Intervention de Frédéric Boccara au CN du PCF du 22 mars sur le programme

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

 

1. Nous avons un problème de fonctionnement.

 

Le programme a été envoyé bien tard, alors que le travail a été lancé depuis octobre. La commission qui a été désignée est bien trop étroite et trop peu nombreuse (Chr. Picquet, V. Boulet, Ch. Balavoine). La commission économique a envoyé un recto-verso, comme demandé et depuis n’a jamais été contactée ni associée.

 

2. Un certain nombre d’amendements que nous avons proposé, rédigés ce midi à l’heure du repas !, ont été intégrés. Tant mieux et j’en remercie les camarades. Cela concernait notamment la BCE. Mais il reste un problème de fond : on persiste à considérer la modification des traités comme un préalable pour changer les choses en Europe.

 

3. Plus fondamentalement, notre option affirmée est « réorientation de l’Europe pour une autre Europe », qui exige une bataille radicale et cohérente, et non le préalable des textes, et une bataille sur des chiffons de papier. Il faut imposer de faire autrement et on généralisera cela dans des traités. Voilà ce sur quoi nous devons avancer, non seulement pour gagner au vote en montrant l’utilité, dans cette perspective, d’élus communiste mais aussi pour construire des avancées dans les consciences sur la base de cette élection.

 

4. Les droits et les pouvoirs des travailleurs sont trop minorés dans ce texte. Certes alors qu’ils étaient totalement absents dans la version discutée au CEN, des éléments ont été insérés. Mais de façon dispersée et peu visible : une fois dans un encadré sur « les droits humains », une fois sous un intitulé « conquêtes sociales », qui mêle droit du travail et pouvoirs des travailleurs. Je vous demande, mes camarades, de rendre visible et apparente cette exigence de nouveaux droits et pouvoirs des travailleurs. Ne serait-ce que pour rendre service à Léon dans sa bataille médiatique : il pourra s’appuyer sur cela. C’est un enjeu déterminant à la fois pour changer l’Europe et dans notre projet.

 

5. « déroger ». Là mes camarades, je ne sais pas si on réalise ce qu’on propose. Cela pose des problèmes de fond considérables : on incite en fait à allumer une guerre de concurrence anti-sociale ! Car l’Europe, ce n’est pas seulement une nécessite de « coopérations », c’est aussi une nécessité de règles, ainsi que d’institutions.

 

Or, là, si on met comme but le principe fondamental d’appeler à déroger aux règles qui vont à l’encontre des intérêts de notre peuple, on ouvre la porte à ce que demain, si par exemple on adopte une législation sur les travailleurs détachés obligeant à payer le même niveau de cotisations sociales, un pays refuse de s’y plier et entame une guerre de dumping social ! Au nom des intérêts nationaux de son propre peuple. De même si on met des règles qui encadrent la fiscalité, veut-on que le Luxembourg puisse par principe y déroger ?

 

Autre chose st d’arracher dans une négociation sur un sujet particulier que tel pays ait droit à une dérogation, cela existe, et cela n’en fait pas un principe général. Je vous demande de bien réfléchir à cette disposition. Et tout au moins, si vous vous arcboutez sur son maintien, de la faire reculer dans l’ordre de présentation.

 

6. Sur la souveraineté. Je ne suis pas pour dire que c’est « la clé » d’une autre construction européenne. C’est en faire un préalable, car une « clé » c’est elle qui ouvre ou ferme, et contredire tout le reste de ce que nous disons… pour un bénéfice électoral bien hypothétique. Ne pourrait-on pas mettre simplement qu’elle est fondamentale, mais que la clé ce sont les rapports de force et de constituer de larges rassemblements sur des sujets concrets.

 

7. « Services publics européens ». Comme cela a été dit, notamment sur la recherche. Il faut parler de « mise en réseau » de services publics, mais pas de leur mise en réseau « dans un pôle européen de la recherche », ce qui reviendrait à créer un service public européen de la recherche, contraignant par exemple les sujets et les priorités à un agenda européen, à un statut commun, etc.. Cela n’empêche pas des pôles sur des sujets identifiés. Je propose donc d’en rester à « mise en réseau des services publics » aussi bien pour la recherche que pour le transport ferroviaire, ou autre.

 

8. J’insiste : quelle ligne politique portons, porterons-nous ? Il y a trop de titres et d’intertitres uniquement négatifs en même temps que des propositions fédéralistes ou supranationales ; la réorientation viendra-t-elle par les luttes ou par une modification préalable des Traités, le texte donne peu de place aux luttes ; La question de l’utilisation de l’argent et des moyens financiers et très minorée, alors qu’elle devrait irriguer toute la logique et venir dès le début lorsque nous parlons de l’austérité.

Publié dans PCF, Europe

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