PLFSS 2024 : un pas supplémentaire dans la mise à mort de la Sécurité sociale par Evelyne Vander Heym
Il est urgent d’imposer un autre projet !
Avec le budget de l’Etat pour 2024, le PLFSS imposé par un quinzième 49-3, est un levier infernal pour étendre une vaste entreprise de démolition de l’ensemble des services publics et de la Sécurité sociale. Il s’agit bien de mettre les ressources ainsi dégagées au service du maintien des superprofits.
Le PLFSS 2024 qui ne retient qu’un ONDAM à 2,9% (hors dépenses exceptionnelles ) va aggraver considérablement l’accès aux soins, porter atteinte à la santé de la population et accroître la paupérisation de l’immense majorité, et, cela dans un contexte de baisse totale de l’espérance de vie !
Alors même que le pays s’enfonce dans une crise sanitaire sans précédent, avec un service public hospitalier et un secteur médico-social sinistrés, le gouvernement n’a qu’un seul objectif : réduire les dépenses sociales dont de santé au nom des déficits !
Afin d’arriver à ces fins, le gouvernement déploie « des trésors d’inventivité », tout en déployant des lignes forces connues : gestion des pénuries à tous les étages, enfumage avec des mesures « poudre aux yeux », pillage en interne des ressources de l’Assurance maladie, appel permanent à la responsabilité individuelle des assuré-e-s et des professionnel-le-s.
Au regard de l’évolution des dépenses de santé c’est encore un objectif programmé de 3, 5 milliards d’ »économies », avec à la clé, une mise à mort de nombreuses structures de soins et un nouveau transfert vers les assurés-es sociaux, l’explosion des restes à charges et le développement du système de santé privé.
Le PLFSS 2024 n’est pas seulement un pas de plus dans l’austérité ; c’est aussi une étape signifiante de la transformation institutionnelle du système de sécurité sociale, avec un nouveau « modèle » qui se met en place, aux antipodes des valeurs et objectifs de la Sécurité sociale.
C’est une réduction de la voilure tout azimut, au mépris de la santé de la population et des immenses besoins de retraites, de la famille, des personnes âgées et handicapées !
Mais la fin « du quoiqu’il en coûte » n’est pas pour tout le monde :
- l’exonération des cotisations patronales va atteindre le triste record de plus de 88 milliards en 2024.
- L’industrie pharmaceutique va bénéficier de 3, 7 milliards d’allègements supplémentaires par un artifice réglementaire !
- Et comble du scandale, le patronat obtient gain de cause sur le contrôle des arrêts de travail !!
Ainsi se substitue lentement mais sûrement, au principe de solidarité « je cotise selon mes moyens et reçois selon mes besoins », la règle d’or de l’ultra libéralisme « je reçois selon mes moyens » !
Nous sommes bien en présence du modèle promu par le FMI, la Banque mondiale, qui sera un enjeu essentiel des futures élections européennes : instauration d’un « modèle social » basé sur un socle de base a minima, des assurances complémentaires obligatoires, la capitalisation et des structures privées.
Il y a URGENCE à imposer dans le débat et la mobilisation un projet de progrès en rupture avec ces politiques mortifères et destructrices. Dans l’immédiat :
- c’est au moins un ONDAM à 10% avec l’arrêt des exonérations patronales
- Les ressources peuvent être mobilisées dès ce PLFSS en faisant cotiser les profits financiers des entreprises, soit près de 80 milliards
- Afin de restaurer l’accès aux soins pour toutes et tous, l’heure est à la mise en place du 100% de soins remboursés par l’assurance maladie
- L’arrêt des fermetures et reconstruction là où c’est nécessaire des structures hospitalières et EHPAD, avec un vaste plan de formation et de recrutement
- Développer dans tous les territoires un réseau de santé publique ambulatoire et de proximité autour de centres de santé publics
- Mettre en place un pôle public du médicament afin de rompre avec les pénuries organisées et les effets inflationnistes
Mais rien ne sera possible sans s’attaquer aux besoins énormes de financement, d’où notre proposition de moduler et augmenter les cotisations patronales selon les politiques de développement de l’emploi et des salaires.
Evelyne VANDER-HEYM