39ème congrès. Intervention d'Evelyne Ternant au CN des 3 et 4 décembre.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le temps de débat sur la base commune réservé au CN était déjà très limité, l'exclusion du présentiel pour nombre d'entre nous, du fait des suppressions de trains, y ajoute des conditions très frustrantes. Il me semble qu'il faudra pour le prochain congrès prévoir une fenêtre plus large, peut être 2 CN rapprochés, un de discussion, un autre de vote des amendements pour que la DN soit impliquée pleinement dans la construction de la base commune.
 

Le texte s'inscrit dans le prolongement des choix du 38ème congrès, en ce sens il me convient bien, et ces choix nous ont permis de gagner de la visibilité politique qui faisait défaut. L'enjeu du 39ème, comme l'indiquent certaines contributions, est de passer de la visibilité à l'utilité du parti, c'est à dire comment devenir une force d'influence sur les idées et acquérir une capacité d'initiative de batailles politiques victorieuses. Cela exige de notre part une plongée sur les contenus et modalités de nos actions, et un retour lucide sur les difficultés et blocages que nous rencontrons.

 

Cette demande d'approfondissement parcourt d'ailleurs très fortement les plus de 200 contributions de congrès parues sur le site. Le texte avec raison fait de la visée communiste un aspect central, et me semble particulièrement réussi sur ce point, car il fait avancer notre réflexion collective en s'efforçant de dépasser le clivage qui traverse depuis longtemps le parti entre l'idée d'un communisme déjà-là à généraliser et la conception d'une transition marquée par des logiques contradictoires, appelée historiquement socialisme.
 

Le texte me paraît en revanche devoir évoluer sur 3 points principaux :
 

1-Aborder les batailles concrètes qui nous attendent. Notre problème est de soutenir les luttes sociales et sociétales en les articulant aux propositions de transformations, afin d'en faire des leviers de prise de conscience et d'exigences de changement. J'ai bien entendu le choix de ne pas revenir dans le texte sur les éléments programmatiques des « Jours heureux », mais là, il s'agit d'aborder concrètement nos batailles des mois qui viennent.
 

Nous avons mis en place trois groupes de travail; sur les retraites, l'énergie et l'emploi-formation. Le texte de congrès doit à mon avis donner les premières pistes dégagées par leurs travaux pour guider notre action et réussir la « politisation des luttes » à laquelle il faut donner un contenu plus concret.

 

Par exemple comment, face à la récession qui va se traduire par des projets massifs de licenciements, résister en avançant sur des propositions qui s'inscrivent dans la perspective du projet de sécurité d'emploi ou de formation? Je pense en particulier à la filière automobile, dont ma région est le berceau historique, que les études patronales condamnent à la quasi-disparition de la production nationale, du fait du changement technologique du moteur. Le patronat entend réaliser cette mutation, contestable d'ailleurs dans son absence de diversité et dans ses délais très courts, par le marché du travail, c'est à dire en rejetant dans le chômage des milliers de salariés plutôt que de les former.
 

Face à la pénurie de personnel dans les grands services publics de la santé et de l'éducation, l'engagement d'une grande bataille politique pour instaurer un système de prérecrutements dans les écoles de soignant.e.s et à l'université est d'autant plus urgent que la pauvreté frappe durement et dramatiquement la jeunesse. Est-ce qu'on en fait une orientation de congrès ?
 

Sur la bataille des salaires, est-ce que la politisation consiste à demander la taxation des superprofits, ou l'indexation des salaires sur l'inflation? Je ne le pense pas. Certes, mieux répartir la valeur créée fait partie des luttes sociales, mais l 'articulation à la visée transformatrice nécessite de mettre en avant l'impératif de démocratie dans l'entreprise, sur les droits des salariés concernant non seulement l'organisation du travail, mais les orientations stratégiques, la gestion, et le partage des richesses créées par le travail. Comment empoignons-nous cette questions que nous sommes les seuls à gauche à véritablement porter avec conviction ?
 

Le texte ne peut pas en rester seulement à des propositions générales, mais servir de repère d'orientation pour guider notre action collective des prochains mois. J'espère que nos organisations et les syndicalistes qui ont peu contribué jusqu'à présent vont enrichir le texte dans ce sens .
 

2- Sur la NUPES, là aussi, le texte en l'état ne permet pas aux communistes de résoudre sur le terrain les problèmes qu'ils se posent sur les modalités selon lesquelles il peuvent participer à des actions et activités labellisées NUPES, et comment dans ces actions tisser les liens avec le mouvement social, associatif et les citoyens. Et c'est cela qu'ils attendent. Il n'y aura pas de fédération politique NUPES, le projet de Mélenchon ne se réalisera pas, puisque nous n'en voulons pas : inutile de jouer à coucou fais moi peur sur le sujet. La NUPES n'est pas un produit fini, elle sera aussi ce que nous voulons en faire : ses défauts sont ceux de nos partenaires, qui existent avec ou sans la NUPES. Il faut sortir de la posture d'évitement du sujet et produire la feuille de route sur la NUPES dont les fédérations et sections ont besoin pour orienter leurs décisions locales .
 

3- Un renforcement du texte sur les enjeux européens. Il ne serait pas raisonnable de renvoyer les contenus de campagne et le débat stratégique pour l'élection européennes de 2024 à une convention traitant du sujet, même si cette dernière est souhaitable. C'est un enjeu de congrès, qui devra prendre les premiers engagements pour que la stratégie électorale retenue soit bien en accord avec notre conception d'une Europe en rupture avec les politiques néolibérales et la soumission au capital qui la caractérisent.

 

Ce moment doit nous permette de faire connaître aux citoyen.ne.s le projet d'une « union de nations et de peuples, libres, souverains et associés », à géométrie choisie, mettant les coopérations mutuellement avantageuses au cœur de sa démarche, à l'opposé de la logique de concurrence et de la loi du plus fort qui prévalent aujourd'hui.
 

Merci aux camarades de la commission pour le gros travail qui a été le leur dans des délais serrés; il s'agit maintenant d'ouvrir toutes grandes les portes au travail d'enrichissement des communistes.

Publié dans 39ème congrès, PCF

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