BioMérieux en grève depuis 16 jours, la direction joue le pourrissement !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

BioMérieux en grève depuis 16 jours, la direction joue le pourrissement !

Depuis 16 jours, les salariés de BioMérieux à Craponne (1300 salariés) et à Marcy l'Etoile (1200 salariés) dans le Rhône, sont en grève. Le groupe a fait des bénéfices records, mais l'augmentation des salaires restent bien en deçà de l’inflation évaluée par l'Insee à 3.2% pour les 6 prochains mois.

Depuis 16 jours, c'est l'affrontement entre des salariés et leurs syndicats qui réclament plus de justice sociale avec la revalorisation de leurs salaires rognés par la hausse des prix et de l'autre une direction de groupe arcboutée sur sa politique d'austérité incontournable pour satisfaire l'appétit des actionnaires avides de dividendes.

Parmi les syndicats figure la CGT BioMérieux très liée aux salariés et notamment aux grévistes. Certes elle est minoritaire, face à une CFDT hégémonique. Mais depuis les débuts de la grève, les 200 grévistes ont adopté les revendications qu'elles proposait. Les ouvriers à la production des deux sites lyonnais sont les principaux grévistes. Bien que minoritaire sur les deux sites, après 15 jours d'arrêt, la gréve impacte les chaînes et l'expédition est ralentie au point de commencer à handicaper certains laboratoires.

Le groupe BioMérieux qui emploie 12 800 salariés à travers le monde, dont 4000 en France, en grande partie dans la région lyonnaise, est un des leaders du diagnostic in vitro. Il fabrique les réactifs permettant de détecter le Covid-19 et affiche une croissance record. Son résultat opérationnel est passé de 389 millions d’euros à 800 millions, malgré cela, elle ne concède aucune rallonge, et joue le pourrissement du conflit.

Malgré des bénéfices records, les augmentations sont en deçà de l’inflation

Cette situation inacceptable se conjugue avec les très bons résultats du groupe, de quoi provoquer la colère et l'action des salariés : « Je me suis mis en grève parce qu’avec de tels bénéfices, je ne comprends pas qu’on ne nous accorde pas une augmentation générale au moins au niveau de l’inflation », témoigne un technicien. « On a fait beaucoup d’efforts mais ils ne sont pas reconnus. On est venus bosser pendant le premier confinement, on nous a demandé de produire plus. Et tout ce qu’on nous propose, c’est une hausse de l’intéressement ? Nous, ce qu’on veut, c’est du salaire ! », affirme une ouvrière.

C'est le 9 février, au site de Craponne, que la grève démarre. Après trois semaines de négociations annuelles obligatoires (NAO), la CFDT accepte une faible augmentation de salaire : 2,3% pour les ouvriers et employés, 2% pour les agents de maîtrise, et 0% pour les cadres. Pour les plus bas salaires au niveau du SMIC hors prime, cela représente une augmentation de 38 euros brut. La CGT ne signe pas d'autant que selon la dernière estimation de l’INSEE (janvier 2022) les prix à la consommation ont augmenté de 2,9% sur un an.

La direction de BioMérieux estime que l’augmentation salariale sera de 4%. Mais elle inclut l’augmentation individuelle de 0,9%, donnée « au mérite », ainsi que l’ancienneté annuelle de 1% (plafonnée à 16 ans d’ancienneté). Les grévistes considèrent qu'il ne s'agit pas d'augmentations générales, puisqu’une partie seulement des salariés est concernée.

« Tous les patrons se conduisent de la sorte »

La CGT avec les salariés exigent 100€ d’augmentation mensuelle. La direction n'a rien voulu entendre, la grève est partie et a bien pris. Elle est reconduite chaque jour. Compte tenu des jours qui passent les grévistes ont fait évoluer leur revendication qui est maintenant de 300€ brut.

La grève s’est étendue sur le site de Marcy-L’Étoile. Le piquet de grève déménage régulièrement d’un site à l’autre et le nombre de grévistes se maintient. Une tentative d’étendre la grève à d’autres entreprises, comme Sanofi, a vu le jour le 23 février.

La lutte à BioMérieux converge avec d'autres luttes sur les salaires menées dans la région lyonnaise. En décembre, les salariés d’Arkema ont arraché 70€ d’AG. Ils ont été suivis par Kem One St Fons où la grève a duré 13 jours, les Lustucru à St Genis Laval et Communay où la grève a duré 7 jours, Renault Trucks et Bosch à Vénissieux, ABB Chassieu et par Daikin à Pierre Bénite . Cette situation se retrouve ailleurs en France où de nouvelles luttes se mènent dans les entreprises sur les salaires.

Tous les patrons ont la même attitude : ne pas augmenter les salaires quelle que soit la branche aussi bien dans la chimie que dans la métallurgie ou l'agroalimentaire, d’où le besoin des salariés d’élargir la lutte à d’autres entreprises locales et à coordonner celle-ci pour faire grandir le rapport des forces.

Le site de BioMérieux à Marcy l’Etoile est proche d’un des principaux sites de Sanofi en France (5000 salariés), notamment chargé de la production de vaccins. L'objectif des BioMérieux est de rencontrer les salariés de Sanofi et débattre avec eux de la nécessité d'agir ensemble car la situation des Sanofi n'est pas mieux que la leur.

Des militants CGT et quelques salariées de Sanofi ont rejoint le piquet de grève des BioMérieux. Mais les salariés de Sanofi ne sont dans une dynamique de grève sur les salaires car ils sont confrontés à un projet de baisse des effectifs, leur préoccupation du moment est d'agir pour l’emploi.

La grève se poursuit à BioMérieux comme chez Daikin. La semaine à venir devrait certainement voir évoluer la situation. La balle étant dans le camp retranché des directions. Exprimons notre solidarité !

Un rendez-vous est fixé à lundi matin 10 heures devant le site de BioMérieux Craponne pour prendre une décision sur la suite du mouvement.
 
Quelle que soit cette suite, cette grève montre ce qu’est la solidarité entre travailleurs, la fraternité entre eux et leur capacité à décider chaque jour, démocratiquement du mouvement, la multitude de liens qui se sont créés entre les travailleurs renforçant la conscience d’appartenir à une seule classe de travailleurs et non d’être des « collaborateurs » méprisés par les patrons qui les prennent pour des pions qu'ils manipulent à leur guise.
 
Quel que soit le résultat les travailleurs seront plus forts dans les luttes à venir avec l'expérience acquise. Le besoin est grand de coordonner les luttes pour agir ensemble contre la domination patronale, pour le progrès social, le contrôle des comptes des entreprises riches à milliards pour savoir où passent les richesses créées par le travail, imposer la revalorisation des salaires, l’échelle mobile et travailler moins sans perte de rémunération et pour embaucher massivement.

BioMérieux en a les moyens !

Les comptes du groupe « familial » BioMérieux : en 2021, le bénéfice net du groupe familial a bondi de 48,6%, à 601 millions d'euros.

Quelques phrases cyniques et méprisantes adressée aux salariés en grève : "J’ai toujours été vigilant, et particulièrement lors du dernier conseil d’administration de BioMérieux, à ce que le partage des fruits de la croissance soit équitable entre collaborateurs et actionnaires.!"
 
Alors négociez !

Publié dans Luttes sociales, Industries

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