Non les chômeurs ne boudent pas les offres d'emploi, contrairement à la fausse idée véhiculée pour les culpabiliser !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Non les chômeurs ne boudent pas les offres d'emploi, contrairement à la fausse idée véhiculée pour les culpabiliser !

Alternatives économiques avec un nouveau graphorama, fait le point sur le faible nombre d’abandons de recrutement.

Une étude de Pôle emploi tombe à point nommé ! Alors que des voix patronales et politiques s’élèvent pour affirmer qu’il est anormal qu’avec des millions de chômeurs, il y ait encore autant d’offres non pourvues, l’enquête sur les abandons de recrutement remet les pendules à l’heure. Comme en 2018, dernier pointage disponible, le phénomène reste marginal.

Graphe d'Alternatives économiques ayant pour sources Pôle Emploi

Premier enseignement : les emplois vacants trouvent massivement preneurs. Entre juin et septembre 2021, huit offres d’emploi (de plus d’un mois) sur dix sont pourvues (85,9 %), contre neuf sur dix il y a quatre ans (89,4 %). La part des annulations – l’employeur ne disposant plus du budget ou le besoin ayant disparu – demeure sensiblement la même, à 3 % (contre 3,5 % en 2018). En revanche, 5,1 % des recrutements sont toujours en cours, un chiffre en hausse par rapport à 2018 (2,3 %) qui peut s’expliquer par le fait que les entreprises poursuivent leur recherche en cette période de difficultés de recrutement plus exacerbée.

Enfin, la part des offres non pourvues faute de candidats (6 %) ne progresse que d’un point par rapport à 2018. En extrapolant sur l’ensemble de l’année 2021, Pôle emploi calcule qu’entre 255 000 et 390 000 offres auraient ainsi été abandonnées (soit de 185 000 à 273 000 équivalents temps plein) à mettre en regard des 9 millions d’embauches de plus d’un mois réalisées en 2021.

Même anecdotique, cette tendance traduit-elle le refus des chômeurs de reprendre un boulot comme le laisse entendre le gouvernement pour justifier sa réforme de l'Assurance chômage? Assurément pas. Le manque de motivation des candidats est avancé dans 67 % des cas, mais le manque d’expérience (60 %), de compétences (57 %) ou l’insuffisance des diplômes (55 %) sont largement cités par les employeurs contraints de retirer leurs offres.

L’étude offre également un panorama instructif des difficultés de recrutement selon la nature des candidatures ou l’attractivité de certaines professions. Le seul secteur des services aux particuliers concentre 65 % des abandons de recrutement.

Cette étude est importante elle confirme celle de la Dares de fin 2021 qui est éclairante. Et sa conclusion risque de décevoir les personnes convaincues que les Français sont des fainéants. Les difficultés de recrutement s’expliquent en effet essentiellement par des facteurs qui n’ont rien à voir avec les chômeurs. A vrai dire, de nombreux articles l’avaient déjà montré depuis longtemps.

L'élément très intéressant est une simple comparaison internationale. La plupart des pays comparables à la France (Allemagne, Espagne et Italie) connaissent tous une progression des pénuries de main-d’œuvre. C’est un phénomène classique en sortie de crise, parce que l’activité redémarre rapidement, et qu’elle modifie les structures de l’économie, par exemple lorsque les anciens serveurs dans la restauration se reconvertissent dans d’autres secteurs.

Enfin concernant l'emploi, il faut savoir lire les chiffres de Pôle Emploi pour ne pas se laisser abuser sur une soi-disant baisse du chômage, c'est le travail réalisé par Gisèle Cailloux qui nous donne les chiffres suivants du quatrième trimestre 2021. https://www.facebook.com/photo/?fbid=10160041605344138&set=a.10153852590579138

Nombre de salariés ayant perdu leur emploi dans le trimestre :

  • Par fin de contrat : 87 700
  • Par fin de mission d'intérim : 25 200
  • Par démission : 21 700
  • Suite  une rupture conventionnelle : 37 200
  • Suite au licenciement économique : 9 000
  • Autres licenciements : 35 700

Soit 216 500 salariés qui ne sont plus au travail et dont on connait les causes, auxquels il faut rajouter 75 800 dont on ne connait pas les causes de leur perte d'emploi. Soit un total de 292 300 !

Or Pôle emploi nous dit aussi que sur ces 292 300 salariés, seuls 127 300 ont retrouvé un emploi quelque soit leur contrat de travail (CDI, CDD, intérim etc).

On en déduit logiquement que 165 000 salariés sont encore privés d'emploi. Le chômage pris au sens où une personne n'a plus d'activité salariée alors qu'elle est disponible pour travailler, a donc augmenté de 165 000 !!

Comment procède Pôle Emploi pour nous affirmer que le chômage aurait baissé. Il déduit des effectifs inscrits à Pôle Emploi :

  • Les salariés par cessation d'inscription : 219 600
  • Les radiations : 52 000

Soit un total de 271 900 personnes qui disparaissent autoritairement du fichier de Pole Emploi, mais qui sont toujours privés d'emploi. Ils rejoignent les 165 000 qui ont été privés d'emploi dans le trimestre. Soit un total de 436 900 privés d'emploi qui ne figurent plus ou pas dans les chiffres de Pôle Emploi mais qu existent bel et bien.

Ces 436 000 privés d'emploi qui s'ajoutent aux 6 millions, représentent une aggravation de 7.3% de la situation de l'emploi.

Macron est donc loin d'avoir vaincu le chômage, la manipulation des chiffres comme les mesures administratives de radiations et cessations d'inscription ne sont là que pour tenter de camoufler ce cancer qui ronge notre société et appelle des mesures novatrices d'ampleur comme le propose Fabien Roussel avec la Sécurité d'Emploi et de formation.

Jean Chambon

 

 

 

 

 
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