Embarras, hésitation et mauvaise réponse des Etats européens réunis à Londres...

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

L'Occident se sont les pays capitalistes les plus puissants unis depuis 1945 pour se défendre avec une Organisation militaire dirigée par les Etats Unis (l'OTAN) face à la menace d'abord l'Union Soviétique jusqu'à l'éclatement de celle-ci et ensuite le duo Chine-Russie qui sont les moteurs avec d'autres grands Etats comme l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde, de la montée du "Sud global" dans la construction d'un nouveau monde multipolaire. 

 

Cette unité de l'Occident vient de prendre un coup sérieux avec la décision de l'administration américaine de mettre un terme à la guerre en Ukraine en initiant un dialogue avec la Russie avec la paix comme objectif majeur.

 

Cela a jeté le trouble, l'embarras parmi les autres pays membres de l'Occident (Royaume Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne) qui sont arc-boutés sur deux idées : rester unis face à la menace désignée qu'est la Russie mais sans jamais le démontrer et imposer une défaite militaire à la Russie en Ukraine ce qui suppose devant la faiblesse de cette dernière de la soutenir financièrement et militairement. C'est le choix de pousser encore à la guerre avec ses horreurs et ses milliers de victimes supplémentaires.

 

Après les multiples erreurs commises depuis 2014, les pays européens réunis à Londres ce dimanche sont une nouvelle fois dans le déni. Le défi de la défaite de l'Ukraine face à la Russie. C'est d'abord cette réalité qui guide le choix des Etats Unis de se désengager de la guerre en Ukraine et de favoriser la négociation avec la Russie pour obtenir la paix. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Trump a engagé le dialogue avec Moscou. L'administration américaine a rejeté l'adhésion de l’Ukraine à l'OTAN qui était l'une des exigences de la Russie pour sa sécurité. La situation nouvelle créée, ne fait qu’entériner une évidence : sans un soutien indéfini, l’Ukraine ne peut espérer qu’un règlement négocié.

 

Réunis à Londres, les Vingt-Sept, l’Otan et l’Ukraine ont tenté d’élaborer une réponse coordonnée à cette nouvelle donne. Entre augmentation des aides financières, des dépenses militaires et élaboration d’un plan de paix alternatif, l’UE hésite encore sur la nature de la relation transatlantique. 

 

Comment l’Union européenne (UE) va t-elle concrétiser sa solidarité avec l'Ukraine sur le plan militaire et en l'absence des Etats Unis ? En l’état actuel, elle n’en a pas les moyens. Réunis à Londres ce 2 mars, les dirigeants européens et de l’Otan entendaient répondre au basculement stratégique des Etats Unis. On a pu mesurer l'embarras, les déceptions et les hésitations des dirigeants présents.

 

Le ton guerrier a été donné par la responsable de la diplomatie européenne, Kaja Kallas : « Le monde libre a besoin d’un nouveau leader. C’est à nous, Européens, de relever ce défi. » En reprenant la rhétorique du « monde libre », elle laisse apparaître une conception dépassée qui dresserait une ligne de fracture mondiale entre démocraties et autocraties, qui, faute de prouver son efficience en termes de résolution des conflits, illustre la vivacité de la compétition entre puissances. La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, relève la nécessité de modifier les règles d’austérité européennes, exhortant à « plus de flexibilité dans le pacte de stabilité ».

 

Aucune surprise en revanche quant à la destination de ces dépenses : parmi les premières à s’exprimer, à Londres, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé qu’il était « urgent de réarmer l’Europe » et proposera un plan en ce sens lors du Conseil du 6 mars. Il parait que l'on buvait le champagne hier au soir, chez les marchands de canons qui voient d'un bon oeil arriver les futurs commandes de matériels de mort. Chez ces gens là, il n'y a pas de petits profits !

 

Le 1er ministre britannique Keir Starmer a insisté sur le but du sommet : « Placer l’Ukraine dans la position le plus forte possible afin qu’elle puisse négocier en position de force. » En plus du prêt à Kiev de 2,6 milliards d’€ annoncé le 1er mars, le dirigeant a ajouté 1,9 milliard d’€ de financement afin que le pays se dote de 5 000 missiles de défense aérienne de fabrication britannique. Il a également annoncé travailler avec la France à « un plan pour faire cesser les combats ». Un document qui devra selon lui être plus solide que les accords de Minsk, sera présenté à Washington pour sortir Donald Trump de sa négociation bilatérale avec la Russie.

 

Répondant à une demande du futur chancelier allemand Freidrich Merz, Macron s’est dit prêt à « ouvrir la discussion » sur l’européanisation de la dissuasion nucléaire française provoquant de graves inquiétudes en France et en Europe. Ce qui a conduit le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, a préciser que l’arme nucléaire resterait française « de la conception et la production de nos armes, jusqu’à leur mise en œuvre sur décision du président de la République ». C'était le minimum.

 

Si le soutien à Zelensky est unanime, Donald Trump aura créé une onde de choc parmi les dirigeants de l'Extrême droite qui le soutiennent et partagent un certain nombre d’options avec lui. Fervent soutien de l’Ukraine, Giorgia Meloni a fait le pont entre les deux continents à la dérive : « Chaque division de l’Occident nous affaiblit et favorise ceux qui voudraient voir le déclin de notre civilisation. » Elle propose ainsi « un sommet immédiat entre les États-Unis, les États européens et les alliés ».

 

Cet embarras était aussi perceptible chez ceux à la pointe de l’atlantisme, parfaitement à l’aise dans l’Otan et peu friand d’autonomie stratégique. C'est le cas du polonais, Donald Tusk, qui a proposé l’aide de son pays afin de surmonter « le dilemme » entre les deux rives de l’Atlantique. Trump lui a assuré qu’il maintiendrait ses troupes en Pologne, car elle « dépense plus que ce qu’on lui demande », mais demeure nébuleux quant au maintien d’hommes dans les États baltes.

 

Dans ces conditions, les Vingt-Sept éprouvent de grandes difficultés à formuler une vision commune de la relation transatlantique. Ils ont fait le choix de poursuivre la guerre en Ukraine mais ont du laisser entre-ouverte la porte de la paix.

 

Dans The Guardian, Dominique de Villepin a été ferme avec les dirigeants Européens. « Arrêtez de croire aux illusions. Trump abandonne l’Ukraine et Musk soutient les mouvements extrêmistes en Europe parce qu’ils veulent une UE plus faible. Ils comprennent que l’Europe est désormais le principal obstacle à leur vision ».  À l’entendre, ce mouvement ouvre une ère d’indépendance en matière de défense, de sécurité nationale et de technologie. En expert du marathon, il ne peut ignorer qu’un tel changement de paradigme requiert préparation et mental d’acier et de faire de la paix la vision commune.

Publié dans Ukraine, Europe, Paix

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