39ème congrès. Intervention de Frédéric Boccara au CN du PCF des 3 et 4 décembre.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

1) Nous engageons notre 39ème congrès dans un contexte particulier.

 

D’une part des luttes se développent, non seulement en France, mais aussi dans de nombreux pays en Europe ou dans le monde, luttes aussi bien sociales (salaires, emploi, notamment) que dites « sociétales » (écologiques, féministes comme en Iran) … et avec des victoires notables.

 

Mais se pose la question de la convergence des luttes, de ce qu’elles ont en commun, donc de leur politisation. Et, de façon complémentaire, se pose la question : changements politiques profonds ou bien petites corrections du système, par exemple en corrigeant seulement la répartition des revenus ?

 

D’autre part, de profondes attaques anti-sociales sont en cours, par exemple chez nous, avec les réformes de l’assurance-chômage et celle des retraites, car le capital dont la rentabilité est en crise a besoin à tout prix de beaucoup plus de profits en diminuant les dépenses sociales et salariales et en monopolisant encore plus la révolution informationnelle pour les capitaux dominants, voire en la dévoyant.

 

Et les idées régressives de droite et d’extrême-droite montent ainsi que la crise politique.

 

Pourtant, les exigences objectives et subjectives pour un changement profond sont peut-être plus fortes que jamais.

 

Du côté des exigences objectives, on a la révolution informationnelle (appelant une société de partages et de priorité aux dépenses humaines), la révolution monétaire (qui libère presque entièrement la monnaie de l’or, ouvrant la possibilité que la monnaie devienne régulée par les besoins de développement humains), la révolution démographique (de maîtrise de la fécondité et de la sénescence) ouvrant à des changements anthroponomiques, c’est-à-dire dans les relations humaines, les relations non économiques, et la révolution écologique (qui fait des êtres humains et de leur activité les responsables de la planète, dont son climat).

Du côté des exigences subjectives, nous avons les luttes féministes, anti racistes, les mobilisations écologiques, la mise en cause du travail et l’exigence de sens de celui-ci, c’est-à-dire des prises de conscience du caractère insupportable des dominations et, en germe, de l’exploitation.

 

Pour nous, pas de hiérarchie entre économie (re-production des biens et services) et anthroponomie (re-génération humaine et sociale). Pas d’opposition non plus, comme certains cherchent à le faire, mais articulation indispensable entre les deux.

 

On pourrait dire que les aspects anthroponomiques, avec tout ce qu’ils portent de vécu humain et de culture, jouent à la fois en amont sur la volonté de changement, de révolte contre un état de fait, et en aval pour tirer une conception de la société, de l’émancipation. Mais l’exploitation, les relations de classe et la domination du capital constituent un point aveugle décisif, entre les deux en quelque sorte. Tout étant traversé par la culture néolibérale, d’individualisme exacerbé et de prédation, et par la culture capitaliste du profit et de l’accumulation, la recherche du taux de profit le plus élevé.

 

Enfin, la question du monde et de son organisation commence à apparaître fondamentale, avec la guerre, mais aussi avec la domination sans précédent des multinationales et des GAFA, les monopoles sur les connaissances et les technologies, mais aussi l’enjeu écologique. L’international est de plus en plus « intérieur » à chaque pays au lieu d’être considéré comme un « extérieur ».

 

Tout cela n’empêche pas, pour l’instant, et s’accompagne, les idées régressives que nous dénonçons, l’utilisation de boucs émissaires de toutes sortes, à partir des souffrances et inquiétudes de nos sociétés et des menaces d’identité avec toutes ces nouveautés : une crise de dés-identification profonde dans une société à la recherche de ré-identifications.
 

2- L’objectif du congrès, dans ce contexte, est à mon sens de confirmer un cap, d’élever le niveau politique de notre intervention, et de mettre à jour nos analyses et idées par rapport aux défis nouveaux et à l’exaspération de la crise systémique.

 

Pour simplifier à l’excès, le 38ème congrès a été celui de la réorientation politique et de la visibilité communiste, par rapport à l’effacement et à la dilution.

 

Avec le 39ème congrès, il s’agit à présent de donner contenu à l’originalité communiste, de développer la novation communiste, qu’elle soit nourrie et appropriée par l’ensemble des communistes. Nous avons aussi besoin que le 39ème congrès permette d’aller vers un PCF en capacité de développer l’action et de mener des batailles politiques et idéologiques.

 

3- Le texte, sa philosophie, son approche me conviennent pleinement. Elle est de faire le choix de pousser le 38ème congrès, l’originalité communiste et de se donner des objectifs pour développer l’action. Pour cela, elle développe la cohérence entre objectifs, moyens financiers et pouvoirs, elle avance l’originalité communiste de notre projet de sécurité d’emploi et de formation ― qui est un projet de société ― elle développe une articulation entre social et sociétal, par l’articulation entre économie et anthroponomie, elle avance sur la question des pouvoirs nouveaux, à la fois dans l’entreprise et par des institutions nouvelles, démocratiques, de planification écologique et sociale, articulées à un doit de suivi de la réalisation des objectifs et à la mise en œuvre de moyens financiers.

 

Le texte le fait-il pleinement ? Le fait-il au mieux ? Bien évidemment, il va falloir progresser. Il reste à avancer, il va y avoir à développer, avec l’apport créatif de la réflexion des communistes, pour enrichir, améliorer, consolider. Précisément ce sera le rôle du congrès. Mais C’est ce texte constitue une bonne base de travail pour le faire.

 

Quelques éléments de ce que je pense qu’il faut développer.

 

  • La question d’un « Etat fort », dont d’autres à droite ou du côté de Macron se saisissent. Il nous faut percevoir la dimension de classe : Etat fort pour qui, le capital ou les êtres humains et les services publics ?

 

  • La question du monde qu’il s’agit de mieux tisser avec les questions dites « intérieures », car en fait pour chacune et chacun les questions sont souvent simultanément locales, nationales et mondiales : traiter à la fois les institutions internationales (comme l’OMC qui impose le paiement des brevets), l’action du gouvernement français et les multinationales, en s’appuyant sur les potentiels de luttes dans les autres pays, à commencer par l’existence de partis communistes.

 

  • La nouveauté de la crise actuelle, sa différence avec celle de 2008-2009, dont le processus du congrès va nous pousser à développer l’analyse et à la clarifier, collectivement, avec l’apport de l’expérience et des connaissances des milliers de militants communistes investis dans de nombreux domaines

 

  • Sans développer notre programme, je partage pleinement en cela le choix que nous avons fait en commission du texte, il va s’agir de faire ressortir quelques batailles, donc de les articuler à quelques propositions précises. Je pense en particulier à notre proposition pour un Fonds européen en faveur des services publics, démocratique financé par la BCE, pratiquant des taux à 0%. Cette proposition prend une acuité considérable avec tout à la fois, la remontée des taux d’intérêt, le tournant guerrier et militariste de l’UE, l’affaiblissement considérable des services publics dans tous ses pays ― et dont la réalité commence à être reconnue largement ― et aussi l’expérience que nous venons tous de faire d’une possibilité de création monétaire massive en faveur de buts identifiés, avec le quoiqu’il en coûte. C’est une bataille d’autant plus d’actualité que le tournant austéritaire se décide de plus en plus : une austérité « sélective » contre le social, l’emploi, la formation, les services publics et en faveur du capital, des munitions et de la guerre.

 

  • La question de l’Europe et des élections européennes sera une des pierres de touche du congrès car elle est un confluent de ces différents enjeux, de novation, d’originalité… et de luttes acharnées, avec l’austérité que l’UE veut démultiplier, avec un nouveau pas dans la mise des pays sous tutelle des marchés financiers, avec un nouveau pas dans la confiscation démocratique via la marche à un fédéralisme renforcé, avec la vassalisation économique, politique et militaire aux Etats-Unis et l’orientation guerrière.

 

4- Enfin, la question des statuts sera elle aussi très politique. Elle demanderait un développement que je ne peux faire ici, mais j’appelle les communistes à la prendre à bras le corps.


 

Publié dans 39ème congrès, PCF

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