Chez Camaïeu, l’heure des comptes

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Après une assemblée générale organisée mardi par la CGT, des salariés de l’enseigne, liquidée le 28 septembre, ont investi le siège de l’entreprise.

 

Sept jours après l’annonce de la liquidation de leur entreprise, les salariés de Camaïeu ont toujours besoin d’explications. C’est pour cela qu’ils se massent, ce mardi matin, devant les grilles du siège, à Roubaix, pour l’assemblée générale organisée par la CGT. Pour comprendre comment, deux ans après un premier redressement judiciaire, suivi d’une reprise déjà accompagnée de 500 licenciements et 120 disparitions de magasins, le tribunal de commerce a pu annoncer mercredi 28 septembre la fermeture, le samedi soir suivant, des 510 dernières boutiques et le licenciement des 2 600 salariés.

 

« L’actionnaire (HPB, le groupe de l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon – NDLR) n’avait aucun plan de financement, hormis la vente du siège et de l’entrepôt pour récupérer 14 millions d’euros », décrypte Thierry Siwik, délégué syndical CGT. « L’actionnaire demande à l’État de prendre en charge plus de deux tiers de l’apport nécessaire au plan de reprise, en plus de l’abandon de l’ensemble des dettes publiques existantes », avait réagi, de son côté, le ministère de l’Économie, interrogé par l’AFP.

 

Les trois derniers jours d’ouverture des magasins ont généré 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les salariés ont cru que cette somme pourrait alimenter une prime extralégale de licenciement. Elle ira plus probablement au remboursement d’une petite partie de la dette colossale de l’entreprise, évaluée à 250 millions d’euros.

 

Pister les transferts de fonds entre sociétés du groupe

 

« Les liquidateurs sont en train de recenser les actifs (de l’entreprise) pour les revendre au plus offrant », précise Thierry Siwik. Le délégué CGT veut croire que la messe n’est pas dite, évoquant « un projet de reprise chiffré et innovant, travaillé par une équipe rattachée à la directrice générale ». « Des partenaires financiers sont prêts à investir mais ce n’est pas suffisant, détaille-t-il. Nous faisons appel à l’État, à la région, aux entrepreneurs de la région… Il n’est pas question de baisser les bras. Cela fait trente-huit ans que cette entreprise existe et elle est toujours leader dans le prêt-à-porter féminin, elle ne peut pas disparaître comme ça ! »

 

La CGT a convié l’avocat Fiodor Rilov, connu pour son combat avec les Goodyear et les Conti. « Les chances d’une solution de reprise fiable et crédible sont extrêmement minces et le plan social sera au ras des pâquerettes. L’argent récupéré servira prioritairement aux créanciers », avertit d’emblée l’avocat. « C’est une raison supplémentaire de lancer une action en justice pour faire condamner les responsables de cette catastrophe », poursuit-il, en présentant un plan en deux temps. D’abord, une action en référé pour récupérer « les centaines ou milliers de documents qui dessinent une photo complète de ce qui s’est passé depuis trois ans, notamment les transferts de fonds entre Camaïeu et les autres sociétés du groupe ». Et, une fois certains faits établis, attaquer en justice pour obtenir réparation. « Je suis convaincu qu’un certain nombre d’engagements n’ont pas été respectés et même qu’on a fait le contraire », résume l’avocat.

 

« On ne va rien casser, c’est notre outil de travail »

 

Il a besoin, pour lancer le référé, du mandat individuel des salariés qui le souhaitent. Cette stratégie nécessite également leur mobilisation, insiste Fiodor Rilov : « Personne ne vous aidera, sinon vous-mêmes. Les larmes de crocodile de l’État, du gouvernement, de la région, je les vois à chaque fermeture. » En revanche, il espère que le comité social et économique (CSE), où la CGT n’est majoritaire que chez les employés, votera la désignation d’un expert qui poursuivra les mêmes objectifs. « Pour l’action en justice, on n’a rien à perdre », nous confie Paulo Miranda, 50 ans, employé à la logistique après un licenciement pour inaptitude d’une boîte du BTP, il y a dix ans. « J’ai travaillé en abattoir et en charpente-construction, je me suis donc déjà reconverti », commente-t-il.

 

« On ne sauvera des emplois que si on se mobilise », reprend Thierry Siwik, qui reste persuadé qu’une reprise est possible. Des rassemblements à Paris « devant les ministères » et une manifestation à Roubaix seraient déjà en préparation. La première action symbolique ne se fait pas attendre. À peine les prises de parole achevées, un groupe de salariés se dirige vers le portail d’entrée. Devant le refus de les laisser passer, une grille est forcée et le hall de l’entreprise investi dans le calme.

 

« On ne va rien casser, puisque c’est notre outil de travail », insiste Thierry Siwik, avant d’organiser une présence tournante dans l’entreprise.

 

Ludovic Finez  Article publié dans l'Humanité

Publié dans Luttes sociales

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article