400 personnes à Mions pour plancher sur les PFAS avec le professeur Sauvé

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

L’usine d’Arkéma à Pierre-Bénite le 23 janvier 2024. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart - Louis Delon et le professeur Sébastien  Sauvé
L’usine d’Arkéma à Pierre-Bénite le 23 janvier 2024. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart - Louis Delon et le professeur Sébastien  Sauvé
L’usine d’Arkéma à Pierre-Bénite le 23 janvier 2024. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart - Louis Delon et le professeur Sébastien  Sauvé

L’usine d’Arkéma à Pierre-Bénite le 23 janvier 2024. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart - Louis Delon et le professeur Sébastien Sauvé

 

Près de 400 personnes ont assisté à Mions à la présentation des résultats de l’étude menée par le collectif “Ozon l’eau saine” et le professeur canadien Sébastien Sauvé. Un public qui s'interroge, est inquiet et parfois en colère selon le journal Le Progrès.

 

Militants, élus et citoyens ont répondu à l’invitation du collectif “Ozon l’eau saine” pour découvrir les résultats des analyses de la pollution des sols et de l’eau du Sud Ouest Lyonnais par les poly et perfluoroalkylées (PFAS) qui ont mobilisé 90 bénévoles.

 

L’étude confirme l’envergure de la contamination aux PFAS et apporte de nouveaux éléments sur son origine. Ces révélations, ont été enrichies par les interventions d’un ancien directeur de recherche au CNRS, Laurent Emorine, et Marnie Mallet, doctorante à l’INSA en dépollution des sols.

 

« On estime qu’un sol propre contient entre 0,5 et 2 microgrammes de PFAS par kilo. À partir de 10 µg/kg, la situation devient préoccupante », indique Sébastien Sauvé. Sur la large zone analysée dans l’étude, il n’y a quasiment aucun sol propre et près de 40 % des résultats présentent une concentration supérieure à 10 µg/kg.

 

Comme le révèle un article du Progrès : Venus de Toussieu, Franck et Marie-Rose observent les cartes et repartent inquiets et stupéfaits de ces 3 heures de conférence. « Ce n’est pas rassurant. On est inquiets au regard des conséquences sanitaires et physiologiques. Quand on voit la norme européenne (100ng/L) par rapport à celle des États-Unis, ce n’est pas rassurant. Les lobbys ont fait leur boulot ! Et dire que c’est une étude menée par des citoyens ! »

 

Le surflon utilisé pour produire le Kynar a gravement pollué

 

Autre enseignement de l’étude : ses résultats montrent une présence très importante des molécules présentes dans le Surflon, une substance utilisée entre 2003 et 2016 par Atofina, devenue Arkema en 2004, pour la fabrication du Kynar, l’un des produits phares du géant de la chimie. Or, le Surflon a la particularité de contenir des perfluorés à chaîne très longue (PFNA et PfuNDA) considérés particulièrement bio-accumulables, toxiques et persistants dans l’environnement.

 

Les résultats des 200 prélèvements dans les sols présentés par le professeur Sébastien Sauvé et Louis Delon d' Ozon l’eau saine, éclairent l’origine des polluants éternels, en particulier les molécules liées au Surflon, qui se retrouvent à des concentrations hors norme autour de Pierre-Bénite, près des usines Arkema et Daikin. « Très clairement il y a un noyau autour des deux usines de Pierre-Bénite. On voit des contaminations dans les sols très élevés », affirme le professeur Sébastien Sauvé. À l’instar des 114 microgrammes par kilogramme à l’école Henri Wallon située à côté d’Arkema. Cette concentration diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la plateforme industrielle. "Mais la zone sur laquelle il y a clairement une augmentation est large", remarque le scientifique. On remarque des concentrations relativement élevées jusqu’à 15 kilomètres au sud des usines et 5 kilomètres de part et d’autre d’ouest en est.

 

Au-delà, on s’approche du bruit de fond, à savoir des traces de PFAS trouvées désormais partout. « Il n’y en aura jamais zéro. » « On voit autour de Pierre-Bénite une distribution de produits qu’on ne voit pas habituellement », relève Sébastien Sauvé. « Dans l’axe des usines, on remarque la présence de trois types de PFAS qu’on trouve rarement ailleurs dans les sols ».

 

Ces molécules sont associées au Surflon, « On en trouve aussi moins au fur et à mesure que l’on s’éloigne. Cela va être difficile pour l’industriel de se dédouaner surtout pour ces molécules qui concernent le surflon », commente Louis Delon. En décembre 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a produit un rapport sur des prélèvements de sol et de poussière à proximité de la plateforme industrielle de Pierre-Bénite et avait déjà relevé la présence de ces molécules. Sur la base des quantités de polymères fabriqués par Arkema, l’ANSES estime que 19 à 36 tonnes de Surflon ont été utilisées jusqu’en 2017. Déjà en 2022, cette étude notait que la distribution des polluants accréditait « un dépôt atmosphérique en lien avec les anciens usages du Surflon. En 2023, un autre rapport historique sur l’usage des PFAS cite la quantité d’une tonne de PFNA (molécule majoritaire du Surflon) rejetée en 2013 dans le Rhône. »

 

En 2003, au moment où Arkema met en route un nouveau réacteur qui fonctionne au Surflon, l’administration américaine commence à l’interdire. La dangerosité des PFAS à chaîne longue est en effet déjà connue, dont la toxicité du PFNA, qui entre pour les trois-quarts dans la composition du Surflon.

 

Le Progrès rappelle qu'en juin 2023, Arkema lui répondait qu'il avait eu connaissance « des incertitudes concernant les risques potentiels pour la santé » et avait cherché rapidement à remplacer les molécules à chaîne longue par du 6:2 FTS, un PFAS moins bioaccumulable. L'entreprise justifiait alors une dizaine d’années à l’arrêt du Surflon par des essais et des adaptations d’ordre technique. À noter qu’Arkema avait pourtant déjà utilisé le 6:2 FTS entre 1973 et 2017, à raison de 44 à 117 tonnes selon le rapport 2022 de l’ANSES. L’industriel l’utilise aussi de nos jours. En juin 2023, interrogé sur un produit de remplacement, Arkema expliquait aussi que se passer du 6:3 FTS impliquait une perte de rendement. Pour rappel l e 6:2 FTS est soupçonné d’effets nocifs sur les reins et est observé depuis 5 ans parmi les PFAS toxiques au Canada.

 

Résultats des prélèvements des eaux

 

L’étude porte aussi sur des prélèvements dans l’eau au sud du département. Parmi les 47 échantillons examinés dont 12 au robinet, 60 % sont contaminés, parfois de manière très aiguë, entre 100 à 200 nanogrammes par litre, comme sur la nappe de Ternay (davantage que la norme européenne en vigueur à partir de janvier 2026). Un point rassurant : la nappe de Crépieux-Charmy, qui alimente l’essentiel de la métropole lyonnaise n’est pas atteinte par une concentration excessive de PFAS.

 

En général on distingue des PFAS à chaîne longue, davantage bio cumulables des PFAS à chaîne courte, plus mobiles, qui migrent en sous-sol et sont donc plus susceptibles de se retrouver dans l’eau souterraine. Le PFNA et le PFUNDA, marqueurs de l’usine Arkema ne bougent pas beaucoup dans le sol, le PFOA en revanche est relativement mobile et présent dans l’eau bien au-delà des normes américaines.

 

Dans les échantillons de sols prélevés près des puits toutes les chaînes courtes ont migré dans l’eau, relève Louis Delon, qui rappelle aussi qu’on trouve une très forte concentration (30 à 40 microgrammes par kilo) d’un type de PFAS à proximité du port Édouard-Herriot.

 

Les conséquences des PFAS pour la santé se documentent au fur et à mesure des avancées de la recherche scientifique. Ils sont considérés comme cancérogène, perturbateurs endocriniens, responsable de la diminution de la réponse vaccinale, d’hypercholestérolémie…

 

Dans ce contexte, comment accueillir ces nouveaux résultats ? Le professeur Sauvé se montre prudent en l’état des connaissances scientifiques en la matière. « Il y a définitivement une absorption dans l’eau que l’on boit tous les jours tout le temps. Mais pour l’eau il y a des options de traitement qui sont relativement abordables », entame le chimiste. Pour les sols, l’équation reste à affiner. « Que le sol à côté de la maison soit un peu contaminé n’est pas dramatique. Pour les potagers qui ne sont pas à proximité des usines, je recommanderai de bien laver pour qu’il n’y ait pas de résidus. Je pense que cela reste modéré comme risque. Les végétaux, je ne suis pas très inquiet mais il reste à comprendre finement comment interagit chaque PFAS avec les plantes. »

 

Le ton change un peu pour les protéines animales. Bioaccumulables, les per- et polyfluoroalkylées (PFAS) aiment à se concentrer dans les œufs ou les animaux qui peuvent être amenés à être en contact avec des sols et des plantes contaminés. Dès lors, Sébastien Sauvé est plus vigilant.

 

« La viande, les œufs peuvent être des charges beaucoup plus grandes. Pour les animaux d’élevage, qui mangent de grandes quantités, cela peut décupler les concentrations. On sait qu’il y a une bioaccumulation. L’urgence est donc de documenter les protéines animales issues des fermes. Je ne dirai pas « manger rien » mais j’ai beaucoup de questions. Je suis relativement inquiet » reconnaît-il.

 

Louis Delon a précisé. « Il y a peu d’élevage sur le secteur mais surtout des grandes cultures. De mémoire, la seule analyse réalisée sur une bête a montré une concentration en deçà des normes mais ça mériterait d’aller voir plus loin. »

 

Pauline Cervan, toxicologue au sein de l’ONG Générations futures, estime qu’il faut sans doute élargir rapidement la recommandation des autorités sanitaires datant de mars 2024 de ne pas consommer les fruits et les légumes des potagers privés, ni les œufs et la volaille des poulaillers privés dans un périmètre de 500 mètres autour de l’usine.

Dans le Sud Ouest Lyonnais, le scandale de la pollution aux PFAS révélé en mai 2022 a provoqué une forte mobilisation citoyenne. C’est dans ce cadre que sont nés divers collectifs comme le CAPIPSSOL (Comité d'action pour une industrie propre et sûre dans le Sud Ouest Lyonnais) créé en juillet 2022 ou "Ozon l’eau Saine", fondé par plusieurs parents inquiets pour la santé de leurs enfants, dont Louis Delon, porte-parole du collectif. Cet ancien chimiste reconverti dans l’agriculture biologique est engagé depuis deux ans et demi pour trouver des réponses aux enjeux posés par la pollution aux PFAS.

« Les résultats sur les sols soulèvent de nombreuses questions : à partir de quel seuil doit-on considérer que la nourriture produite localement, les œufs, les légumes, etc., vont être contaminés de façon excessive ? Qu’est-ce qu’on fait pour les gens qui ont des jardins, comment traiter, dépolluer ? », interroge Louis Delon. « Ces analyses amènent aussi la question de la législation, il faut qu’on établisse des normes et qu’on légifère pour de bon », s’insurge le porte-parole du collectif.

Pour lui, il ne fait aucun doute qu’Arkema doit prendre sa part de responsabilité. « Partout où on a identifié les marqueurs du Surflon qui sont la signature de l’activité de l’industriel, il faut qu’Arkema paye les analyses des gens qui veulent faire analyser leur terre, leur potager, leurs légumes, et leur assure éventuellement une réparation », estime-t-il.

Les services de l’État ont fait part qu’il était prématuré de commenter cette étude, précisant que leurs campagnes d’investigation confirment une imprégnation des sols en PFAS plus forte à proximité de la plate-forme industrielle. « À ce stade, les services de l'État n’ont pas émis de restrictions d’usage concernant les sols, en rappelant qu’il s’agit d’une source d’exposition aux PFAS très limitée », précise leur mail selon Médiapart. Une telle affirmation au regard des résultats de cette nouvelle étude est pour le moins osée et frise l'irresponsabilité !

La santé d'abord avec un vrai plan de santé publique

Les études réalisées par Ozon l'eau saine et leurs résultats démontrent une nouvelle fois les responsabilités de la plate forme industrielle chimique de Pierre-Bénite dans la pollution aux PFAS (anciens et nouveaux) que connaissent les populations du Sud Ouest Lyonnais et leur environnement. De multiples études montrent que l'accumulation de PFAS dans le corps humains a des conséquences graves sur la santé humaine. Les pathologies pouvant se manifester du jour au lendemain ou jamais selon les individus.

Mais selon le principe de précaution, il s'avère nécessaire que ces études qui ont un très grand intérêt scientifique doivent aussi conduire les autorités publiques (ministères et services de l'Etat) à prendre des dispositions urgentes en matière de santé publique pour prévenir et entreprendre des soins si cela s'avère nécessaire.

Il est confirmé qu'il y a urgence à mettre en place un plan santé visant à rechercher dans le sang des humains la présence des PFAS. Selon les résultats, il y a lieu d'anticiper en cherchant à éliminer les PFAS trouvés, (ce qui nécessite la mobilisation de la recherche), voire d'entreprendre des soins en cas de pathologies déclarées.

Autre conséquence de cette étude, toujours selon le principe de précaution, il s'avère urgent d'interdire l'utilisation de tous les PFAS dans les process industriels afin de ne pas continuer à polluer et de mobiliser la recherche afin de rapidement dépolluer les eaux et sols contaminés.

L'expérience de l'amiante montre que cela a un coût important. Mais il ne peut en aucun cas être à la charge des populations qui seraient alors deux fois victimes : d'une part victime de la contamination et d'autre part condamnées à payer ! Il va de soi que le principe pollueur-payeur devra s'appliquer.

Sur le territoire concerné, la métropole de Lyon, dirigée par la gauche, a lancé une grande étude d’imprégnation humaine aux PFAS dans la vallée de la chimie pour mesurer la contamination des riverain·es de la vallée. L’Institut écocitoyen de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), chargé de mener l’étude, devrait lancer les prélèvements sanguins courant 2025. Elle est en attente d'un financement de 750 000 euros courant 2025 que devrait lui accorder l’Agence nationale de la recherche (ANR). 

Impulser la recherche

Notamment l'exposome. Le professeur Paolo Vineis dans un interview à Médiapart précisait sur cette question : il y a « l’exposome interne ». "On peut utiliser la spectrométrie de masse dans le sang ou l’urine, ce qu’on appelle en anglais « metabolomics », ou par la recherche des protéines (« proteomics »). En gros, il s’agit de chercher des changements dans les molécules qui se trouvent dans le corps afin de voir quels sont les effets de l’exposition à l’environnement. Ensuite, on essaie de voir quels liens peuvent être tracés entre ces changements internes et des maladies déclarées : asthme, maladie cardiovasculaires, cancer, etc"

La notion d' "exposome" a été forgée par Christopher Wild, directeur de l’Institut international de recherche sur le cancer (CIRC). "Elle désigne deux phénomènes. D’abord, que l’exposition à l’environnement est une cause majeure des maladies humaines. Après beaucoup de recherches sur le génome (l’ensemble des chromosomes et des gènes d’un individu), on sait que seules 5 à 10 % des maladies que nous développons sont d’origine génétique. Tout le reste est dû à l’environnement auquel on est exposé. Pourtant, en dépit de cette réalité, les recherches pour mieux comprendre les effets des expositions à l’environnement sont moins développées que celles pour la recherche sur le génome."

Les chercheurs se sont concentrés sur un petit nombre de substances chimiques dans le passé. Aux États-Unis, ils parlent de « legacy chemicals », les produits chimiques dont on hérite, car ils sont réglementés depuis de nombreuses années par l’Agence de protection de l’environnement, l’EPA. Ce sont les PCBs, l’amiante, ou plus récemment les PFAS. Mais la capacité de les mesurer dans l’environnement, et encore plus de les mesurer dans le corps, était limitée.

C’est probablement l’un des principaux objectifs de la recherche sur l’exposome. Il y a des milliers de produits chimiques dans l’environnement. D’où viennent-ils ? Cela pose notamment la question des mouvements de ces produits chimiques. On soupçonne qu'ils sont présents dans l’air et l'eau, qu'ils voyagent dans l'air et l'eau ou même via des biens importés. Comment détecter ces substances dans l'environnement et chez les humains ? Cela fait partie des sujets sur lesquels la connaissance doit s’améliorer, grâce à l’usage de capteurs en extérieur et de mesures à l’intérieur du corps.

Sources :

  • https://www.mediapart.fr/journal/france/181224/pfas-une-etude-confirme-la-forte-contamination-des-sols-au-sud-de-lyon?utm_source=global&utm_medium=social&utm_campaign=SharingApp&xtor=CS3-5
  • https://x.com/lessoulevements/status/1869728299989282949?s=48&t=anm9ZdFU3j_UKzd4Mg2MAA
  • imap://chambonjean@imap.free.fr:993/fetch%3EUID%3E/INBOX%3E4680?part=1.5&filename=2024-12h%20Le%20Progr%C3%A8s%20du%2018%20d%C3%A9cembre%2C%20Page%2011.pdf&type=application/pdf
  • imap://chambonjean@imap.free.fr:993/fetch%3EUID%3E/INBOX%3E4680?part=1.7&filename=2024-12j%20Le%20Progr%C3%A8s%20du%2019%2C%20page%201.pdf&type=application/pdf

 

 

 

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