Jafar Panahi, retour à Téhéran après sa Palme d'or pour son film "Un simple accident"
Récompensé à Cannes pour "un simple accident", Jafar Panahi est rentré en Iran, affirmant son courage face à un régime qui le muselle depuis 15 ans.
Jafar Panahi, tout juste lauréat de la Palme d’or à Cannes, revient dans son pays. Un retour chargé de gravité car il y a encore un an, le cinéaste sortait de sept mois de prison. L’accueil du régime pourrait être tout autre que celui réservé par ses soutiens. Mais Panahi, 64 ans, n’a jamais fui. Ni en 2010 lorsqu’il est condamné à 20 ans d’interdiction de réaliser, de s’exprimer dans les médias et de quitter le pays pour propagande anti-régime. Ni en 2022, lorsqu’il est incarcéré à nouveau. Ni aujourd’hui, alors que son film secoue les institutions iraniennes par sa simple existence.
Tourné clandestinement, Un simple accident, nouvelle critique virulente du régime dans la continuité de ses précédents long-métrages, s’inspire de son expérience carcérale et de celle de ses compagnons d’infortune sous forme de thriller haletant. Plusieurs actrices y apparaissent sans voile, en violation flagrante des lois iraniennes. L’œuvre d’une maîtrise narrative saluée au Festival de Cannes est aussi d’une audace politique : Panahi y défie frontalement les fondements idéologiques d’un régime qu’il juge « effondré, économiquement, politiquement, idéologiquement. C’est une coquille vide. Il a encore l’argent et les armes, il tient mais n’ose pas affronter le peuple. » Un jugement prononcé publiquement à Paris, alors qu’il savait qu’il rentrerait.
« Si je retourne en prison, j’irai m’y reposer et recueillir de nouvelles histoires »
Le réalisateur connaît les risques. Juste avant de quitter la Croisette, il affirmait « ne pas avoir peur ». La prison, il connaît, L’isolement, la censure, les verdicts absurdes aussi. « Si je retourne en prison, j’irai m’y reposer et recueillir de nouvelles histoires », lançait-il avec une forme d’ironie stoïque. Il ne s’agit pas d’héroïsme, dit-il, mais d’une incapacité à vivre ailleurs. Contrairement à d’autres artistes iraniens en exil, Panahi reste. Par choix, mais aussi par nécessité intime. « Je n’ai pas la capacité de rester ailleurs qu’en Iran, mais il ne s’agit pas de critiquer ou de condamner ce qu’ont fait les autres, la défaillance vient de moi. »
Son retour intervient dans un climat diplomatique électrique. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fait dans la provocation en affirmant que ce film est un « geste de résistance contre l’oppression du régime iranien », ce qui a déclenché la colère de Téhéran. L’Iran dénonce des propos « insultants» et accuse le gouvernement Français d’instrumentaliser le Festival de Cannes à des fins politiques. Sur place, les médias ont ignoré la récompense, seuls les journaux réformateurs Etemad, Shargh et Ham Mihan se sont contentés d’en rapporter la nouvelle sans commentaire.
Sources : Vanity Fair
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