Récession : les 3 menaces par Jean Christophe Le Digou

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Est-ce que la coexistence d’une forte inflation et d’une stagnation des économies (la « stagflation » dans la langue des économistes) est le seul avenir prévisible ? L’économie française a-t-elle la capacité d’échapper tant à l’inflation qu’à la récession qui s’installe ?

 

Pour nombre d’experts nous nous retrouvons dans une situation similaire à celle des années soixante-dix, la décennie qui a vu éclater la longue phase de crise dont nous ne sommes pas encore sortis. En un mot il s’agirait de retrouver un certain nombre « d’évidences oubliées » L’inflation s’expliquerait par un gonflement de la masse monétaire. Quant aux « pénuries » elles ne seraient que le résultat des « lois de l’offre et de la demande ». Les remèdes ? Une bonne dose d’austérité et une politique fortement antisociale excluant out atterrissage en douceur [1]. Des « choix » qui doivent permettre de retrouver rapidement équilibre budgétaire et orthodoxie monétaire. Attention ! le credo libéral est de retour.

 

Les banques centrales sont déjà à la manœuvre, relevant avec brutalité les taux d’intérêt Créer une récession pour que le chômage augmente et pour que les salaires réels diminuent s’avère un remède de cheval déjà employé lors de crises antérieures. Quand comprendra-t-on que la répétition de plus en plus rapprochée de récessions (2000, 2008, 2018, 2023 ?) résulte des mesures prises pour prétendument les traiter

 

Les enjeux sont à chaque fois plus substantiels. Ainsi l’inflation qui portait sur les actifs financiers et immobiliers réapparait, mais elle porte à nouveau sur les biens et services courants. Elle affecte aujourd’hui les différentes sources d’énergie, certains composants industriels et les produits agricoles de base et laisse entrevoir, derrière le retour de la hausse des prix, le passage à une nouvelle forme de régulation imposée par la pénurie.

 

Par ailleurs le changement climatique, perçu jusque-là comme un risque hypothétique se manifeste dorénavant par de graves conséquences concrètes, telles inondations, tornades, sécheresse extrême. Ce qui différencie la situation présente de celle que l’on connaissait antérieurement c’est la temporalité. Avant les problèmes et leurs conséquences étaient pour plus tard. Maintenant les sinistres sont sous nos yeux.et impliquent de rendre opérationnelle une planification écologique.

 

En troisième lieu les statuts des salariés ont été emportés par la vague libérale et deviennent de moins en moins protecteurs alors qu’ils devraient au contraire être renforcés. Les clauses d’indexation des rémunérations salariales ont généralement disparu ce qui permet aux entreprises de faire supporter aux travailleurs le coût des hausses de prix. L’enjeu est majeur au moment de solder les extravagances de l’économie financiarisée. Le monde n’a déjà pas assez de services publics pour répondre aux besoins d’école, de santé, de transports et on veut les réduire. 

 

Enfin la mondialisation connait un coup d’arrêt mais en même temps consacre une réorganisation des échanges internationaux du point de vue des grandes nations, mouvement qui fait que les inégalités de situations entre les populations s’accroissent au détriment des plus fragiles. Dans cette bataille pour le contrôle des flux internationaux de capitaux, on ne peut une nouvelle fois accepter que les Etats-Unis imposent leur loi et fassent payer cher à l’Europe et aux pays en développement les couts de la crise.

 

Il est urgent de mener une lutte déterminée contre les exigences de la finance particulièrement contre trois menaces : l’instabilité des marchés financiers, les inégalités de revenus et la fragilité des systèmes productifs.

 

Les choix de politique économique faits par nos gouvernants et par les entreprises apparaissent de plus en plus clairement à l’origine des difficultés. Les colères sociales qui se multiplient ces dernières semaines, conséquences de ces politiques d’austérité, ne pourront rester sans réponses.

 

Jean-Christophe Le Digou Tribune publiée dans l'Humanité

 

  [1] « Je n’ai connu aucun atterrissage en douceur depuis la fin de la seconde guerre mondiale » La crise de la dette a commencé, Nouriel Roubini, les Echos 13/10/2022

Publié dans Economie

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