Ukraine : la vérité pour imposer la paix sans se laisser abuser

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le poids de la langue russe par région

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Le format Normandie. Les signataires des accords de Minsk

Le format Normandie. Les signataires des accords de Minsk

Les évènements s'accélèrent en Ukraine. Les médias déversent à longueur d'antenne de Radio et de télé des informations, commentaires et appréciations sans qu'ils soient possibles de les vérifier et sans faire référence aux causes premières de l'escalade actuelle dans un conflit qui dure depuis 10 ans et a déjà vu des milliers de personnes perdre la vie dans une guerre civile opposant le gouvernement de Kiev soutenu par des forces néo-nazies et nationalistes, aux populations russes du Donbass situé dans l'est de l'Ukraine à la frontière russo-ukrainienne qui ont refusé de reconnaître le pouvoir de Kiev dès le coup d'Etat.

La guerre civile a été interrompue par les accords de Minsk dont l'application est sous la responsabilité du pouvoir central ukrainien sous surveillance de la France, de l'Allemagne et de la Russie.

Le début de l'escalade vient de la volonté du pouvoir ukrainien avec l'appui des forces néo-nazis* qui pour s’éloigner de l’orbite russe, sont favorables à une adhésion à l’OTAN et à une coopération accrue avec l’Occident – ce qui leur permet au passage de cultiver une certaine proximité avec des partis européens de droite dure comme le RN au sein de l’Alliance européenne des mouvements nationaux –, d'autres comme les néo-nationalistes ukrainiens sont majoritairement partisans d’une « guerre perpétuelle » contre la Russie, pays perçu – tout comme l’Occident – comme le principal obstacle à la création d’un État-nation ukrainien prédominant dans le monde slave. Ce choix d'agir par la violence pour imposer aux populations du Donbass une orientation politique libérale, anti-russe et leur faire accepter l'implantation militaire de l'Otan en Ukraine alors qu'en 1991 les forces occidentales se sont engagées à ne pas élargir l'implantation de l'Otan dans les anciennes républiques socialistes.

Régulièrement les populations du Donbass sont bombardées avec de multiples victimes civiles (voir rapport de l'OSCE)(1) au point que ces populations russophones fuient vers la Russie lui demandant de les accueillir pour se protéger et être sécurisées. Cette demande parait justifiée d'autant que les accords de 2014-2015 prévoient une série de dispositions pour les protéger et un processus de reconnaissance de leur autonomie auquel sont farouchement opposées les forces néo-nazies, nationalistes et anti-russes.

La Russie a donc monté d'un ton afin que la France et l'Allemagne respectent leur engagements et exigent du pouvoir politique de Kiev qu'ils respectent et mette en oeuvre les accords de Minsk. Mais rien ne se produisit. Tout au contraire Kiev a intensifié a continué l'escalade avec ses agressions répétées soutenu par Biden et les dirigeants européens.

C'est ce qui a conduit la Douma Russe a demandé la reconnaissance des républiques du Donbass, (2) ce qui n’a pas d’autre intérêt que d’envoyer un message subliminal “Ne vous inquiétez pas, nous tenons le guidon, avec nous vous ne risquez pas une véritable action qui contredirait les bailleurs de fond de l’UE..."

Si cela est utile à la compréhension de la situation, voici des arguments qui prouvent que les communistes russes depuis de nombreuses semaines font des propositions pour un règlement négocié du conflit qui dure depuis bientôt 10 ans ! (https://vz.ru/opinions/2022/2/18/1144329.html)

Comme toujours, et sans étonner plus personne, Berlin, Paris, Washington et Kiev tentent de faire porter l'escalade des tensions à Moscou l'accusant de saper les accords de Minsk. Le prétexte en est la décision de la Douma de Russie d’envoyer un appel au président russe lui demandant de reconnaître les deux Républiques de Donetsk et de Lougansk du Donbass.

Vladimir Poutine a convenu que l’éventuelle reconnaissance des républiques “n’est pas en cohérence” avec les accords de Minsk, mais, comme il l’a souligné, “en Russie, un nombre écrasant de citoyens soutient les résidents de Donbass, et les députés ont un sens fin de l’opinion publique.

“Je partirai du principe que nous devons tout faire pour résoudre les problèmes du Donbass, mais le faire sur la base des possibilités non pleinement réalisées pour la mise en œuvre des accords de Minsk”, a ajouté Poutine. Et dans ces “possibilités non pleinement réalisées” se cache la possibilité d’une reconnaissance simultanée des républiques et de la préservation de Minsk-2.

La seule question est de savoir sous quelle forme elles doivent être reconnues.

Il convient de rappeler ce qui est bien connu non seulement de Moscou, mais aussi de Paris et de Berlin, ces trois Etats sont les garants de la mise en œuvre des accords.

Selon l’idée des dirigeants du format Normandie, c’est la France et l’Allemagne qui devraient encourager Kiev à mettre en œuvre la partie politique des accords. Cela implique une amnistie pour les milices, l’inscription du statut spécial du Donbass dans la constitution ukrainienne, la question des élections locales et des négociations directes avec les dirigeants des Républiques de Lougansk et  et de la Donetsk.

Les dirigeants de l'Ukraine depuis 7 ans refusent de mettre en oeuvre ces accords vigoureusement combattus sur le terrain par les forces nationalistes. Les dirigeants européens, Paris et Berlin ont -ils fait ce qu'il fallait pour cela ? Non, alors qu'ils en avaient le devoir et auraient pu le faire ! Il y a suffisamment de leviers financier et politique pour le faire. Pourquoi ont-ils laissé pourrir la situation c'est une autre question à éclairer, mais il est clair qu'aujourd'hui ils ne sont plus les garants de la mise en œuvre de Minsk-2, mais de leur sabotage par les dirigeants ukrainiens.

Cela signifie-t-il que Paris et Berlin sapent le processus de Minsk ? Définitivement oui.

Cela signifie-t-il que Moscou doit répondre au non-respect des règles par Paris et Berlin ? Bien sûr que oui. Et la France et l’Allemagne ont toujours l’obligation de rétablir le système bancaire dans le Donbass pour les paiements sociaux à la population locale plongées dans la misère. Mais le problème est toujours sur la table non résolu !

La Russie peut-elle, pour des raisons humanitaires, reconnaître ces deux Républiques du Donbass alors que ses partenaires de négociation facilitent le démantèlement des accords de Minsk et que l’OTAN implante des ressources en Ukraine pour faire la guerre ? La réponse est évidente.

Et ici, Moscou a trois options.

Première option

Lorsque la question de la réunification de l’Ukraine avec la Russie a été tranchée à l’époque de Bogdan Khmelnitsky, Moscou a compris que l’appel de l’hetman au tsar russe et les actions de ses troupes sur le territoire polono-lituanien constituaient une violation de leur serment au roi Jan Kazimir ainsi que de certaines règles de l’époque. Néanmoins, le Zemsky Sobor [Assemblée de boyards, nobles, marchands, clergé, etc. réunie ici en 1653 pour l’occasion, NdT] a trouvé un moyen de sortir de cette situation : si le roi “n’a pas tenu son serment et a violé la foi chrétienne orthodoxe de la loi grecque”, les Ukrainiens sont libres de prêter serment au roi et le tsar prend sous sa protection non pas des “rebelles” mais des “hommes libres”. Aujourd’hui, les habitants de Donbass (et pas seulement) peuvent se révéler être de telles personnes libres.

Et comme la procédure de retrait des accords de Minsk n’est précisée nulle part, il suffit à Moscou d’enregistrer : a) au moins un mot tordu de Vladimir Zelensky sur Minsk-2 ; b) au moins un coup de feu tiré par les forces armées ukrainiennes avec un type d’arme interdit par Minsk-2 ; c) et en prime – d’enregistrer l’incapacité de Paris et de Berlin à être garants de l’application des accords.

Autrement dit, ce n’est pas “la Russie qui sape les accords de Minsk”, mais l’Ukraine, l’Allemagne et la France qui les enterrent, ce qui est tout à fait conforme à la réalité.

D’autre part, si Moscou, pour certaines raisons, ne veut pas “faire faire demi-tour à l’avion au-dessus de l’Atlantique” à la manière de Primakov, il existe deux autres variantes pour résoudre ce problème, mais elles nécessiteront quelques amendements au texte de la résolution de la Douma.

Deuxième option.

Il pourrait s’agir, par exemple, d’une “reconnaissance temporaire des deux Républiques jusqu’à la mise en œuvre complète des accords de Minsk”. Une formulation similaire est contenue dans le décret de Vladimir Poutine du 18 février 2017, selon lequel la Russie reconnaît temporairement et jusqu’à ce que la situation dans le Donbass soit résolue sur la base de Minsk-2, les “documents et les plaques d’immatriculation des véhicules” des citoyens ukrainiens vivant dans le Donbass.

Cette approche affirme l’engagement de la Russie envers les accords de Minsk et permet d’atteindre deux autres objectifs : faciliter les activités économiques étrangères de la LDNR et assurer la sécurité militaire des républiques de manière officielle.

Troisième option

La Russie peut s’inspirer de l’expérience des États-Unis, où la “loi sur les relations avec Taiwan” a été adoptée en 1979. Dans ce document, Washington adhère à la politique de la “Chine unique” et définit une voie pour le développement des relations bilatérales avec les “autorités de Taiwan”. Cette même loi établit l’engagement de Washington en faveur de la sécurité militaire et économique de Taïwan, et Pékin doit s’en accommoder depuis des décennies.

Ainsi, la Russie dispose de plusieurs options pour reconnaître les deux République du Donbass qui n’ont rien à voir avec la remise en cause ou le retrait des accords de Minsk. Ces mêmes accords, dont pas une seule clause ne plaît au président Zelensky et à ses collègues.

En outre, une nouvelle série de bombardements de l'Ukraine sur les deux Républiques laisse penser que l’Ukraine est incapable d’évaluer correctement la décision de Moscou de retirer ses troupes après les exercices et qu’elle continue de violer délibérément Minsk-2, profitant de l’infinie patience du Kremlin.

C’est pourquoi la Russie est libre de déterminer l’avenir du processus de Minsk en fonction de ses intérêts nationaux et de considérations humanitaires.

C’est pourquoi Moscou peut reconnaître les Républiques du Donbass maintenant ou plus tard, dans les frontières actuelles ou dans d’autres, en choisissant l’une ou l’autre option de reconnaissance juridique internationale et de soutien aux républiques.

Toutes ces questions sont discutables, mais le droit de Moscou de les résoudre face à l’inaction de Paris et de Berlin est indiscutable et ne contredit pas Minsk II.

Ceci dit, cela peut-il justifier une intervention militaire russe en Ukraine qui va mettre le feu aux poudres et servir de prétexte à l'impérialisme américain et à l' Otan pour poursuivre l'escalade comme ils le font depuis le début de l'année  ?

Les communistes ne le pensent pas.  La situation actuelle exige une volonté de paix, de diplomatie afin que les accords de Minsk soient respectés et faits respectés par les trois puissances qui ont en charge : la France, l'Allemagne et la Russie. Il en va de la sécurité des populations du Donbass menacées par Kiev et les néo-nazis.

De ce point de vue et sans être naïfs sur la volonté de faire le choix de la paix des puissances dites occidentales, il revient aux peuple de se mobiliser pour exiger la paix sur la base du respect des accords existants et sans se tromper ni se laisser abuser quant aux responsables de la situation actuelle entretenue par les va t-en guerre, les Biden, Jhonson et l'Otan qui annonce  une réunion d'urgence vendredi.

L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) a annoncé déployer "des forces terrestres et aériennes défensives (...) ainsi que des moyens maritimes supplémentaires" dans les pays de l'est de l'Alliance, dont l'Ukraine ne fait pas partie. L'organisation a également convoqué un sommet vendredi, à la demande de l'Estonie et de la Lituanie.

Dans cette période tendue, il convient de ne pas rajouter de l'huile sur le feu, comme vient de le faire Yannick Jadot en appelant à armer les ukrainiens. Ce n'est pas avec des armes que l'on fait la paix, tout autre choix est une irresponsabilité politique !

Il est urgent que le format Normandie se réunisse pour discuter et chercher tous les moyens pour mettre en oeuvre les accords de Minsk que chacun des Etats présents à l'époque a signé comme engagement à respecter.

 

* https://theconversation.com/les-deux-visages-de-lextreme-droite-ukrainienne-160632

(1) Rapport OSCE : https://histoireetsociete.com/2022/02/22/ukraine-ou-trouver-la-verite-dans-les-moindres-details/?fbclid=IwAR3Ticj2fbLdIwQrtZYKGuQd53YZwpSVGquPHruz2hbtW6O9vB9QVEl57uY

(2) https://histoireetsociete.com/2022/02/20/ziouganov-il-est-temps-de-mettre-fin-aux-actions-fascistes-de-lotan-en-ukraine/#comment-4351

Publié dans Europe, Paix

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I
« S'il existe des groupes néonazis en Ukraine, leur popularité et leur influence ne sont pas plus importantes que dans d'autres pays européens. Ils n'ont aucune représentation à la Rada et aucun poids au sein du gouvernement ukrainien. Au printemps 2019, les Ukrainiens ont porté M. Volodymyr Zelensky au pouvoir avec plus de 73% des voix, ce qui témoigne de la vigueur du sentiment démocratique dans le pays. Les activités des organisations néonazies en Ukraine ne reflètent donc aucunement une tendance globale du pays. Le conflit dans l'Est de l'Ukraine a effectivement mobilisé certains groupuscules extrémistes violents, mais la plupart ont, depuis, disparu. Les actes antisémites y sont moins fréquents que dans d'autres pays européens. Néanmoins, la France continue d'exercer la plus grande vigilance sur ce sujet. C'est pourquoi notre ambassade à Kiev s'associe aux actions mémorielles importantes. Ainsi, une attention toute particulière sera portée aux commémorations des 80 ans du massacre de Babyn Yar, en septembre prochain. »M.le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères au Sénat le 22/07/2021.<br /> Le poids des néonazis dans le gouvernement de M.Zelensky est loin d’être négligeable (ministères clés).Quant au rôle des milices et autres bataillons ouvertement néonazis il est déterminant :ce sont des unités d’élite de l’armée régulière ukrainienne.C’est pourquoi tout (ou presque)est FAUX dans les affirmations de ce ministre.Soit ce ministre et son gouvernement sont totalement incompétents soit il est un complice parfaitement conscient de ses propos mensongers et il ferme les yeux sur une abjection (au cœur de l’Europe),le néonazisme ukrainien,à l’origine d’un conflit dont la gravité n’aura échappé à personne.
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