Les surveillants de prison ne veulent pas être des boucs émissaires

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Les surveillants de prison ne veulent pas être des boucs émissaires

Un mouvement social a démarré jeudi à la maison d’arrêt d’Arles, en réponse à l’annonce de sanctions contre deux membres du personnel pénitentiaire. Ils sont mis en cause dans un rapport sur les circonstances du meurtre en prison d’Yvan Colonna, figure de l’indépendantisme corse.

Les agents pénitentiaires refusent de porter le chapeau. « Pour des raisons politiques, on veut qu’une tête tombe. Mais il n’est pas question que notre collègue serve de fusible. On restera solidaire », a indiqué à l’AFP Ahmed Kakbi, délégué CGT, pour expliquer le mouvement intersyndical de blocage qui s’est déclenché le 4 août à la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône).

L’annonce une semaine plus tôt par la première ministre, Élisabeth Borne, du « déclenchement de procédures disciplinaires » à l’encontre de l’ancienne directrice de ce centre pénitentiaire, Corinne Puglierini, et d’un surveillant a mis le feu aux poudres. Tous deux sont mis en cause pour « manquements » par le rapport de l’Inspection générale de la justice (IGJ) concernant la mort en détention d’Yvan Colonna en mars 2022.

La directrice est accusée d’une « négligence répétée »

« Depuis des années, la pénitentiaire est dans de telles conditions que, le fusible, c’est l’agent qui effectue son travail avec le matériel et les moyens qui lui ont été fournis par l’administration », a rappelé sur France info Jessy Zagari, délégué régional de Force ouvrière pour la Corse et la région Paca.

Les surveillants de la prison d’Arles soulignent la difficulté pour leur collègue d’exercer une surveillance constante, alors qu’il était en charge d’un secteur comprenant plusieurs ailes. Ils insistent aussi sur la diversité des publics accueillis à la prison d’Arles, qui vont du détenu de droit commun à celui impliqué pour terrorisme. « On n’a pas les moyens de gérer tous ces profils », explique Thomas Forner, délégué Ufap-Unsa justice.

Le rapport de l’IGJ estime, lui, que le surveillant était « resté sans aucun motif éloigné du couloir menant au lieu des faits ». Il pointe un « net défaut de vigilance », alors que Franck Elong Abé, qui purgeait plusieurs peines, notamment pour « association de malfaiteurs terroriste », a pu sans difficulté entrer dans la salle de sport où se trouvait le militant indépendantiste et l’agresser violemment pendant neuf minutes, entraînant son décès.

Il met surtout en cause la direction de l’établissement. La directrice est accusée d’une « négligence répétée » pour n’avoir pas envoyé l’agresseur en quartier d’évaluation de la radicalisation et pour l’avoir laissé devenir auxiliaire, malgré une personnalité qualifiée de « perturbée » et un parcours qui l’avait amené en Afghanistan où il avait été arrêté en 2012 par l’armée américaine avant d’être remis deux ans plus tard aux autorités françaises.

Quelle que soit la responsabilité des personnes présentes au moment des faits, la désignation rapide de coupables permet aussi d’enlever une épine du pied de l’exécutif.

La mort en prison de l’assassin du préfet Érignac avait suscité une vague de manifestations comme l’Île de beauté n’en avait pas connue depuis des années. Elle avait rendu visible l’émergence d’une nouvelle génération indépendantiste pour laquelle Yvan Colonna fait figure de martyr.

Le gouvernement tente depuis d’éteindre le feu avec la promesse de l’autonomie et le lancement, le 21 juillet, par le ministre de l’Intérieur, d’un cycle de réunions sur l’avenir de l’île.

Camille Bauer Article publié dans l'Humanité