Henry Gabrielle : Catherine Garçon et Jean-Claude Vaslet du CoMoSaSS réagissent aux propos du député macroniste Isaac-Sibille

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le 4 novembre 2022, Monsieur Isaac Sibille, député du Rhône a reçu une délégation de l’association des patients de l’Hôpital Henry Gabrielle qui vise au maintien et au développement de cet établissement à Saint-Genis-Laval. L’association a rendu publics les propos tenus par le député que l’on trouvera en bas de page1.

 

C’est sans surprise que ce député macroniste soutient le projet des HCL, de l’ARS, se faisant le porte-voix des politiques publiques et des HCL poursuivies depuis plusieurs décennies. Pourtant, ce bilan est catastrophique.

 

Selon lui les restructurations des HCL permettraient l’émergence « de centres d’excellence ». Comment peut-il évoquer l’atteinte de ce graal dans le contexte d’effondrement du service public et du système de santé, redouté depuis des années et qui devient aujourd’hui la tragique réalité subie par des milliers de patients et de personnels, au point d’être dénoncée par un nombre grandissant de professionnels ?

 

Comment ose-t-il affirmer que cette restructuration au centre de laquelle se trouve aujourd’hui Henry Gabrielle « ne serait pas (réalisée) pour des raisons budgétaires », c’est à dire guidée avant tout par des considérations économiques et budgétaires ?

 

Enfin, fidèle à ce pouvoir réactionnaire sans majorité, il tente d’opposer les citoyens patients et citoyens salariés pour faire accepter la poursuite d’une politique mortifère. Gêné par le mouvement d’opposition majoritaire, il lance un « circulez, il n’y a rien avoir » qu’il justifie par les « bonnes raisons » des HCL pour déployer leur stratégie ».

 

La diversité des signataires de la pétition et son succès montrent que cette tentative de division est vaine que le mouvement d’opposition au projet ne répondra pas à ses injonctions de rentrer dans le rang2.

 

Quel est le bilan des restructurations et de la politique de regroupement des HCL ?

 

Ce bilan rime avec pénurie, manque de lits et de personnels, report ou allongement des délais dans la pose du diagnostic, des traitements et des soins pour un nombre grandissant de patients, entraînant de perte de chance, perte de proximité qui complique l’accès aux soins. Combien sont contraints de voir ailleurs, chez les marchands de soins, dans le privé lucratif, faute de place ou de la disparition de la spécialité ? Les fonds de pension, principaux actionnaires privés de Ramsay, Korian, C2S se frottent les mains. Malheureusement, chaque famille de la métropole peut en mesurer les effets négatifs, notamment sur le coût de prise en charge.

 

Toute la stratégie des HCL est tournée vers l’objectif de réduction de l’offre publique de soins poursuivi par le Ministère via l’ARS.

 

A chaque fermeture d’hôpital, à chaque concentration, on a constaté des réductions de cette offre, entraînant dans sa chute les hôpitaux de proximité, le CHG par exemple, celui de Sainte Foy les Lyon, ainsi que les hôpitaux participant au service public comme Saint Luc Saint Joseph, les Massues, puis les trois établissements psychiatriques St Cyr au Mont d’Or, Le Vinatier et Saint Jean De Dieu :

 

  • Suppression « des doublons » avec la politique de groupes et la politique d’autorisation de l’ARS,

  • Fermeture de l’Hôtel Dieu, Debrousse, Antiquaille, Desgenettes, Dugougeon, etc.

  • Suppression de services de pointe comme les « grand Brulés » à St Luc St Joseph, ou les « transplantation Hépatiques » de la croix Rousse,

  • Suppression de services de pointe des maladies infectieuses de l’Hôtel Dieu à l’occasion du transfert de l’Hôtel Dieu à la Croix Rousse,

  • Réduction drastique des centres IVG,

  • Création du Groupement Hospitalier de Territoire,

  • Réduction de la Durée Moyenne de Séjour pour réduire l’hospitalisation à la seule période aiguë (le post-crise et les soins de suite ne concerneraient plus l’hôpital). L’excellence ne serait que la partie aiguë des soins,

  • Séparation des EHPAD,

  • Réduction du nombre de lits de SSR et d’Unité de Soins de Longues Durée transférés au privé lucratif,

  • Contrat de retour à l’équilibre pour accélérer le mouvement de réduction de postes de soignants.

  • ….Etc.

 

Avec cette politique de regroupement, c’est la capacité du service public à prendre en charge un patient dans un même lieu sur l’ensemble de son parcours de soin qui disparaît, avec toutes les conséquences en termes de qualité et de sécurité des soins, de perte de chance et de dépenses transférées aux patients.

 

Concentration et excellence, des concepts libéraux, financiers et managériaux.

 

Où Monsieur le député voit-il l’excellence quand des centaines de lits sont fermés, des milliers de postes de soignants supprimés, que désormais ceux qui ont porté à bout de bras le service public n’en peuvent plus et quittent le navire, que les délais de prise en charge s’allongent ?

 

Cette excellence n’est ressentie que par les initiateurs ou les défenseurs de cette stratégie mortifère. Leur excellence n’est qu’un mirage pour les multiples soutiens politiques aveuglés par ces critères de gestion libéraux et un savoureux délice pour les agences de notation. Il s’agit ni plus ni moins que de la communication visant à masquer le désastre provoqué par leur politique.

 

L’excellence appelle à rompre avec les critères de gestion libéraux et à promouvoir des critères sociaux, économiques, écologiques pour satisfaire les besoins de santé, la qualité par la proximité des soins.

 

Contrairement à ce que soutient Isaac-Sibille, ces critères sont bassement financiers, tels qu’exprimé dès 2016 et réitérés par les HCL pour se séparer du site et des activités d’Henry Gabrielle.

 

Ils s’inscrivent dans la démarche consistant à réduire toujours plus les dépenses de l’assurance maladie, alors que le contexte de vieillissement de la population, celui d’une demande accrue de soins de santé, celui de l’explosion des maladies dites « chroniques », celui de la nécessité impérieuse de se prémunir collectivement des nouveaux risques sanitaires avec de nouveaux virus appellent au contraire une augmentation de ces dépenses qui deviennent alors des investissements pour la santé humaine, la vie.

 

La recherche de réduction des dépenses d’assurance maladie ayant conduit à instaurer le « numerus clausus » réduisant drastiquement le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, avec pour conséquence l’absence de médecins arrivant sur le marché du travail pour remplacer ceux qui partent à la retraite. C’est encore cette même démarche qui a conduit à réduire les accès aux formations d’aides-soignants et d’infirmiers.

 

Le projet des HCL soutenu par le Député et mis en œuvre par G. Doucet est un projet de régression.

 

Il est dans la continuité de toutes les politiques publiques conduites depuis 1983 qui ont consisté à freiner puis réduire l’augmentation des dépenses financées par la sécu, jusqu’à transférer une partie de celles-ci directement aux patients et leurs familles et aux collectivités territoriales (donc à l’impôt), via les systèmes de conventionnement. C’est vrai pour le financement de la perte d’autonomie quelle que soit la nature de la cause de cette perte d’autonomie : Vieillissement avec le financement des EHPAD, psychiatrique avec le financement des MAS, des FAM, etc., de la prise en charge des soins de suite et du handicap.

 

Henry Gabrielle n’échappe pas à ces logiques de gestion capitaliste. Rappelons que par anticipation du déménagement, Le groupement Lyon Sud ferme ses lits de neurologie (avec un prétexte fallacieux). Toujours par anticipation, les HCL privatisent la recherche et une partie de son financement par la Métropole (Premières délibérations votées par la majorité Collomb et la deuxième passée en catimini au moment du confinement par Doucet, Blanchard et Bernard). Mutualisation entre le Vinatier et le futur Henry Gabrielle de prises en charge de « réhabilitation » de leurs patients respectifs, adultes et enfants, au sein d’une même structure médico-sociale financée par la collectivité.

 

La politique de concentration est donc strictement financière. Elle vise à réduire les dépenses d’assurance maladie. Le moyen étant la réduction de l’offre publique de soins.

 

Sortir de ces logiques financières, résister et innover.

 

C’est bien dans l’acte de résistance au projet des HCL, en exigeant et en obtenant le maintien d’Henry Gabrielle sur son site actuel que l’on construira, sur la métropole, l’avenir de notre système de santé public.

 

Il est possible de sortir de cette logique financière par un plan audacieux, plaçant la formation et l’emploi statutaire bien rémunéré au centre du renouveau de l’ensemble de la politique de santé publique, en pré-embauchant des milliers de jeunes engagés dans des formations médicales ou paramédicales.

 

La prévention doit être au cœur de cette démarche, en l’immergeant, comme celle du curatif, au sein des activités humaines que sont l’école, l’université, l’entreprise, coordonnée par les centres de santé de proximité.

 

Mais il ne peut y avoir de politique de santé efficace sans une Sécurité Sociale d’un nouveau type, débarrassée des critères capitalistes de gestion, permettant le financement à 100% des soins prescrits, le financement du service public de santé.

 

Il est possible de financer une telle ambition politique.

 

D’abord en créant des millions d’emplois bien rémunérés générant l’augmentation des richesses nécessaires pour satisfaire les besoins et les cotisations sociales supplémentaires nécessaires à l’ensemble de la protection sociale.

 

Ensuite en créant un fonds européen de développement des services publics, destinés à financer les investissements, abondé par la création monétaire de la BCE (Banque Centrale Européenne), permettant des remboursements d’emprunts à taux zéro et à très long terme, c’est à dire au fur et à mesure de l’augmentation des richesses créées que ces investissements permettront.

 

Gérer et planifier par des institutions nouvelles réellement démocratiques.

 

Bien plus qu’une seule idée généreuse, la création de ces institutions et pouvoirs nouveaux est une nécessité qui permet de donner de la cohérence au projet d’ensemble en s’assurant, par la composition démocratique de ces institutions (représentants élus des citoyens, des professionnels, des organisations syndicales et associatives), que les choix ne seront plus guidés par les marchés financiers mais d’abord par l’humain.

 

La conquête de nouveaux pouvoirs aux salariés dans les services publics permettrait dès maintenant, de peser sur les choix réalisés et leur mise en œuvre effective.

 

Dr. Catherine Garçon et Jean-Claude VASLET pour CoMoSaSS

Présidente et Secrétaire

 

1 Déclarations de M. le député Isaac-Sibille du 4 Novembre 2022 à l’Association des patients d’Henry Gabrielle.

 

« Il nous rappelle, que les HCL depuis le plan Noir, sont structurés en Groupements Hospitaliers (Sud, Nord, Est), ce qui pourrait amener des regroupements d’hôpitaux par « centre d’excellente », justifiant le rapprochement d’H. Gabrielle vers Neuro.M. Isaac Sibille, médecin de profession, nous informe qu’il a travaillé à H. Gabrielle, mais aussi à Debrousse. Qu’il appréciait ces petites structures à taille humaine. Mais que les regroupements sont nécessaires. Même si dans l’idéal, des structures à la fois en « ville et à la campagne » seraient une bonne solution.Il se demande pourquoi les HCL fermeraient le site actuel pour construire un hôpital ailleurs si ce n’est pour de bonnes raisons, sachant que ce ne serait pas pour une raison budgétaire.A plusieurs reprises M. Isaac Sibille, indique qu’il y a les intérêts des patients, et ceux du personnel, et qu’ils ne sont pas toujours les mêmes. »

 

Publié dans Luttes sociales, santé, Rhône

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