Pollution de Pierre-Bénite aux polluants éternels perfluorés - Suite 1. Intervention de Roger Tarrago

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Pollution de Pierre-Bénite aux polluants éternels perfluorés - Suite 1. Intervention de Roger Tarrago

Le 10 mai le jour du rendu de l'étude sur la présence de perfluorés dans l'air, les sols, l'eau et le lait maternel, à la Maison de l'environnement à Lyon Gerland, Roger Tarrago ancien secrétaire CGT du CHSCT d'Arkema est intervenu longuement sur les responsabilités du groupe Arkema quant aux pollutions et risques générés par les fabrications industrielles d'Arkema.

Nous portons à la connaissance de nos lecteurs cette intervention qu'il a eu la gentillesse de nous communiquer. Elle sera utile à celles et ceux qui s'intéressent aux risques industriels et technologiques sur les êtres humains et l'environnement de ces grandes entreprises.

En 2005 ou 2006, à l'initiative de l'employeur qui en a informé le CHSCT conformément à la loi, le service médical de l'usine a effectué des prélèvements sanguins pour rechercher des concentrations éventuelles de PFOA (aujourd'hui classé cancérigène) sur des salariés de l'atelier de fabrication des polymères fluorés.

Ces prélèvements ont été envoyés à un laboratoire allemand qui a rendu des résultats tout à fait rassurants. Tout le monde était soulagé. Ces résultats doivent être conservés dans les archives du CHSCT mais comme cette instance par ailleurs fort utile et
appréciée des salariés n'existe plus suite à la loi travail instaurée par le gouvernement actuel il est difficile de les retrouver aujourd'hui.

Sans remettre en cause la pertinence de ces résultats, les salariés et leurs représentants ont toujours eu un sentiment de méfiance concernant les initiatives des employeurs en
matière de santé au travail, qui cherchent avant tout à s'exonérer de toute responsabilité.

De multiples exemples confirment cette appréciation :

– Les maladies liées à une exposition à l'amiante : c'est pas nous, c'est en changeant les plaquettes de freins, ou à cause des grilles-pain. Arkema Pierre-Bénite a été condamné à plusieurs reprises à la faute inexcusable de l'employeur dans ce domaine.

Nos camarades de Saint-Fons ou de Balan ou l'angiosarcome du foie était, selon l'entreprise, lié à une consommation excessive d'alcool alors que grâce à quelques médecins militants et à l'action des salariés cette maladie était consécutive à une
exposition au chlorure de vinyle monomère.

L'explosion d'AZF Toulouse où Total a multiplié les procédures et où il a fallu 15 ans pour que la justice établisse de manière formelle la responsabilité de l'industriel.

– Et quand l'évidence éclate, ce fut le cas lors de la pollution du Rhône dans les années 70 avec des centaines de tonnes de poissons morts jusqu'à Valence, l'entreprise sort le carnet de chèques pour arroser les associations de pêche et de protection de la nature afin d'éviter les procès.

Egalement lors du dégagement d'un nuage toxique sur un quartier d'Oullins la direction a immédiatement sanctionné un salarié, le livrant à la vindicte populaire, afin de calmer les médias, les autorités et l'opinion publique. L'intervention des salariés et des élus à permis d'établir la vérité et de réintégrer le salarié incriminé dans ses droits et sa dignité.

Ces quelques exemples, et il y en a d'autres, montrent que le problème de la pollution aux perfluorés constatée aujourd'hui amène des questions lourdes :

Pourquoi l'arrêté préfectoral d'autorisation d'exploiter n'a pas prévu la recherche de ces polluants dans les effluents rejetés au Rhône comme c'est le cas par exemple pour les métaux lourds, la demande chimique en oxygène ou les matières en suspension ?

Pourquoi, je parle là de l'époque que j'ai vécue à l'entreprise, le service toxicologique d'Arkema, réputé très performant, n'a pas informé les salariés des risques liés à la persistance de ces polluants ?

Pourquoi l'exposition à ces produits n'a pas entraîné pour les salariés concernés une surveillance médicale renforcée comme c'est le cas pour l'iode où le fluor ?

Et puis bien sur, quid de la population locale et environnante qui se retrouve devant le fait accompli. Quelles actions, quelle protection, quel suivi médical, comment dépolluer. Qui est responsable ?

Il est un peu fort de café de lire que, sous couvert d'absence de réglementation, la direction respecte la réglementation.

Comme je l'ai dit plus tôt, pour nous, c'est du déjà entendu.

Roger Tarrago

Retraité Arkema et ancien secrétaire du CHSCT de 1997 à 2008. Habitant de Pierre-Bénite.

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