Il revient à la France de s’opposer à toute nouvelle extension de l’Otan et à l’envoi de matériel militaire dans la région. Rappelons que la France et l’Allemagne se sont opposées à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan lors du sommet de Bucarest de 2008.

• Il lui incombe aussi d’agir, dans le cadre du format « Normandie », pour l’application totale des Accords de Minsk par toutes les parties, afin de mettre fin à la guerre civile en Ukraine. Cela implique que le gouvernement ukrainien engage le processus de décentralisation du pays.

• Les représentants de la France doivent s’opposer aux sanctions contre la Russie et la Biélorussie, qui sont totalement contre-productives.

• Le processus de sortie du commandement militaire intégré de l’Otan, que la France a rejoint sous Nicolas Sarkozy, doit être sans délai engagé, dans la perspective de la sortie pure et simple et de la dissolution de l’Otan.

Contre la logique de blocs défendue par l’Otan, et les menaces qu’elle fait peser sur l’Europe et le monde, il est indispensable d’avancer vers un nouvel espace commun de sécurité collective en Europe, incluant la Russie, favorisant une approche globale des questions de sécurité, dans ses dimensions géopolitiques, environnementales, démocratiques, sociales, économiques et commerciales.

La sécurité collective repose sur un principe clé : l’indivisibilité de la sécurité. Ce sont des initiatives politiques et diplomatiques qui s’inscrivent dans cette logique qu’il convient, urgemment, de prendre.

La sécurité de l’Europe dépend de la sécurité de la Russie. Aucune grande décision sur la sécurité collective en Europe ne s’est prise sans la Russie, et encore moins contre la Russie, que ce soit la conférence d’Helsinki de 1975, ou le sommet de l’OSCE de Paris en 1990. Quant aux américains, il faut les inviter à s'occuper de chez eux et à laisser en paix l'Europe et tous les peuples du monde en respectant leur droit de choisir leur propre système et organisation de leur société.

Publié dans Paix, Europe

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