Comment l'inflation fait gagner des milliards aux banques

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

 

Les politiques de lutte contre l’inflation orchestrées par les Banques centrales dopent les profits des banques. Jeudi, la BNP a fait progresser ses bénéfices de plus de 10 % et la Société générale a engrangé 1,41 milliard d’euros.

 

Dans le sillage des banques européennes, la BNP Paribas a affiché des résultats exceptionnels au troisième trimestre. En hausse de 10,3 %, par rapport à l’an dernier, les bénéfices ont atteint 12,76 milliards d’euros. Ainsi, depuis janvier, le premier groupe bancaire a engrangé plus de 8 milliards d’euros de profits (+12 % par rapport à 2021).

 

Dans son sillage, la Société générale a également annoncé, ce vendredi, un résultat net en hausse de 1,4 % à 1,41 milliard d’euros au titre du troisième trimestre 2022. Pour saluer ces superprofits, en bourse, le titre de la banque prenait plus 5 % ce matin. D’autres superprofits devraient suivre. BPCE et Crédit Agricole doivent annoncer leur résultat trimestriel la semaine prochaine.

 

Si les banques se gavent alors que tous les indicateurs sont dans le rouge, elles le doivent aux banques centrales. Et à leurs politiques monétaires de lutte contre l’inflation qui consistent à remontée leurs taux, dans l’espoir d’endiguer la hausse des prix, en faisant augmenter le chômage pour empêcher une hausse des salaires.

 

Ce mercredi, dans le sillage de la BCE et de la Banque d’Angleterre, la Fed a une nouvelle fois remonté ses taux, notamment le taux de refinancement, le loyer de l’argent que les banques prêtent ensuite, de 0,75 point de base. Un outil qui booste mécaniquement les marges des banques. D’autant que

 

« le secteur bancaire français peu concurrentiel peut imposer ses conditions, notamment en fixant un taux de rémunération du crédit plus important que le taux de refinancement auprès de la BCE, analyse Dominique Plihon. Les banques s’assurent ainsi de pouvoir bénéficier de marges proportionnellement plus importantes », explique ce membre du collectif des économistes atterrés.

 

D’ailleurs les chiffres publiés ces deux derniers jours montrent que la croissance est plus dynamique dans l’activité de banque de détail (+13,5 % pour la société générale). Selon une estimation des analystes de Bank of America, cité par Les Echos, les établissements de la zone euro pourraient voir les revenus nets d’intérêt augmenter de 17 milliards d’euros cette année. En Espagne et en République tchèque, une taxe sur ces superprofits a été mise en place.

 

Jusqu’ici la politique monétaire ne semble avoir aucun effet sur l’objectif affiché. «  Le raisonnement n’est pas adapté à la conjoncture actuelle », estime ce spécialiste de la politique monétaire. Il serait même totalement «  dépassé », affirme Dominique Plihon, membre d’Attac. « L’inflation est due à des phénomènes exogènes que sont la guerre en Ukraine, et la flambée des matières premières, ou encore à la dépréciation de l’euro et non à la hausse des salaires ». D’ailleurs, pointe l’économiste, les augmentations salariales obtenues par la lutte sont toujours inférieures au niveau de l’inflation. « Beaucoup d’entreprises n’ont pas perdu en pouvoir d’achat, leurs marges qui sont restées en moyenne à un niveau élevé, n’ont pas été rognées par l’inflation. » Une politique salariale, dont les banques ne sont pas exemptées. Lors des dernières négociations annuelles sur les salaires, la BNP a accordé seulement 3 % d’augmentation générale et une prime de 1 100 euros bruts versée ce mois-ci pour les plus petits salaires. Idem à la Société Générale, avec une prime de 1 700 euros bruts.

 

L’objectif des banques centrales est surtout d’envoyer un signal aux marchés financiers. Avec la hausse des prix, les rendements réels des placements diminuent. «  Ce discours est rassurant », relève Dominique Plihon. Mais attention : « Les Banques Centrales marchent sur des œufs. Car, une remontée trop brutale des taux pourrait créer un Krach obligataire et par ricochet une crise financière ». Et personne ne peut prévoir ce qui se passera l’an prochain. Presque tous les voyants virent au rouge.

 

La parenthèse enchantée du secteur bancaire, sous fond de guerre, de pénuries, de hausse de prix, pourrait cependant s’interrompre. « Il est possible que rapidement, dès ce quatrième trimestre, le risque de récession oblige les banques à tasser leurs marges ». En attendant, les banques se gavent.

 

Clotilde Mathieu Article publié dans l'Humanité

Publié dans Finances-riches, Economie

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