Enseignements de la séance électorale 2022. Contribution de Pierre Daspre, secrétaire départemental du Var

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Enseignements de la séance électorale 2022. Contribution de Pierre Daspre, secrétaire départemental du Var

Dès le 38ème congrès national du PCF en 2018, les adhérents du PCF ont décidé de créer les conditions d’une candidature communiste pour les élections présidentielles de 2022. Ce choix a été réaffirmé à l’occasion de la conférence nationale du 11 avril 2021 et conforté par le vote très majoritaire des adhérents.

Cette candidature avait pour objet de porter le projet et le programme communiste, ce qui a été réalisé. A plus de 80 % les communistes ont ainsi désigné Fabien Roussel comme candidat du parti communiste français après deux absences.

Notre camarade Fabien Roussel a pu ainsi porter les propositions communistes, le programme des Jours Heureux. Cette candidature très majoritairement approuvée dans le Var a permis de redonner de la visibilité à notre parti et d’orienter le débat électoral sur des thèmes déterminants pour sortir de la crise systémique du capitalisme. La stratégie du 38ème Congrès a été validée.

Certes les conditions du débat de cette élection présidentielle ont été très difficiles mais le bilan de la campagne est positif : de nombreux communistes se sont engagés avec détermination et enthousiasme, des milliers de débats et de rencontres ont été réalisées et des centaines adhésions ont été comptabilisées sur tout le territoire national. Même si nous pouvons regretter que nous n’ayons pu aller plus loin dans le débat public sur certaines questions telles que l’utilisation de l’argent, le pouvoir d’intervention des travailleurs, ...

Le contexte économique depuis la crise de 2008 a approfondi les crises financières, démocratiques et institutionnelles. La pandémie et la guerre en Ukraine ont accéléré le
processus déjà engagé.

Dans ces conditions, une candidature communiste était salvatrice pour le débat public, d’ailleurs tous les commentateurs avaient souligné la pertinence de Fabien Roussel.

Mais les rapports des forces dans les luttes sociales et citoyennes ne permettaient pas d’engranger de larges succès revendicatifs et politiques se soldant par un sentiment que tout cela ne servait à rien ! Rejetant toutes celles et tous ceux qui de près ou loin représentaient “l’institution” avec un point d’orgue à Emmanuel Macron dont le rejet de sa politique a fait une majorité dans le pays.

Depuis la lutte des gilets jaunes un nouvel ordre social et politique se cherche sans en trouver pour l’instant les outils de cette construction. Le taux d’abstention, ainsi que les votes sur la candidate RN et sur le candidat de la FI en sont des traductions.

Les forces libérales ont mobilisé tous les médias pour dans un premier temps “jouer le vote utile” en faveur de Jean Luc Mélenchon à gauche.

Les populistes de droite et de gauche n’ont-ils pas pour objectif d’en finir avec les partis organisés dans la pensée pour faire oublier leur échec ou leur trahison ?

Les résultats du candidat du PCF, comme celui d’EELV ou celle du PS ont été pour beaucoup la conséquence de cette situation débouchant sur le vote dit « utile ».

La pluralité des candidatures a montré que le total des voix sur des candidats de gauche avait progressé depuis 2017. Bien qu’avec un progrès de 4 % la gauche plafonne à 32 %. Comment dans de telles conditions pouvait-on prétendre un Jean Luc Mélenchon 1er ministre ?

Par contre 12 millions de gens ne sont pas allés voter et ⅓ des électeurs exprimés ont voté RN. 50 % des électeurs se sont abstenus, là est l’avenir de la gauche.

Le dégagisme prôné par Jean Luc Mélenchon n’a pas permis de rassembler sur des aspirations partagées et a laissé sur le bas-côté la moitié des électeurs.

Il s’agissait moins de vouloir faire un hold-up sur le pouvoir que de donner les éléments, les clés du changement en s’attaquant directement au système lui-même. Force est de constater que de ce point de vue nous avons progressé mais qu’il est indispensable de poursuivre les efforts dans le temps et avec ténacité.

Le bilan des élections législatives est plus mitigé. Alors que les communistes avaient appelé à la signature d’un pacte d’engagements communs dès le mois de mai 2021 la France Insoumise a choisi de subordonner les autres forces de gauche en s’attribuant 350 candidatures aux législatives. Ce qui les a conduit avec persistance à exiger une candidature unique à la présidentielle, à imposer une candidature unique aux législatives, une organisation unique avec la NUPES.

Notre parti ne pouvant présenter des candidats que dans 50 circonscriptions sur 550 a perdu de la visibilité. Dans un grand nombre de circonscriptions des électeurs ne pouvaient pas voter pour le PCF.

Si indéniablement une certaine dynamique a permis à la gauche de grossir le nombre global de députés à l’Assemblée nationale il faut rester lucide. La déperdition de voix de la gauche entre la présidentielle et les législatives notamment dans les milieux populaires pose la question et relativise l’affirmation selon laquelle le peuple attend le rassemblement de la gauche.

Le peuple n’attend-il pas plutôt de vrais changements à la tête du pays, la mise en œuvre d’une véritable politique sociale anticapitaliste ?

Ainsi il nous faut aborder dès septembre la préparation du 39ème Congrès en tenant compte de ces enseignements. Nous avions au 38ème affirmé d’une part l’importance des rassemblements sur des projets partagés et d’autre part la nécessité de l’autonomie du parti. C’est ce qui nous a permis l’élaboration du programme des Jours Heureux (et même au-delà la richesse de nos propositions ) qui conserve toute sa validité car il apporte des réponses à la grave crise systémique du capitalisme. Des réponses qui sont issues de notre analyse marxiste de la société.

La création de la NUPES nous amène à réfléchir en gardant comme boussole ces deux axes.

Alors comment éviter les deux écueils, le repli, l’autarcie sectaire ou la dilution dans la NUPES ?

Nous savons qu’aucun progrès social ne peut exister sans intervention du mouvement social, sans luttes. Il s’agit donc de favoriser l’intervention populaire agissante dans les luttes à partir de nos propositions novatrices, communistes, affrontant le capital sur l’emploi, l’utilisation de l’argent, les pouvoirs nouveaux des travailleurs, la formation...

Continuer à concevoir le rassemblement dans les seules luttes électorales conduit à renvoyer les objectifs sociaux aux décisions de l’Etat et à déposséder le mouvement social. Les alliances sans la clarté sur des contenus véritablement transformateurs sans chercher à reprendre la main sur l’économie en luttant contre la dictature des marchés, c’est ce qui a échoué depuis des années.

La grande urgence pour le PCF (et pour la gauche si elle veut retrouver de la crédibilité
auprès des milieux populaires et du monde du travail) est donc plus que jamais de favoriser, susciter l’intervention populaire et citoyenne sur les besoins communs. La résolution du CN du 2 juillet nous y invite en proposant la création de comités d’action.
« Des comités d’action, pour débattre des urgences dans chaque territoire, engager des luttes et des initiatives pour résister à toute régression sociale, comme le recul de l’âge de départ en retraite et obtenir des victoires pour changer tout de suite la vie du plus grand nombre. »

Dans cet objectif nos liens avec les acteurs du mouvement social (associatifs et syndicaux) doivent être renforcés. Ils sont essentiels pour que le PCF retrouve sa place dans le monde du travail et indispensable à la vitalité du mouvement social lui-même.

Le 39ème congrès ne peut donc être le seul prolongement du 38ème, il appelle à affiner nos analyses et à renforcer nos orientations et notre stratégie sur la base décidée au 38ème congrès et non à les réviser comme nous le demandent les acteurs du printemps minoritaires au 38èmeCongrès.

Mais nous devons nous placer aussi dans l’internationalisme et les questions internationales prennent une place majeure dans notre analyse mondiale de la situation. Tout comme se pose avec acuité les questions liées à la défense nationale, à la sécurité collective, à l’OTAN et à l’ONU.

Pierre DASPRE
Secrétaire départemental PCF du Var

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