Intervention de Denis Durand au CN du PCF le 14 avril

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Denis Durand au CN du PCF le 14 avril

Tout le monde est conscient ici de la gravité d’une situation où les héritiers de Pétain, de la collaboration et de l’OAS ont acquis suffisamment d’influence dans les esprits pour être en situation de s’emparer du pouvoir d’État, pour la première fois depuis juin 1940.

Heureusement que Fabien Roussel et le Parti communiste sont là dans le paysage politique, avec l’écoute acquise dans la campagne, pour prendre toutes leurs responsabilités en appelant clairement à voter contre Marine Le Pen.

Je salue le talent et le courage de notre candidat. Les électeurs ont découvert un nouveau visage du PCF et c’est un acquis malgré la gravité de la situation.

Je voudrais aussi saluer la lucidité des militants communistes qui affrontent aujourd’hui toute la dureté de la situation.

Je ne crois pas du tout que la situation serait meilleure s’ils n’avaient pas décidé de présenter cette candidature à l’élection présidentielle. Ils ont permis l’émergence d’une nouvelle proposition politique, qui a contribué à la remontée globale du vote de gauche par rapport à 2017, y compris le vote Mélenchon.

Ce qui motive nos camarades, au-delà des péripéties de la vie politique, c’est un engagement révolutionnaire. Chacun conçoit cet engagement de façon diverse selon son histoire et sa sensibilité mais quelques mots suffisent à le résumer : agir pour une solution aux grands problèmes du monde qui repose sur la paix et la coopération et non sur la guerre et le choc des impérialismes, pour une société où les êtres humains ne sont pas réduits à une force de travail qui peut être achetée sur le marché ou renvoyée au néant du chômage, pour un monde dont le sort soit décidé par huit milliards d’êtres humains, et non par une oligarchie de 20 000 traders et 10 000 dirigeants de multinationales.

La campagne a été un premier pas pour montrer que les choix ouverts à notre peuple ne se limitent pas à une confrontation, sans issue depuis des décennies, entre un néolibéralisme exécré, le populisme d’extrême-droite, et un réformisme avec qui nous devons rechercher des alliances électorales mais sans passer sous silence qu’il a désespéré hier en ne s’attaquant pas à la domination du capital et qu’il se présente aujourd’hui sous les dehors d’un populisme qui ne s’attaque pas non plus au pouvoir du capital, qui prétend résoudre les problèmes sans mobilisations sociales et qui se montre ambigu sur le vote contre Marine Le Pen.

Nous avons montré qu’il y a une autre perspective.

Cette perspective a inspiré notre programme et elle a transparu à différents moments de notre campagne électorale. Mais il faudra maintenant mettre beaucoup plus en avant sa cohérence, telle que Christian Picquet l’a décrite dans son rapport.

En effet, si Marine Le Pen est élue, il faudra sans doute considérer notre discussion d’aujourd’hui sous un jour renouvelé.

Même si Macron est réélu, rien ne sera réglé. La crise économique, internationale, écologique, sanitaire va continuer de s’aggraver et lui va continuer d’attiser la colère. D’où le rôle que nous avons à jouer – et nous avons des moyens de le jouer – pour la résistance et pour la construction d’une alternative mobilisant toutes les forces susceptibles de s’opposer à la domination du capital.

Cette construction ne peut se faire que dans des batailles politiques concrètes.

De ce point de vue, je voudrais insister sur l’importance de notre relation avec le monde du travail et le mouvement syndical. Les syndicalistes savent ce que c’est que de lutter contre le capital, ils en ont l’expérience et l’intelligence. Ils peuvent donc être les premiers à s’engager, comme nous, dans une bataille pour reconquérir le terrain idéologique et politique aujourd’hui dominé par l’extrême-droite qui y a consacré des décennies de travail sur les mentalités collectives.

Mais aujourd’hui les syndicalistes sont dans une situation terrible, affaiblis, ils peuvent se sentir abandonnés de tous. La CGT n’appelle pas à battre l’extrême-droite dans les urnes, c’est la première fois dans l’histoire et cela en dit long sur les menaces qui pèsent sur le pays et sur le mouvement syndical lui-même.

L’effort pour relancer l’activité du Parti dans les entreprises a été un grand progrès mais nous ne sommes pas encore allés au bout de la démarche. Par exemple, il est regrettable que le journal Agir n’ait pas fait l’objet d’un tirage national. Cela aurait donné une tonalité bienvenue à la campagne et je crois que cela manque aujourd’hui dans les difficultés de la bataille pour le deuxième tour. On peut peut-être en tirer un enseignement pour la campagne des législatives.

Mais je crois qu’il faudra aller plus loin, pour nous débarrasser d’une attitude un peu condescendante ou du moins extérieure.

Notre relation avec ceux qui luttent est tout à fait particulière. Il est assez clair que nous ne pouvons pas considérer que leur soutien nous est acquis. Nous devons surtout mieux faire percevoir que nous sommes partie prenante, avec nos idées et notre action, y compris électorale, de toutes les luttes contre le capital, avec tout ce que ces luttes apportent et avec tout ce que nos idées et notre action doivent apporter aux luttes. Être le parti des luttes et un parti de luttes.

Publié dans Présidentielle 2022

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