Interventions de Frédéric Boccara au CN du PCF des 3 et 4 février

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Frédéric Boccara est intervenu trois fois à ce CN du PCF. Nous publions ci-dessous ses interventions.

 

Sur les élections européennes

 

Je voudrais souligner l’enjeu considérable que constituent les élections européennes : à la fois le retour d’une présence communiste au parlement européen mais aussi la campagne elle-même pour des avancées de nos idées et de mobilisations populaires, comme nous y avons insisté dans le texte largement adopté à notre 39ème congrès. Elles peuvent être un moment d’accélération et de cristallisation politique que nous devons prendre très au sérieux.

 

Elles se déroulent dans le contexte d’une crise systémique radicale de civilisation (que certains nomment « polycrise »), d’une crise de l’Union européenne elle-même (au sens de la construction européenne) et de la perspective des élections municipales puis présidentielles avant lesquelles elles vont donner un rapport de forces électoral.

 

Elles se déroulent aussi après que des millions de français, d’immigrés, et d’européens, ont vécu la pandémie et le fameux « quoiqu’il en coûte » et ses milliers de milliards déversés par la BCE. Mais au moment où le tournant vers l’austérité dans toute l’UE, impulsé par la BCE (sous pression de la Federal reserve des Etats-Unis), commence à faire sentir ses durs effets. Elles se déroulent alors qu’une guerre se déroule sur le territoire européen.

 

Plus précisément, la France est en crise économique, avec le début d’un recul de l’emploi, la remontée du taux de chômage et, en fait, une quasi-récession (le Pib a évolué de -0,0% au 4ème trimestre 2023 après 0,0% au trimestre précédent). L’Allemagne est en récession avec deux trimestres successifs de recul de son PIB. L’austérité fait très mal partout et les services publics sont à l’os jusqu’en Allemagne : notre camarade de Die Linke expliquait en décembre à la réunion publique de la Convergence Services Publics qu’il manque 100.000 emplois de soignants dans les hôpitaux, 14.000 enseignants et que le transport ferroviaire y est en crise, les retards de trains étant devenus « la norme ».

 

D’après l’OIT (Organisation internationale du travail, le monde entier souffre d’une pénurie de qualifications (77% des entreprises contre 35% il y a dix ans.). Sans compter la tourmente de crise aigüe dans laquelle les pays du Sud sont pris, avec la domination renforcée du capital. Il y a donc un énorme potentiel de rapprochements des peuples dans leurs souffrances.
 

Mais le néolibéralisme s’efforce d’éviter ce rapprochement en poussant d’une part les feux des divisions, notamment nationales et identitaires avec les différents fascismes, en renforçant l’autoritarisme contre les peuples et en cachant que les institutions continuent d’arroser le capital de milliards.

 

Il nous appartient pourtant de répondre à ces colères, de porter ces colères jusqu’à des exigences politiques à partir d’une clarification de leurs causes communes.

 

Dans cette situation la bataille des européennes est une bataille de « projet » : faire progresser un projet, des idées, pour une alternative à partir de l’existant. C’est LE moment pour engager une bataille de fond, commençant à installer notre projet dans le paysage politique, avant les présidentielles, où là ce sera très difficile d’avancer du fond.

 

  1. Le « bunker » de la BCE

 

En particulier, monte donc dans toute l’UE le besoin de financements et d’emploi et de formation tout particulièrement pour la santé, pour l’enseignement, pour le fret ferroviaire et la réponse aux besoins sociaux et écologiques. Allons-nous nous en saisir ?

 

Cette convergence en Europe peut donner confiance et force au peuple français, elle rend crédible la possibilité d’avancer pour les solutions radicales et réalistes que nous avançons. A savoir un Fonds européen, démocratique et solidaire, pour financer à 0% les dépenses des Etats pour services publics (sans passer par-dessus la tête des Etats et, surtout, sans passer par les marchés financiers et leurs diktats). Et nous proposons ― nous exigeons ― que la BCE finance ce fonds avec une création monétaire à 0%.

 

Il s’agit de s’attaquer au « bunker de la BCE » ! Voilà un ordre du jour clair pour cette élection. Ne tournons pas autour du pot.

 

Ce « bunker » concerne aussi les agriculteurs ― quel accompagnement de la transformation agro-écologique par les banques et à quel prix ? Il est aussi au cœur des grandes questions d’une nouvelle industrialisation et de la décarbonation de notre production – qui nécessite des avances financières considérables non soumises aux exigences de la rentabilité financière.

 

Il existe pour cela un potentiel énorme. En France, mais aussi en Europe, notamment avec nos camarades du PGE (Parti de la gauche européenne). Nous pouvons réveiller et organiser une mobilisation sociale sur les services publics. Voilà un enjeu politique majeur de ces élections.

 

Or, le rapport développe l’idée que le rassemblement, ce serait surtout aller chercher « d’autres » : d’autres organisations, d’autres idées, d’autres forces politiques. « On recommence ! », avait déjà dit Pierre Garzon au dernier CN. Là, on persévère, on ne tient pas compte des alertes comme l’a dit Ozer. Et on laisse l’économie à Emmanuel Maurel, en position éligible (3è sur la liste), on laisse General Electric et Alstom à Samia Jaber (6è de liste, donc possibilité de siéger si André Chassaigne était élu et démissionnait en cours de mandat), dont je rappelle que, élue PS, elle s’était félicitée du rachat d’Alstom par General Electric !...

 

On recherche à tout prix des alliances avec de petites formations à tendance souverainiste, on passe notre temps dessus au lieu de discuter contenu et orientation de la liste ! Au lieu de discuter de la bataille sociale à mener pour des mobilisations populaires pour un Fonds européen pour la santé et les services publics avec l’implication de la BCE. Au lieu de discuter des priorités de la liste.

 

  1. Quel positionnement ?

 

Il va falloir mettre du contenu et des priorités ! J’en vois trois, comme je l’ai écrit dans ma lettre de candidature de juillet :

 

  • Les services publics

  • Une nouvelle industrialisation écologique et sociale, c’est à dire décarbonée, préservant le vivant mais aussi partant des besoins sociaux citoyens, et reposant sur l’emploi de qualité (bien rémunéré, bien formé, etc.) et l’intervention des travailleurs dans la gestion avec de nouveaux droits

  • Un nouvel ordre du monde : la paix (processus de paix pour l’Ukraine, sortir de l’OTAN, cessez le feu à Gaza, reconnaissance de l’Etat palestinien) et un nouvel ordre économique international (Afrique, une monnaie commune mondiale alternative au dollar, combattre la domination impérialiste étasunienne, appuyer la dimension progressiste du mouvement des BRICS, Cuba, d’autres traités économiques internationaux que ceux du libre-échangisme, refondre l’OMC comme Organisation de maîtrise du commerce mondial pour le développement des biens communs, maîtrise de l’activité des multinationales).

 

Il va y avoir besoin de faire grandir une orientation communiste dans cette liste ! Il va y avoir besoin de notre apport communiste, de fond.

 

Notre conception de l’UE et de la bataille sur l’UE, c’est de récuser les postures d’accompagnement ou de conciliation avec le néolibéralisme et le fédéralisme, telle celle des sociaux-libéraux ou de EELV. C’est aussi de récuser la posture à la Mélenchon qui consiste à annoncer qu’on va tout casser (dans ce cas, ce sont les ouvriers et les salariés qui paient !) et finalement ne pas faire grand’chose.

 

Nous proposons un chemin radical et réaliste, contre la logique du capital, reposant sur l’intervention populaire et la favorisant à tous les niveaux.

 

Cela met au-devant de ce qui doit être notre bataille les grandes questions de démocratie et d’argent. Cela veut dire aussi donner un autre sens à l’Union européenne.

 

Notre conception de l’UE ne se réduit pas à la phrase-formule « union de peuples et de nations libres et associées ». C’est aussi la coopération et la nécessité de partager des forces pour un autre modèle social en Europe, reposant sur l’emploi de qualité, la formation, les services publics, l’apport progressiste aux biens communs dans le monde. Partager les forces, c’est par exemple, partager la force de la création monétaire commune et la mettre au service de ces buts.

 

  1. Notre liste

 

J’observe, entre autres, qu’il n’y a pas de candidat de la banlieue rouge. C’est un grave problème. Y vivant depuis des années, y travaillant depuis longtemps, cela me désole politiquement. Ce n’est pas un bon choix. J’observe aussi que les communistes ne vont pas pouvoir discuter, se saisir de la discussion de la liste, mais seulement pouvoir la ratifier. C’est un problème.

 

J’en prends acte. Tout cela ne facilite pas la bataille que nous allons mener pour les européennes et c’est bien dommage. La discussion politique n’a pas eu lieu. Je ne sais pas ce que l’on craint dans un parti uni à plus 80% lors du congrès sur un texte que nous sommes très nombreux ici à avoir porté.

 

Je crains au contraire que l’on revienne à des démarches électoralistes telles celles récusées par les communistes au 38ème congrès et qu’on ne tourne le dos à l’orientation initiée à ce même 38ème congrès grâce, alors, à l’expression et à l’intervention des communistes.

 

  1. Que faire ?

 

Nous allons avoir beaucoup à faire pour faire monter une bataille sociale politique sur l’argent en Union européenne et sur la BCE. Pour faire monter une bataille sur la démocratisation et sur le sens de l’utilisation de cet argent (pour l’hôpital ou pour le capital ? Pour le vivant ou pour le capital ? Pour une autre production écologique et sociale ou pour la spéculation ? etc.).

 

Il va falloir développer des propositions, mais aussi développer un discours qui articule beaucoup : dénonciation et propositions. Il nous faudra continuer à débattre entre nous tout au long de la campagne pour enrichir la campagne et pour l’ajuster. Cela veut dire que le comité de campagne actuel devrait être profondément démocratisé et ouvert. Le sera-t-il ? C’est une condition si on veut réussir cette campagne et ne pas faire seulement une « campagne d’image ».

 

En premier lieu, il faut dès à présent renforcer dans la campagne les questions de l’utilisation de l’argent et la mise en cause immédiate de la BCE ― ne pas la renvoyer à après-demain dans d’autres traités. Avec nos propositions précises et concrètes, pas des généralités. Pourquoi ?

 

Mais parce que dès à présent la BCE vient d’imposer l’austérité renforcée dans toute l’Europe ! Parce que la « surface » de l’UE et de l’euro permet de mettre en commun des forces pour se développer. Et qu’il va falloir des forces considérables face à la puissance du dollar, de la Fed et des marchés financiers qui, eux, renforcent la pression pour l’austérité. C’est dire le besoin de faire jonction avec ce qu’il y a de progressiste dans le projet des BRICS, et dans les pays du Sud au lieu d’être un supplétif de l’oncle Sam.

 

La pétition « de l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital » avait rassemblé 100.000 signatures. Allons-nous entendre ce potentiel qui existe dans notre pays, dans notre peuple et aller à sa rencontre, le renforcer et lui donner des prolongements ?

 

Si je suis retenu parmi les candidats, à l’issue de la consultation des communistes, je m’emploierai à mettre ma candidature au service de ces combats, pour une réussite réelle de notre campagne européenne.

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Deuxième intervention sur le plan climat (en réaction à l’intervention de Anne Mathaudon sur le plan climat)

 

La réponse au changement climatique, à savoir une décarbonation radicale de l’économie exige de changer de modèle économique et productif pour une économie véritablement « nouvelle ». Changer de modèle en respectant la planète et pour respecter la planète et le vivant.

 

Mais il y a débat et critiques sur le dit « Plan climat » émanant de différents secteurs de travail du parti, la commission énergie, le collectif aéronautique, la commission économie ou d’autres secteurs du parti moins formalisés. On ne peut pas faire comme si ces critiques n’existaient pas. C’est bien pour cela qu’il a été mentionné, à notre demande, que ce plan est une « version préliminaire pour concertation ».

 

Ce plan n’a pas été adopté par le parti, ni par le CN. Nous avons besoin d’un travail collectif dessus, que les communistes s’en saisissent et en débattent. C’est tout le contraire d’une « formation » à un plan bouclé qui se prétendrait être celui du parti. Faisons confiance aux communistes, à leur apport à leur capacité de débattre. Organisons même des controverses. Cela nous apportera collectivement beaucoup.

 

Parmi les points en débat ― et sur lesquels il faudra avancer ― je veux souligner quelques éléments.

 

  • On nous dit : « nous ne préconisons pas la décroissance », et on prétend que la version actuelle ne la préconise pas. Or le plan repose avant tout sur une baisse de la consommation des ménages, sur des mobilités individuelles contraintes et pas de changement du fret routier, un objectif fret ferroviaire inférieur à celui affiché par la Commission européenne. Donc sur une décroissance. Nous l’analysons comme un « plan décroissant malgré lui ». On peut en discuter, quand même !

 

  • Un Plan climat devrait indiquer quels secteurs se développent et comment, et quels secteurs ou activités décroissent et comment. Or il n’y a aucun récapitulatif de l’évolution de l’activité des différents secteurs dans la version actuelle du plan. Pourtant, pour faire des hypothèses d’utilisation et consommation d’énergie, il faut bien faire des hypothèses d’activité et de contenu de ces activités !

 

  • Aucun élément précis n’est présenté pour un nouvel aménagement du territoire.

 

  • On nous dit : « le Plan, dans sa version actuelle, repose sur la SEF (sécurité d’emploi ou de formation) ». Je conteste, et nous contestons cette affirmation. D’une part quasiment aucun financement n’est prévu dans le plan pour la SEF : les 193 Md€ de financement global annoncés par an sont dédiés aux seuls investissements matériels, nous a t-il été expliqué dans une réunion des auteurs du plan avec la commission économique. D’autre part la SEF est présentée comme un accompagnement subi, pour reconvertir les salariés ayant perdu leur emploi, une sorte de grande assurance-chômage, alors que nous pensons que développer l’emploi et les qualifications est nécessaire en amont pour permettre les transformations productives, l’emploi et la formation « sont causals » disons-nous. C’est en réalité un enjeu de classe très actuel : pour répondre au défi climatique faut-il dépenser prioritairement pour les femmes et les hommes (emploi, formation, …) ou pour le capital. La version actuelle du plan répond « pour le capital matériel ». En cela, elle cède, pensons-nous, à l’idéologie dominante et à la conception techniciste dite de « neutralité » du progrès technique selon, laquelle le progrès technique ne peut résider qu’en une accumulation prioritaire et accrue de capital matériel.

 

  • Les dépenses de R&D (autres que celles réalisées « au fil de l’eau ») ne sont pas prévues nous a-t-il été expliqué. Or c’est non seulement un gros problème, mais c’est en outre aller à l’encontre de multiples batailles syndicales, politiques et de préconisations d’augmenter la part des dépenses de R&D dans le PIB.

 

  • Enfin, la version actuelle du Plan n’est pas « bouclée » sur l’emploi. C’est-à-dire que les besoins d’emploi et formation pour répondre à ce que le Plan préconise ne sont pas pris en compte, ni les besoins de formateurs à tous les niveaux (enseignement primaire, secondaire, supérieur, formation continue).

 

  • De même sur l’international : les relations internationales de la France ne sont pas prises en compte ! Pas de « bouclage » international avec les importations exportations, ni avec la concurrence des autres pays.

 

Plus généralement, le financement présenté dans la version actuelle du plan est pris sur l’existant, pas d’appel à la création monétaire, contrairement à notre projet chiffré pour les présidentielles. Celui-ci était financé par un crédit, une création monétaire, qui permettait la création de richesses réelles venant ensuite et permettant d’avoir un système auto-entretenu.

 

Enfin, présenter un plan qui ne porte que sur l’empreinte carbone de la France, c’est ne s’intéresser qu’à 1 à 2% des émissions mondiales et faire l’impasse sur les émissions induites à l’étranger par les banques françaises et une grande partie de celles induites à l’étranger par les multinationales françaises. Or celles-ci représentent, pour le coup, au moins 8% des émissions mondiales ! Dans une optique internationaliste, donc communiste, un plan climat doit traiter ces émissions.

 

J’insiste donc : nous avons besoin de transformations dans ce plan climat et de développer l’apport des communistes. Je pose une question : comment organiser des formations qui permettent l’apport et l’intervention des communistes ?

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Troisième intervention : sur notre politique de formation des communistes

 

Deux courtes remarques :

 

  1. Il faut insister sur le fait que la formation doit combiner connaissances marxistes fondamentales (par exemple plus-value et exploitation) / nouveautés de la période historique que nous vivons (par exemple la révolution informationnelle) / soucis de décrypter les leviers et possibilité d’une intervention politique populaire

 

  1. Il y a une urgence pour un effort des formations sur les questions européennes. La commission économique a commencé à prendre ses responsabilités en la matière par des formations sur le rôle de la BCE et nous allons proposer un certain nombre de fiches


 


 

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