Avant qu’il ne soit trop tard - Appel collectif

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Appel de poètes, écrivains, artistes, citoyens

 

  • Marc Knobel Historien
  • Smaïn Laacher Professeur émérite de sociologie, université de Strasbourg
  • Francis Daspe Secrétaire général de l’Agaureps-Prométhée

 

Chacun se demande s’il est encore temps d’empêcher la conflagration générale… Nous sommes au bord de la Troisième Guerre mondiale, si celle-ci n’est pas déjà commencée, et beaucoup, hommes d’État, dirigeants politiques, journalistes, intellectuels, citoyens, feignent de ne pas voir, comme si minimiser les risques conjurait le pire. Nous, poètes, écrivains, artistes, citoyennes et citoyens, femmes et hommes, êtres humains qui peuplent cette terre, nous voulons dire : il est encore temps d’ouvrir les yeux.

 

À travers la mobilisation colossale des forces et les combats meurtriers en Ukraine, se joue la confrontation entre grandes puissances possédant toutes l’arme nucléaire. Cette guerre terriblement meurtrière sacrifie des vies, détruit des villes, ruine culture et civilisation. Elle n’est pas moins immonde en ce qu’elle combine les horreurs classiques de la guerre et les moyens technologiques les plus sophistiqués. En dépit des discours de propagande de part et d’autre, il n’y a pas, d’un côté, les bons, de l’autre, les méchants.

 

Dans la région, le conflit est ancien. Ces dernières années, il a dégénéré à la suite du non-respect des accords de Minsk et il est en train de déchirer deux peuples frères. Nous ne sommes plus comme à la veille de la Seconde Guerre mondiale, quand s’opposaient les démocraties et les régimes fascistes. Nous serions plutôt dans une situation comparable aux prémices de la Première Guerre, lorsque les grandes puissances cherchaient à se repartager le monde au prix d’une véritable boucherie.

 

Il est encore temps de stopper la pandémie de haine et les nationalismes barbares. L’histoire ne laisse guère de doutes ; elle nous montre où conduisent les nationalismes guerriers. Aujourd’hui, dans toute l’Europe – si ce n’est dans le monde entier –, on voit ressurgir, parmi les peuples bousculés par la mondialisation capitaliste et sa concurrence effrénée, la tendance au repli identitaire, au nationalisme, au chauvinisme, la nostalgie même du fascisme et la tentation de solutions autoritaires, xénophobes et racistes. Tout cela ne mène qu’aux plus monstrueuses et suicidaires figures de l’humanité.

 

Il est encore temps que la raison et la paix l’emportent. Ce qui se joue pour la Russie est le dépeçage de l’Ukraine, le contrôle des zones russophones, la reprise en main de certaines de ses principales ressources économiques. Du côté de l’Otan, c’est la recolonisation déjà avancée de l’Est européen, la destruction de la puissance russe, la soumission de l’Europe aux États-Unis, à son gaz et à ses armes… avec la Chine en ligne de mire.

 

Mais où sont les voix, comme celles de Jean Jaurès, Romain Rolland, Rosa Luxemburg ou Lénine hier, pour se lever aujourd’hui, réagir et décréter la paix au monde ? Que faut-il attendre ? Des centaines de milliers de morts, une arme nucléaire rayant de la carte un des pays ? Attendre l’extrême limite pour s’asseoir à la table des négociations ?

 

Non, nous savons que la seule solution est le respect du droit à l’autodétermination des peuples, l’écoute de la volonté des populations des régions concernées pouvant s’exprimer dans des conditions de paix, sous le contrôle de l’ONU, pour choisir si elles veulent être rattachées à l’Ukraine ou à la Russie.

 

Il faut que s’arrêtent les combats, les mobilisations militaires, les livraisons d’armes. Il faut redémarrer les discussions qui, à plusieurs reprises, ont été interrompues sous la pression de ceux qui voulaient jeter de l’huile sur le feu.

 

La paix aujourd’hui n’a pas voix au chapitre. Pourtant, elle répond au vœu le plus profond de tous les peuples, de l’immense majorité des Terriens. Il est encore temps d’affronter ensemble les nouveaux défis de la planète. Nous faisons partie de cette immense majorité qui pense qu’il faut œuvrer collectivement pour résoudre les problèmes liés au climat, aux défis alimentaires, médicaux, sociaux, culturels…

 

L’exploitation effrénée des ressources naturelles avec le seul objectif de maximiser la rentabilité financière nous a conduits où nous en sommes aujourd’hui. Au lieu de s’entre-tuer dans des guerres fratricides, mieux vaudrait travailler ensemble à résoudre nos problèmes communs.

 

Nous savons que c’est la parole partagée qui fonde notre humanité. Avant qu’il ne soit trop tard… Avant de sombrer dans un monde d’apartheid généralisé où une poignée de possédants belliqueux maintiendrait ses privilèges par la brutalité, la famine et la guerre permanente contre les pauvres, élevons la voix… Il est grand temps d’unir nos voix pour vaincre le pire que serait une guerre mondiale, pour nous engager non dans la voie de l’autodestruction mais dans celle d’une grande refondation de nos sociétés. Nous remettre à la tâche de sauver un sens de vivre, digne d’une authentique humanité. 

 
Appel à l’initiative de Francis Combes, José Muchnik et Philippe Tancelin. La liste des signataires est à retrouver sur humanite.fr.
 

Publié dans Paix, Europe

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