Qui pollue et met en danger l'humanité et la planète ? par Amar Bellal

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Une de l'Humanité

Une de l'Humanité

Non, 65 milliardaires ne polluent (toujours) pas autant que 30 millions de français !
 
Hier lundi , on a eu de nouveau un très intéressant dossier sur les liens entre pollution et train de vie des ultras riches dans l'Humanité. Il a le mérite de faire le point en donnant des ordres de grandeurs de comparaison avec les émissions d'un français moyen. Par exemple, on apprend qu'en moyenne, un milliardaire pollue autant que mille français : ce chiffre est parfaitement crédible, si on cumule les moyens de transports et loisir de luxe très énergivores. Le journal a habilement exploité aussi le voyage en avion de François Pinault par exemple.
 
J'ai bien apprécié l'excellent édito de Christophe Deroubaix, mais il reproduit hélas l'erreur d'avancer le chiffre -faux- des 65 milliardaires qui émettraient autant de CO2 que 30 millions de français. J'avais fait un texte explicatif sur ce sujet, que je remets ci dessous pour ceux que cela intéresse.
 
L'erreur de méthode en gros ici consiste à imputer des émissions qui ne sont pas due seulement au mode de vie des milliardaires, mais en élargissant à tous ses actifs financiers, essentiellement constitués de ses entreprises il ne faut pas l'oublier. Oui dans l'étude d'Oxfam et Greenpeance, c'est un peu comme pour les contrats d'assurance : il ne faut pas s'arrêter au slogan affiché, mais bien lire les petites lignes en bas de pages qui explique la méthode de comptabilité.
 
Par exemple, pour un patron d'une multinationale de ciment, on va mettre sur son compte, en plus de ses 10 voitures de luxe, de ses 5 villas et ses deux jets privés, on va également considérer les émissions de ses usines de ciment, ciment qui servira pourtant à construire des logements, des ponts, des écoles, des hôpitaux etc etc et qui constitue, et de loin, l'essentiel de ses émissions et qui devraient en réalité être comptabilisé sur l'ensemble des bénéficiaires, c'est à dire nous, la population, la réponse aux besoins sociaux (à moins qu'on veuille construire moins de logements...mais il me semble que ce n'est pas dans notre programme).
 
Les piscines, les jets, les voitures de luxe, c'est important de les dénoncer, plus pour les inégalités qu'ils révèlent je pense, que pour le climat, parce que leur mode de vie, quand bien même il serait bas carbone, n'est pas acceptable car on sait qu'il se fait sur le dos des salarié... mais cela reste une goutte d'eau pour la lutte contre le réchauffement climatique en terme de volume (tout au plus l'équivalent en émission de quelques dizaines de milliers de français moyens, et non pas 30 millions ) …
 
Se défausser sur les ultra riche certes, cela reste toujours vendeur et on aime entendre cette musique, mais cette approche ne permet pas de comprendre l'ampleur des efforts collectifs à réaliser (parce que Scoop ! : même nationalisé, la production de ciment restera nécessaire, et décarbonater ce secteur , croyez moi, ce n'est pas évident, c'est un défi en soit).
 
L'arnaque des 1%
 
Une autre approche qui paraît encore une fois stérile, c'est la fameuse dénonciation des 1% les plus riches dans le monde qui polluent autant que les 50 % les plus pauvres.
 
Savez vous à partir de quel revenu mensuel on fait partie des 1% les plus riches de la planète ? Entre 2000 et 3000 euros par mois (il y a des débats sur le niveau exact, mais cela tourne autour de ces 2 chiffres). Donc, une bonne partie de nous tous, même militants syndicaux, militants de la cause environnementale etc etc nous en faisons partie !
 
Oui, nous faisons partie de ces affreux riches qui polluent, saccagent la planète, épuisent la terre, ses ressources, au mépris de la vie, sur le dos des pauvres etc selon toutes les expressions consacrées, et tout cela juste en allant chercher les gosses à la crèche en voiture ou en rendant visite à la famille le Week-end, ou en mangeant notre bœuf bourguignon ....
 
On voit bien que c'est une approche risible, qui ne permet pas de comprendre les enjeux : dans les 50% les plus pauvres de la planète , il y a beaucoup d'habitants qui sont tout simplement dans une pauvreté extrême , peut être qu'augmenter leur niveau de vie à un niveau comparable au notre serait une meilleurs idée, et pour l'essentiel des fameux 1%, décarbonner les modes de vies (cela renvoie à la transformation complète de l'économie ) serait une voie plus intéressante que l'idée sous-jacente de tout niveler par le bas ?
 
Là on commence à parler de choses sérieuses, de politique... là on ne se contente plus de diviser les populations en les culpabilisant au niveau planétaire. Alors bien sur dans les 1% les plus riches, il y aussi les 0,1% voir les 0,01% les plus riches : en fait pour se sortir de cela, il faut revenir au lieux de pouvoir, là où beaucoup se décide : les entreprises, les institutions financières etc , sinon on va continuer a dénoncer la piscine de luxe du milliardaire, et se contenter de cela...
 
J'avoue être plutôt inquiet de voir cette approche encore dominer. Cela montre qu'on a encore beaucoup de chemin à faire pour faire comprendre l'ampleur du problème.
 
On passe complètement à coté de l essentiel du problème : la transformation complète de notre économie, sa décarbonation, sa viabilité en organisant l'économie des ressources (recyclage , économie circulaire etc), et sur ce point les entreprises, les enjeux de pouvoirs de décisions, la réorientation des financement, les défis scientifiques, de formation, la nécessaire planification, tous ces défis que le capitalisme est incapable d'assumer avide de profits qu'il est, sont le cœur du problème, et non pas en rester juste à la dénonciation du cigare du patron...
 
Reprise d'un article d'Amar Bellal publié sur sa page facebook, avec son accord.
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