Le groupe Toyota-JTEKT poursuit sa restructuration et veut éliminer 197 emplois supplémentaires
Toyota-JTEKT poursuit la restructuration engagée depuis 2020. Après avoir supprimé près de 500 emplois sur le site d'Irigny de 2020 à 2024, et cédé ses usines de Blois et de Chènevières, la direction du groupe vient d'annoncer son projet de supprimer 197 emplois supplémentaires dont 112 sur le site d'Irigny dans le Rhône et 85 sur le site de Chevigny en Côte d'or. Une première initiative syndicale de la CGT a eu lieu jeudi 27 mars à Irigny avec un rassemblement aux portes de l'entreprise.
Cette mesure anti-sociale était dans les tuyaux du groupe industriel depuis la fin de l'année 2024. La direction semble avoir attendu une situation favorable (pression sur la militarisation de l'économie, serrage de vis pour réduire la dette, etc) pour officialiser une nouvelle casse de l'emploi dans le groupe équipementier automobile.
En raison de la baisse de production des constructeurs européens, déjà en cours et qui pourrait s’aggraver dans les prochaines années, l’entreprise « a pris la décision de réorganiser ses sites français de Chevigny-Saint-Sauveur (21) et d’Irigny (69) » afin « d’optimiser l’activité de production et de restaurer la compétitivité à moyen et long terme de l’entreprise en France » justifie JTEKT.
Les arguments de la direction très contestés
Une affirmation très contestable et très contestée! il suffit de relire le rapport sur les comptes sociaux de l'exercice 2023 clos au 31 mars 2024, (il y a un an) qui précise : " En 2023 le marché automobile de l'Union Européenne a terminée avec une solide expansion de 13,9% par rapport à 2022 atteignant un volume annuel de 10,5 millions d'unités."
Il rajoute : "Tous les marchés de l'UE ont progressé au cours de l'année écoulée à l'exception de la Hongrie. Des gains à deux chiffres ont été enregistrés dans la plupart des marchés, y compris trois des plus grands : Italie + 18,9%, Espagne + 16,7% et France +16,1% ! " Il rajoute : " Dans ce contexte, le nombre de directions produites par JTEKT Europe est passé de 3321731 à 3526231, soit une hausse de 204500 soit + 6,15% !"
En 2024, le marché automobile européen a augmenté de 4,9 % et la trajectoire projetée montre une progression de 3,4 % en moyenne par an pour s'approcher des 33 millions de voitures neuves en 2030.
Côté marché automobile tout allait donc bien en Europe et en France ! Les effectifs salariés étaient de 1615 pour les établissements de JTEKT Europe Irigny (1072) et de JTEKT Chevigny (543). On en conclut donc, excepté la recherche de rentabilité, rien ne justifie cette casse de l'emploi tant à Irigny qu'à Chevigny.
Les salariés de JTEKT comme les territoires où sont implantés les sites français, ces suppressions d'emplois visent à adapter les effectifs à la logique de la restructuration engagée en 2020 qui a deux piliers : délocaliser les productions des directions automobiles au Maroc et en Europe de l'Est en particulier en Tchéquie quitte ensuite à les réimporter en France pour équiper les voitures françaises (Renault et Stellantis), abaisser le coût du travail en France en pratiquant la casse de l'emploi et une austérité renforcée comme les syndicats le constatent avec les NAO qui se déroulent actuellement.
La CGT conteste fortement les arguments de la direction : Selon Abdel Youssif « De simples explications nous ont été exposées après insistance de notre part. Elles ne nous permettent pas de croire aux explications de notre direction, ni au sérieux de la possibilité que ce PSE conséquent puisse résoudre la situation de JTEKT en France », ajoute le délégué syndical.
Résister et ne pas accompagner !
« On n'est pas surpris. Cela fait longtemps qu'on attendait une annonce. Nous sommes dans cette situation, avec des difficultés à être rentables, y compris structurellement», souligne Raphaël Vadon, délégué central CFE-CGC qui s'inscrit dans la recherche d'un accompagne des salariés. Avec moins de personnes dans les équipes et des exigences fortes, il faudra améliorer l'efficience ».
Cette restructuration ne vise que la rentabilité en adaptant les emplois des sites de Dijon et Irigny. Le groupe JTEKT ne cache pas les objectifs de son projet :
1) Assurer la rentabilité du groupe en faisant des profits conséquents exigés par Toyota ;
2) Augmenter la productivité du travail, réduire les coûts du travail, de la sous-traitance et l'emploi ;
3) Réorganiser la partie en Europe de l'Ouest et créer les conditions de sa cession voire de sa disparition.
C'est un sale coup porté à l'emploi industriel et à la filière automobile où il faut rompre avec la recherche de la rentabilité immédiate. Au contraire, il faut intégrer de nouveaux critères d'efficacité, avec des créations d'emplois, des formations, des investissements dans les productions et la recherche. Cela urge tant chez les constructeurs que chez les équipementiers.
Un mauvais coup contre l'emploi, l'industrie et les territoires !
Quelle que soit la marque d'un véhicule ou le modèle de voiture (Thermique – Hybride -Électrique) il faudra toujours un système de direction sécurisé selon les normes Françaises, Européennes pour chaque voiture. La direction sera hydraulique ou électrique selon les constructeurs, le modèle ou l'équipementier. La nouvelle réorganisation de JTEKT amène une question : si ses établissements français disparaissent, qui réalisera demain, les directions des voitures de Renault et Stellantis ?
Ce sont les établissements de l'Europe de l'Est ou du Maroc qui seront leurs fournisseurs conduisant à aggraver le déficit de la France. Le gouvernement parle de réindustrialisation, mais il ne sera pas crédible tant qu'il continuera de laisser faire les projets destructeurs des groupes et équipementiers automobiles notamment celui de Toyota-JTEKT
Cela confirme le besoin que l'Union Européenne ne permette plus la mise en concurrence des établissements d'un même groupe qui permet au patronat de faire du dumping social et mettre en cause les acquis sociaux !
Cette réorganisation engagée il y a 5 ans, est imposée par Toyota. Les dégâts sont terribles : délocalisations des direction au Maroc et en Tchéquie – affaiblissement des capacités productives, humaines et de recherche – sous-investissements et réduction des capacités d'innovation et difficultés à faire face aux contraintes externes comme la COVID, la crise des composants et l'inflation.
En 2020, la CGT soutenue par les communistes ont attiré l'attention du ministre de l'économie et du ministre de l'industrie sur les graves dangers que faisait courir la stratégie de JTEKT. Ils n'ont ni entendu ni écouté et ont laissé faire !
Aujourd'hui, les dégâts sont là : réduction du potentiel humain, exercices en déficit, dégradation des conditions de travail, perte d'efficacité du travail, capacités de recherche et d'innovation amoindries, non qualité, conséquences dramatiques pour la sous-traitance et les emplois induits et difficultés à relever le défi de la modernisation sans destruction de l'emploi.
Une autre logique est possible
La vie donne raison à ceux qui s'opposent à cette logique destructrice de JTEKT dont le gouvernement s'est fait le complice. C'est d'autant plus inacceptable que JTEKT bénéficie de fonds publics. Les communistes de Pierre-Bénite sont pleinement solidaires des travailleurs de JTEKT. Ils mèneront le combat contre l'orientation mise en oeuvre par JTEKT et Toyota.
Une autre orientation industrielle est possible ! Ils proposent que les 3 établissements de Dijon – Irigny et JEU (Centre de recherche) soient mobilisés pour fabriquer les divers systèmes de direction des voitures des groupes français : Renault et Stellantis. Pour cela,
le gouvernement et le ministre de l'économie doivent organiser en urgence une coopération JTEKT – Renault– Stellantis.
Cela suppose l'annulation immédiate du projet de réorganisation, l'annulation de toutes les suppressions d'emplois, des mises en formation, des embauches et la recapitalisation du groupe par Toyota.
Pierre-Bénite le 28 mars 2025
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