Les morts au travail, il n’y a pas qu’au Qatar

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La CGT construction du Maine-et-Loire organisait, ce jeudi à Angers, un rassemblement en hommage aux centaines d’ouvriers décédés sur des chantiers chaque année. Samuel Ravier-Regnat

 

C’est une gerbe un peu particulière qui a été déposée, ce jeudi matin, sur les marches du monument aux morts d’Angers, sur l’esplanade qui sépare le palais de justice de l’hôtel de ville. « Hommage aux morts au travail », indique le ruban posé sur une couronne de fleurs rouges et jaunes. Au-dessus, les membres de la CGT construction du Maine-et-Loire, à l’initiative du rassemblement, ont déployé une banderole blanche, flanquée de l’inscription en majuscules « Morts : ça suffit ! » et du dessin d’une tête de mort portant un casque ensanglanté. « On avait déjà organisé plusieurs événements par rapport à ça, mais là, avec ce qui s’est passé ces dernières semaines, on voulait vraiment marquer le coup », explique Mickaël Jarry, le secrétaire départemental de la CGT construction.

 

Les intérimaires et les employés de la sous-traitance sont les plus touchés

 

Ce qui s’est passé ces dernières semaines ? Au moins trois accidents mortels dans le secteur du BTP, dans le Maine-et-Loire ou en Loire-Atlantique voisine. Le 12 octobre, un ouvrier de 41 ans est décédé sur un chantier de construction à Pontchâteau, près de Nantes. Écrasé contre un mur par un engin manipulé par un collègue, qui avait « peu de visibilité » sur la zone, selon l’antenne locale de France Bleu.

 

Le surlendemain, un quadragénaire, père de deux enfants, a péri sur le chantier d’un complexe sportif à Écouflant, fauché par la chute de la flèche d’une grue. Le 16 novembre, enfin, un homme de 50 ans a succombé à l’explosion d’un pneu sur une pelleteuse, alors qu’il participait à des travaux de contournement ferroviaire à Donges, en Loire-Atlantique.

 

 

«  En ce moment, on parle beaucoup des ouvriers morts pendant la construction des stades de la Coupe du monde au Qatar. Mais en France aussi, on a un vrai problème  », avance Mickaël Jarry. Selon les calculs du syndicat, quelque 3 000 ouvriers du BTP ont perdu la vie au travail depuis dix ans, soit plus d’un par jour ouvré.

 

Les intérimaires et les employés d’entreprises sous-traitantes sont les plus touchés. Dans son dernier bilan, publié mi-novembre, la Caisse nationale d’assurance-maladie recense, de son côté, 645 accidents mortels au travail, tous métiers confondus, parmi les salariés du privé sur l’année 2021 (le BTP comptant parmi les secteurs les plus accidentogènes). Un chiffre incomplet et probablement sous-estimé du fait du découpage en régimes de la Sécurité sociale, et qui stagne depuis une dizaine d’années après avoir baissé continuellement depuis les années 1950.

 

La faute, selon les participants, notamment à la casse des moyens de prévention, à commencer par la baisse des effectifs de l’inspection du travail et la suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, décidée par Emmanuel Macron en 2017.

 

« Ça ne peut pas passer dans la rubrique des chiens écrasés du journal »

 

De l’avis de Claire Schweitzer, élue FI à la ville et à la région venue apporter son soutien à la trentaine de personnes rassemblées devant le monument aux morts, il s’agit là d’une véritable hécatombe silencieuse. «  Les accidents du travail, tout le monde s’en fout, dénonce-t-elle. Pourtant, c’est quelque chose de profondément anormal : personne ne devrait mourir en faisant son métier.  » « Les accidents du travail, ça ne peut pas passer dans la rubrique des chiens écrasés du journalabonde Mickaël Jarry.  Nous devons faire prendre conscience aux gens qu’il y a des travailleurs qui meurent en construisant leur maison. C’est ça, le but de ce rassemblement : nous voulons rendre visible l’invisible. » Le 14 novembre, le journal local, le Courrier de l’Ouest, a affiché en une de son édition quotidienne le témoignage de la veuve de l’ouvrier décédé un mois plus tôt à Écouflant. « Cela montre que les mentalités bougent un peu », se réjouit un manifestant.

 

 

Pour combattre l’indifférence, la CGT souhaite la mise en place d’un « observatoire » des accidents au travail qui permettrait de disposer de données précises autour desquelles structurer les politiques publiques. À ce titre, la délibération adoptée ce mois-ci, à l’initiative des élus communistes au Conseil de Paris (lire notre édition du 16 novembre).https://www.humanite.fr/social-eco/conditions-de-travail/objectif-zero-mort-au-travail-pour-paris-771060 , qui prévoit justement un dispositif de ce genre, pourrait servir d’exemple. 

 

« Il faut aussi davantage encadrer la sous-traitance, en limitant à deux le nombre d’intervenants ou en établissant une liste noire des entreprises déjà condamnées pour des problèmes de sécurité », ajoute Philippe Gaborieau, de la fédération nationale des salariés de la construction, bois et ameublement de la CGT. Cette dernière prépare une campagne de sensibilisation sur le sujet, qui devrait être lancée prochainement. Son titre : « Nous ne voulons plus mourir au travail ».

https://www.humanite.fr/social-eco/conditions-de-travail/les-morts-au-travail-il-n-y-pas-qu-au-qatar-772453

 

Morts au travail : un scandale français

Syndicats et associations dénoncent une situation déplorable en Europe et catastrophique dans l’Hexagone. https://www.humanite.fr/social-eco/conditions-de-travail/morts-au-travail-un-scandale-francais-748305

 

Accident du travail à Grigny 69520 : le salarié est décédé

Un ouvrier âgé de 40 ans avait été écrasé lundi dernier par un bloc de béton de trois tonnes. Un mouvement de grève spontané a eu lieu sur le site ce lundi en signe de recueillement et de solidarité. Les circonstances de l’accident restent à être élucidées.

https://www.humanite.fr/social-eco/conditions-de-travail/les-morts-au-travail-il-n-y-pas-qu-au-qatar-772453

Publié dans syndicats

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