Changement climatique. Le plan Barnier, «plan national d’adaptation» au régime sec !
Si parmi ses 51 mesures – dans les transports, l’énergie, la filière bois, l’école – certaines sont concrètes et datées, le nouveau plan d'adaptation au changement climatique présenté par le 1er ministre Michel Barnier ce vendredi affiche surtout des intentions car il manque de moyens alloués. Dramatique !
Il se dénomme le «Pnacc-3» ! En travaux depuis presque 2 ans, reporté à maintes reprises, le 3ème «plan national d’adaptation au changement climatique» a été dévoilé, vendredi, par Michel Barnier. Accompagnée de la ministre de la Transition écologique, du Climat et de la Prévention des risques, Agnès Pannier-Runacher, il a profité de sa venue à Givors dans le Rhône, pour mettre les projecteurs sur ce document stratégique, censé préparer le pays aux effets actuels et futurs du changement climatique.
«Il y a ici ou là des gens qui ferment les yeux sur la vulnérabilité de nos territoires face à des phénomènes extrêmes et de plus en plus fréquents, a t-il déclaré devant des élus locaux. Il faut regarder la vérité en face. S’adapter ce n’est pas se résigner, ce n’est pas renoncer, c’est ouvrir les yeux et ensemble améliorer les choses».
Ce nouveau plan est composé de 51 mesures conçues à partir de l’hypothèse d’une hausse des températures de 4 °C en métropole d’ici la fin du siècle par rapport à 1990 (aujourd’hui, nous avons déjà atteint les + 1,7 °C). Cette hypothèse correspond aux perspectives les plus pessimistes du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat), et à la position prise l’an dernier par le Conseil national de la transition écologique (CNTE) dans la préparation de ce Pnacc-3.
Un positionnement critiqué, car il implique de facto le renoncement à atteindre les objectifs de l’accord de Paris de 2015, dans lequel les États s’étaient engagés à maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C, et préférentiellement sous les 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle.
Des «études de vulnérabilité» obligatoires dans certains secteurs
Au vu des faibles engagements internationaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette trajectoire est considérée comme «optimiste» par certains scientifiques. Michel Barnier a confirmé que c’est sur cette Trajectoire à +4 degrés que «tous les documents de planification publique» devront se baser pour penser l’avenir.
Que contient ce plan 3 ? Certaines mesures relatives aux systèmes d’acheminement (énergie, transport), à la filière bois et à l’école ont des objectifs précis et des dates. De cette façon, «les grandes entreprises de transport et de l’énergie» devront mener, à partir de 2025, une «étude de vulnérabilité» pour définir un «plan d’adaptation de leurs opérations» – comme ont commencé de le faire EDF ou la SNCF.
L’année suivante ce sont tous les «opérateurs d’importance vitale» (ces entités publiques ou privées qui font tourner des installations indispensables au pays).
- S’agissant du réseau électrique basse tension, la «majorité des ouvrages sensibles aux vagues de chaleur» devront, de leur côté, être remplacés d’ici 2040.
- L’industrie de transformation du bois devra élaborer un «plan d’action pour l’adaptation» au plus tard en 2029.
- L’année prochaine, les modalités des examens scolaires (dates et lieux) seront «systématiquement adaptées lors des périodes de fortes chaleurs» ou lors de pics «canicule orange ou rouge».
- Autre disposition : la «Mission adaptation», lancée en 2025, verra les collectivités bénéficier d’une aide sur-mesure de la part des instances expertes de l’Etat.
«Il y a quelques bonnes mesures, qui vont permettent, je l’espère, une dynamique d’adaptation dans plusieurs domaines, réagit Adèle Tanguy, chercheuse spécialiste des politiques d’adaptation à l’Institut du développement durable et des relations internationales. Mais quid des actions pour nos littoraux, de nos montagnes, de nos stations balnéaires, de notre agriculture, du tourisme culturel, de nos villes et nos logements ? Si on n’engage pas dès maintenant des transformations systémiques, on va se retrouver à faire de l’adaptation au coup par coup, et continuer à être en réaction face aux crises.»
Le gouvernement voudrait publier, d’ici 2027, une «cartographie d’exposition aux risques naturels». Mais la chercheuse redoute que «l’on s’en tienne au renforcement de la connaissance» et ce que cela se substitue à «l’opérationnalisation» des actions. «C’est important de poser les diagnostics et de récolter les données scientifiques, commente Adèle Tanguy. Toutefois, concrètement, quelle feuille de route est proposée pour les prochaines années ?» Cette question pourrait être posée dans bien des domaines, dont celui de la rénovation des bâtiments. Le Pnacc-3 prévoit de mener une «étude» entre 2026 et 2028 pour «vérifier la pertinence des travaux devant garantir le confort d’été». Repoussant de trois ans au moins les actions.
«Depuis sa prise de fonction, Agnès Pannier-Runacher parle “d’écologie populaire” mais ce plan ne s’occupe pas en priorité des personnes précaires, isolées, âgées, marginalisées, alors qu’elles sont les plus vulnérables face au changement climatique. Ce Pnacc-3 est aveugle aux inégalités.» affirme Quentin Ghesquière, chargé de campagne au sein d'Oxfam France.
De fait, c'est grand plan d’intentions, sans calendrier, ni contrainte. Le gouvernement évoque la mise en place d’un «dispositif» afin d’inciter les assureurs à «maintenir une offre abordable» et «ne pas délaisser les zones les plus à risque» mais sans donner de détails. Il mentionne un énième état des lieux, cette fois-ci auprès des «établissements de santé, sociaux et médico-sociaux». Des mesures estimées «trop floues» par Quentin Ghesquière.
Des dissensions entre la ministre de la Transition écologique et Matignon
Aucun fond financier spécifique ne sera créé pour concrétiser les mesures de ce nouveau plan. Barnier a annoncé que le «fonds Barnier» sera abondé l’an prochain de 75 millions d’€ pour arriver à une enveloppe de 300 millions en 2025. Alors que début juillet, il était question de l’abonder jusqu’à 650 millions. Par ailleurs, l’ancien ministre Christophe Béchu avait suggéré de constituer une enveloppe de 150 millions d’euros destinés au «soutien financier des ménages» face au phénomène de «retrait gonflement» des terrains argileux, qui menace plus de 11 millions de maisons en France. Ce montant a tout simplement disparu !
«Cette question du retrait gonflement argile sera traitée dans le Fonds vert, Fonds vert qui sera le plus possible fléché vers les problématiques d’adaptation», affirme le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher.
«Dois-je rappeler que l’enveloppe du Fonds vert passe de 2,5 milliards d’euros à 1 milliard l’an prochain ? s’agace Quentin Ghesquière d’Oxfam. Que le gouvernement demande, par ailleurs, cinq milliards d’euros d’économies aux élus locaux alors qu’ils sont les plus opérationnels pour mener à bien les transformations ?»
L’Institut de l’économie pour le climat a mené un premier chiffrage du coût de l’adaptation en passant en revue plusieurs secteurs, il évalue que :
- de 1 à 2,5 milliards d’€ devraient être investis chaque année rien que dans le domaine du bâtiment neuf,
- 4,4 milliards pour la rénovation des logements,
- au moins 1,5 milliard d’euros par an pour celui de l’agriculture.
Ces carences financières ne sont pas étonnantes, elles découlent du choix d'une austérité terrible fait par Michel Barnier, la droite et les "macronistes" ! Depuis la présentation du projet de budget 2025, les dissensions sont réelles entre la ministre de la Transition écologique et Matignon au sujet du manque de moyens dévolus à son portefeuille.
«Il faut un budget qui soit à la hauteur de la situation et ce n’est pas le cas aujourd’hui», affirme la ministre. Et de rajouter : «Je ne sais pas s’il faut attendre encore des drames pour comprendre que c’est une absolue nécessité d’investir dans l’adaptation au changement climatique». Le Centre d’études et d’expertise sur les risques (Cerema), établissement public spécialisé dans l’accompagnement de l’Etat et des collectivités territoriales dans l’adaptation au changement climatique, s’alarme d’une baisse de 4,3 millions d’euros de sa dotation en 2025.
Des consultations avec le grand public, les organisations syndicales et patronales, et les assureurs
Ce Plan-3 va faire l’objet de consultations jusqu’à la fin de l'année. Le «grand public» pourra, au moyen d’un «site internet dédié», donner son avis. Cette consultation est accessible sur le site https://consultation-pnacc.ecologie.gouv.fr/et pour deux mois. Les citoyens s’y verront soumettre 20 questions, assorties d’un espace d’expression, ceci afin de « recueillir leur avis sur les grandes orientations » du plan. Des «concertations sectorielles» seront également menées par différents ministères, qui auront la charge de prendre le pouls des «parties prenantes de chaque secteur» (les organisations syndicales et patronales, ainsi que les assureurs, en tête).
Difficile de savoir si des modifications seront apportées au document. En revanche, le cabinet du 1er ministre a déjà fait savoir «qu’aucune évolution législative n’était prévue», et donc qu’aucune mesure ne serait soumise au vote du Parlement. Un second mauvais signal envoyé, après celui du manque de moyens financiers.
Au-delà de ses ambitions mesurées et du flou qui demeure, le véritable point d’achoppement du Pnacc-3 sera son financement. Il « sera vain sans moyens financiers adéquats, en particulier pour les plus vulnérables » a ainsi commenté auprès de l’AFP Anne Ringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat.
Et de fait, avec un projet de loi de finances qui vise 60 milliards d’€ d’économies sur les dépenses publiques et qui n’épargne pas celles consacrées à l’adaptation et à la lutte contre le changement climatique, comme le « fonds vert » destiné à soutenir les collectivités locales, il n’y a vraiment pas de quoi se rassurer.
