Présidentielle 2022. Faire face au danger qui est là !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Présidentielle 2022. Faire face au danger qui est là !

Un sentiment de gâchis ou d’impuissance. De la déception et du dépit. Depuis dimanche, les citoyen.nes qui aspiraient à déloger le néolibéralisme fauteur de crises pour répondre, maintenant, à l’urgence écologique et sociale, qui espéraient des jours heureux, sont groggy.

Tous les pièges tendus pour cette élection présidentielle ont fonctionné à merveille, alors même qu’ils étaient identifiés depuis le départ : la pseudo-dédiabolisation de l’héritière Le Pen, l’abstention, le système présidentiel et son aspirateur à « vote utile », l’hégémonie culturelle de l’extrême droite… Rien n’a pu, pour ce scrutin, inverser la vapeur.

Alors la chasse aux sorcières est ouverte, quitte à répéter les mêmes fautes qui ont conduit la gauche à un tel désastre. Bien sûr, il est rageant que Jean-Luc Mélenchon et l’espoir qu’« un autre monde est possible » aient loupé la marche de si peu, même si les sondages le donnaient très largement perdant au second tour face à Emmanuel Macron.

Dans un moment de gravité qui appelle sang-froid et unité de tous les progressistes, le pire serait, comme en 2002, de se diviser davantage en cherchant des coupables, des victimes expiatoires.

Rappelons ici que toutes les forces de gauche confondues ne recueillent que 31 %. Le problème est là, pas dans la diversité de ses sensibilités. Plus de 12 millions d’électeurs n’ont pas jugé utile de se déplacer. Près de la moitié (46 %) des 25-34 ans, pourtant mobilisés sur les enjeux climatiques, ont boudé les urnes, comme les ouvriers et les chômeurs sont ceux qui se sont le moins mobilisés.

Le refrain du « vote utile », qui a littéralement écrasé le premier tour, redessine, en trompe-l’œil, un paysage politique en trois blocs : l’extrême droite, le néolibéralisme macronien, et l’« union populaire » autour de la France insoumise. Dans la continuité de 2017, les anciens partis qui structuraient jusqu’ici la vie politique française ont été balayés. En 2012, UMP et PS recueillaient près de 56 %. Dix ans plus tard, ils ne totalisent que 6 % des voix…

Ainsi se jouera le 24 avril le match retour de 2017, celui que 80 % des Français voulaient éviter à tout prix… Il est encore trop tôt pour dire ce que ce duel va susciter comme réaction dans l’électorat. Il y a cinq ans, la participation avait reculé entre le premier et le second tour. C’était une première depuis 1969. Et l’affiche finale a beau être identique, la partie est loin d’être simple.

Le danger est là. Jamais l’extrême droite n’a recueilli autant de suffrages à une présidentielle (34 %). Et jamais Le Pen n’a bénéficié d’un tel réservoir de voix. Éric Zemmour, son meilleur ennemi, n’aura pas attendu longtemps pour rentrer à la niche, appelant ses électeurs à voter pour elle au second tour.

Le bilan du président sortant, son projet de casse sociale, son mépris de classe, risquent de faire de ce second tour un « référendum anti-Macron ».

La châtelaine de Montretout, opposée à une hausse du Smic, veut faire croire à un second tour « bloc populaire contre bloc élitaire ». Fadaises ! Il n’est qu’à voir ce que ses amis Orban et Bolsonaro font subir à leurs peuples.

Bien sûr, la responsabilité écrasante de la Macronie dans la banalisation du RN rend la situation encore plus amère. On entend déjà les « ni-ni », les « on ne m’y prendra plus », « ça ne peut pas être pire » ou « ça permettra à la gauche de se reconstruire ». Balivernes.

Là où l’extrême droite est arrivée au pouvoir, la gauche est restée au tapis. Alors, le 24 avril, il nous faudra voter en utilisant le seul bulletin disponible pour barrer la route à Le Pen, le cœur chagrin mais la tête haute.

Editorial de Maud Vergnol de l'Humanité

 

Publié dans Présidentielle 2022

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article