Retraite. Ces concertations sont un simulacre de discussions !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Entamé début octobre, le dialogue entre l’exécutif et les syndicats doit entrer prochainement dans la dernière phase. Spécialiste des retraites pour la CGT, Régis Mezzasalma en tire un bilan plus que mitigé.

 

H. Quel regard portez-vous sur les deux premiers cycles de discussions qui ont abordé notamment la question de la pénibilité ou des régimes spéciaux ?

RM. Pour être honnêtes, nous n’en attendions pas grand-chose de toute façon : le gouvernement a rappelé dès le départ qu’il ne reviendrait pas sur la mesure d’âge, ce qui est une façon de verrouiller le débat. Les concertations relèvent donc surtout d’un simulacre de discussions, où on nous propose de négocier des mesures d’aménagement destinées à rendre acceptable le passage à 64 ou 65 ans.

Par ailleurs, dans ces rencontres, nous n’avons pas affaire aux décideurs directement mais à des hauts fonctionnaires. Pour ce qui est du fond, nous avons abordé des questions importantes – écarts de pension femmes-hommes, petites pensions, avenir des régimes spéciaux –, mais le dialogue tourne court à chaque fois en raison de visions du monde antagonistes.

 

H. Quelles sont les divergences de fond ?

RM. Pour nous, le financement des régimes doit être la première question à poser. On ne raisonne pas de la même manière selon qu’on veut rester à périmètre constant, réduire la voilure ou élargir les recettes. En pratique, accorder de nouveaux droits sans revoir le volume de ressources global revient à enlever à certains pour donner à d’autres. Et si l’idée est de baisser les dépenses publiques, comme le martèle le gouvernement, alors cela signifie que ceux qui bénéficieront de ces nouveaux droits gagneront très peu.

 

H. Le prochain cycle de discussions portera précisément sur le financement des régimes : quelles idées allez-vous défendre ?

RM. Évitons, pour commencer, de dramatiser la situation : les projections du Conseil d’orientation des retraites indiquent que, dans l’hypothèse de croissance faible ou nulle, la part du PIB consacrée aux retraites dans les années à venir demeurerait aux alentours de 14 %.

Le vrai problème, en réalité, est la future baisse du niveau des pensions, inéluctable si l’on reste sur les mêmes tendances. Pour notre part, nous plaidons pour améliorer le niveau des pensions, tout en revenant à la retraite à 60 ans, d’où la nécessité de dégager des recettes supplémentaires. Les leviers ne manquent pas : nous avions calculé, il y a quelques années, qu’une hausse modeste des cotisations retraite  (+0,2 point par an) suffisait à maintenir le niveau actuel des pensions.

Par ailleurs, nous souhaitons mettre à contribution les revenus du capital, notamment les dividendes, à travers un nouveau prélèvement.

Enfin, il est indispensable de soumettre l’intéressement et la participation à cotisations, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : à l’heure actuelle, ces dispositifs ne permettent pas aux salariés de cotiser pour leur retraite, tout en asséchant le financement de la Sécurité sociale. Les entreprises doivent verser des augmentations de salaires plutôt que des primes. Si toutes ces mesures étaient appliquées (hausses de salaires, taxation des dividendes), cela permettrait de modifier le partage de la valeur entre travail et capital.

 

Interview réalisé par Cyprien Boganda Publié danns l'Humanité

Publié dans protection sociale

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