Pour la Cour des comptes, l'austérité devra durer...
La Cour des comptes vient de publier son état des lieux de la situation des finances publiques et le constat est, selon elle, dramatique. La France connaît une situation dégradée de ses finances publiques (un déficit budgétaire équivalent à 5,5 % du PIB en 2023, 6 % en 2024).
Le gouvernement s’est fixé comme objectif de ramener le déficit à 5,4 % du PIB cette année, mais à bien écouter la Cour des comptes, il aura du mal à tenir ce cap. Surtout, l’effort de réduction devra être poursuivi et même amplifié dans les années qui viennent. Comme toujours, il y a trois manières de réduire le déficit : augmenter les recettes ou réduire les dépenses publiques ou faire les deux à la fois. A ce jour, le gouvernement Bayrou a fait le choix de la 1ère, en imposant avec deux 49-3, des budgets d'austérité comment peu connus auparavant.
Pour la Cour des comptes, le risque est désormais bien présent d’un dérapage de la dette publique française. Pour l’éviter, ce n’est pas une, mais cinq années d’austérité que nous annonce une Cour des comptes obnubilée par les règles du libéralisme. Pourtant des pistes existent pour changer la logique actuelle qui a conduit à cette situation et au déclin de pays.
L'héritage Macron-Le Maire est grave !
Le Président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, lors de la présentation du rapport, n’a pas mâché ses mots : les années 2023 et 2024 ont été « deux années destructrices pour les finances publiques ».
Bien qu'en regardant de près, le mal vient de bien plus loin, notamment dès les années 2012 avec d'un côté la multiplication des cadeaux aux entreprises sous toutes les formes, tant sous Hollande que sous Macron, et de l'autre la mise en pratique de l'ultralibéralisme, réduire les dépense publiques et ne pas augmenter les prélèvements obligatoires en particulier pour le capital. Au final, on a réduit les recettes provenant du capital et des ultra riches, et creusé le déficit. Résultat : on a eu en même temps la baisse du pouvoir d'achat des ménages, la destruction de nos services publics, un chômage de masse et la dégradation des comptes publics !
Tous les pays européens ont connu la pandémie et les effets de la guerre en Ukraine. Mais tous ont depuis commencé à reprendre la maîtrise de leurs comptes publics, pas la France. En 2023, le problème résulte principalement d’une forte baisse du lien entre activité économique et recettes fiscales, c'est un problème de faiblesse des recettes.
En 2024, les dépenses publiques hors dépenses exceptionnelles (chèque énergie, etc.) contribuent pour environ un point aux six points de PIB de déficit. Comptabilisée hors mesures exceptionnelles et charges d’intérêt de la dette, la dépense publique a progressé de 2,7 % en volume, le taux de croissance le plus rapide de ces 15 dernières années. Où est passé l'argent ? Quoi qu’il en soit, insiste Pierre Moscovici, « nous sommes dans la situation la plus compromise de la zone euro ». Merci le tandem Macron-Le Maire.
Des perspectives tendues
Pour tenter de corriger le tir, Bayrou a engagé la France dans une 1ère année d’austérité pour 2025 : la contribution à la croissance de la puissance publique sera négative. Bercy vise un déficit budgétaire ramené à 5,4 %. Mais la Cour des comptes n'y croit pas. Ses experts estiment le déficit à 5,5 %, toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire hors toute nouvelle dépense imprévue en cours d’année. Et hors nouvelles recettes votées. De ce point de vue, le gouvernement va dans le mauvais sens, puisque « près de la moitié des hausses de prélèvements inscrites en loi de finances pour 2025 est présentée comme temporaire », commente la Cour, à l’image de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises ramenée de deux ans à un an.
Et les perspectives à plus long terme ne sont pas meilleures. A la fin 2023, l’effort à faire sur les finances publiques pour viser un déficit vers les 3 % en 2027 était de 50 milliards d’€. Reporté en 2029, mais, suite à la mauvaise année 2024, il s’élève désormais à 110 milliards. La Cour s’est alors attelée à bâtir deux scénarios alternatifs à celui du gouvernement, qui prévoit un pic de dette en 2027.
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