Chez Sanofi les salariés décident de mettre fin à leur lutte. Ce qui n'efface pas leur mécontentement !
C’est un mouvement d’une ampleur inédite, qui a commencé le 14 novembre et s’est étendu à tout le groupe. 16 sites en France ont vu les salariés se mettre en grève massivement. Après plus d'un mois de lutte, les salariés ont décidé de mettre fin à leur mouvement.
Les salariés de plusieurs centres de production, de distribution ou de recherche, parmi lesquels ceux de Val-de-Reuil, de Tours, de Compiègne ou de Lisieux, ont voté la fin de l'action. Mais le mécontentement subsiste !
« Le conflit s’arrête », constate Jean-Louis Peyren, le responsable CGT de Sanofi, il s’agit là d’une décision prise collectivement par les travailleurs que notre organisation respecte.
Pour lui, c'est une « fin positive » : « Les fêtes de fin d’année approchent et on risque bientôt de se compter sur les piquets de grève. On souhaite arrêter la mobilisation en ayant encore toutes nos forces et en maintenant l’unité des salariés. Cela permet d’envoyer un signal fort à la direction. ». Dans cette épreuve de force qui a duré plus d'un mois, il est fait état de 2 500 à 3 000 salariés qui ont posé au moins une heure de grève par jour au cours du conflit.
Au cœur de l’automne, les salariés de Sanofi ont décidé de leur grève lors après une séance de NAO avec l'objectif de conquérir un partage des richesses plus équitable, dans le groupe géant du médicament en très bonne santé financière avec 6,22 milliards d’€ de bénéfices en 2021 et dont le directeur, Paul Hudson, a touché près de 9 millions d’€ en 2021, un des patrons les mieux payés en France.

Philippe Martinez venu soutenir les grévistes du site de Sisteron
Au regard de l’inflation qui rogne le pouvoir d’achat des travailleurs, la CGT revendique 10 % d’augmentation pour les salariés de Sanofi en 2023. La direction, qui se vante d'avoir « depuis de nombreuses années des conditions salariales parmi les plus attractives, toutes entreprises confondues en France », a fait des propositions inférieures et a mis un terme aux négociations avec les syndicats.
À la suite de ce coup de force, l’entreprise productrice du Doliprane avait concédé « une politique volontariste de revalorisation salariale avec une enveloppe globale d’augmentation de + 8,2 % pour 2023 ». Elle se se compose d’une augmentation générale de 4 % du salaire de base (auxquels s’ajoutent les « automatismes conventionnels et d’ancienneté ») et d’une prime de 2000€ versée en décembre.
Depuis, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont signé des accords au niveau des différents sites du groupe de Sanofi avec un minimum d’augmentation de 1 500€ pour tous les salariés. « La plupart des salariés n’étaient pas en faveur de ces accords. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont prolongé la grève quelques jours supplémentaires : pour montrer leur mécontentement », s’insurge Jean-Louis Peyren. Avec de nombreux salariés il est très remonté contre les syndicats signataires, leur reprochant de ne pas avoir consulté les grévistes avant de signer. La CGT a accepté deux accords, pour Genzyme et Opella, avec l’aval des salariés.
« Nous avons un processus de consultation de nos adhérents, parmi lesquels il y a des grévistes et des non-grévistes, et nous l’avons respecté... », se défend Humberto de Sousa, le responsable CFDT. Et il rajoute : « Nous comprenons que certains salariés manifestent du mécontentement, mais nous pensons avoir trouvé un bon compromis, notamment pour les salariés pour lesquels la baisse de pouvoir d’achat était la plus importante. Cet accord, c’est une sortie honorable. »
Pour Jean-Louis Peyren, cette grève préfigure d’autres conflits sociaux chez Sanofi. « On s’arrête maintenant, mais le mouvement n’est pas mort. Les salariés ont soif de reconnaissance. »
Cette volonté de lutte est d’autant plus forte que les rapports se tendent entre le direction et les grévistes. Une lettre de convocation de la direction Sanofi a été adressée à un syndiqué CGT de Sanofi Le Trait (Normandie). La CGT dénonce qu’ « après un conflit social historique dans le groupe géant du médicament, la direction a décidé de taper fort dans les rangs (avec) un entretien pouvant aller jusqu’au licenciement pour faute lourde ».
Un rassemblement de protestation exigeant zéro sanction est d’ores et déjà prévu devant le site le 5 janvier.