Contribution CGT au rapport annuel du groupe d’experts SMIC – 2022

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Dans son précédent rapport1, en plus d’arguer contre un éventuel coup de pouce au salaire minimum, le « groupe d’experts » avait une nouvelle fois insisté sur « l’abandon de tout ou partie [des] clauses de revalorisation automatique » du SMIC pour notamment « conférer une responsabilité accrue aux pouvoirs publics qui pourraient ainsi mieux articuler les évolutions du SMIC avec les évolutions du marché du travail et avec les dispositifs de lutte contre la pauvreté laborieuse... ».
 

Eu égard au choix continu des gouvernements successifs depuis 2012 de refuser le « coup de pouce », si la revalorisation automatique était aussi remise en cause, ce serait signer la fin d’un salaire minimum interprofessionnel qui, bien que largement insuffisant, assure aux salariés dont les rémunérations sont les plus faibles :
 

- le maintien de leur pouvoir d'achat quel que soit le niveau des prix;
- leur participation au développement économique de la Nation, tout en évitant une distorsion entre l'évolution du salaire minimum et celle de la moyenne des salaires horaires.

 

L’année 2022 qui vient de s’écouler l’illustre très bien puisque le mécanisme de revalorisation automatique a été mis en œuvre par deux fois (1er mai et 1er août), en plus de l’augmentation du 1er janvier (soit une revalorisation de 5.6% au total, lorsque l’inflation dépasse les 6% sur un an).
 

Il ne s’agit pas de cadeaux faits aux deux millions de salariés payés au SMIC. Il s’agit juste de leur permettre de vivre et non survivre en maintenant, pas complètement, leur pouvoir d’achat face à une inflation galopante qui les percute de plein fouet. Ce constat confirme, une fois de plus, la déconnexion, la non pertinence et le parti-pris libéral et dogmatique du « groupe d’experts » tel qu’il est constitué depuis sa création.
 

La CGT réitère fermement sa demande de voir évoluer ce « groupe d’experts » tant dans sa constitution que dans sa manière de travailler. Une composition pluraliste est indispensable pour sortir du seul cadre théorique de référence. Cela permettrait de produire à l’intention du gouvernement, non pas des recommandations mais plusieurs scenarii (Cf. travaux du COR) ou différentes appréciations (Cf. travaux de la FED).
 

Augmenter le SMIC et les salaires
 

Le constat tout au long de l’année 2022 est sans appel : un niveau d’inflation élevé particulièrement sur les produits de première nécessité et sur l’énergie (sur 12 mois : Combustibles liquides +71,1 %, autres huiles alimentaires +60,0 %, énergie thermique +54,3 %, gazole +19,1 %, poisson frais + 16,5 %). Cela pèse sur de nombreux salariés et plus particulièrement ceux payés au SMIC ou à un niveau proche. Le revenu réel des ménages a d’ailleurs chuté de 1,9% au premier trimestre 2022 (source OCDE).
 

L’urgence est à une augmentation significative du SMIC et de l’ensemble des salaires. Les
nombreuses luttes et grèves dans les entreprises depuis plus d’un an pour des augmentations générales des salaires et la reconnaissance du travail et des qualifications le confirment. Le partage des richesses créées par le travail passe par des augmentations générales des salaires.
Les salariés en lutte ne revendiquent pas des primes, ni de chèque inflation, chèque énergie ou autre.
 

La CGT propose de porter le SMIC à 2.000 euros bruts. Cette revendication converge largement avec différentes études menées sur le revenu nécessaire pour vivre (UNAF, DREES, ONPES). Il s’agit de pourvoir vivre décemment de son travail et arrêter de voir le salaire minimum comme un outil charitable de diminution de la pauvreté !
 

Par ailleurs, il est indispensable de réactiver l’échelle mobile des salaires pour permettre une évolution de l’ensemble des salaires indexée sur l’évolution des prix et du coût de la vie.
 

D’aucuns seraient prompts à dénoncer le cercle vicieux d’une « boucle prix-salaires » qui
entraînerait une hausse des coûts de production, répercutée par les entreprises sur leurs prix pour conserver leurs marges (élevées, soit dit en passant), ce qui, in fine, alimenterait
l’inflation. Et le phénomène s’auto-entretiendrait, car face à la progression de l’inflation, les salariés réclament de nouvelles hausses de salaires...En résumé, les salariés seraient les responsables de l’inflation ! Or c’est oublier bien opportunément que le moteur de l’inflation, c’est d'abord, et avant tout, l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières agricoles. Des hausses liées à la guerre en Ukraine mais aussi aux réductions volontaires de production des pays exportateurs de gaz et de pétrole.

 

La mise en œuvre de l’échelle mobile des salaires doit être aussi prise en compte dans les négociations salariales menées au niveau des branches professionnelles. En effet, le nombre de conventions collectives présentant un ou plusieurs coefficients en-dessous du SMIC persiste à un niveau très élevé (en date du 14 octobre, parmi 166 branches de plus de 5.000 salariés recensées, 129 présentent un ou plusieurs salaires minima inférieurs au SMIC, selon sa valeur du 1er août 2022). Cette situation est bien sûr liée à l’effet de « rattrapage » des minima conventionnels par les augmentations successives du SMIC mais elle est surtout due à un choix patronal délibéré de bas salaires.

 

Pour y remédier la CGT revendique, dès la revalorisation du SMIC :
 

- L’augmentation automatique de l’ensemble des minima dans les branches pour éviter que les grilles salariales ne se réduisent comme peau de chagrin ;
- L’ouverture immédiate des négociations dans l’ensemble des branches professionnelles pour éviter les situations de décalage de plusieurs mois parfois et pour créer la dynamique salariale appelée des salariés.

 

Les moyens existent pour financer ces mesures de bon sens et de progrès social, il faut les utiliser. Le taux de marge des entreprises en France a atteint des niveaux historiques pendant la crise (dépassant notamment les 36% au premier trimestre 2021), et devrait se stabiliser à un niveau élevé dans les années à venir selon la Banque de France. Les actionnaires sont toujours bien rétribués avec des records en 2021 pour près de 70 Mds d’euros en dividendes et rachats d’action. L’année 2022 devrait à nouveau être record, au moins, pour le CAC 40.

 

Les « superprofits » dans le secteur de l’énergie et du transport sont là aussi des scandales majeurs, qui expliquent en grande partie les difficultés des ménages face à la hausse du coût de l’énergie. Le problème du partage de la valeur ajoutée défavorable aux salariés a désormais plus de 40 ans. Les travailleurs ont perdu environ 6 points par rapport à la moyenne des années 70, soit pas moins de 3 100€ par salarié du privé (toutes choses égales par ailleurs).
 

Pour la CGT, l’enjeu est bien la hausse des salaires, au lieu de la hausse des profits et des
dividendes

1 https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/284b121f-b187-4280-b327-05f18064c3fa/files/36296c31- 5b87-4e8c-a4ac-62a9c63d5ae1

Publié dans syndicats, Social, Economie

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