Discours de Frédéric Boccara à la Fête Vosgienne de l'Humanité le 28 juin
Je voudrais d’abord souhaiter à toutes et tous la bienvenue à cette belle fête, cette fête des communistes des Vosges, cette fête de l’Humanité des Vosges, la premier depuis bien longtemps. Fête des luttes et de l’espoir. Pour résister et construire.
Pour brosser un panorama politique et en tirer les enseignements pour l’action, je pourrais commencer par
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Parler des souffrances, des guerres dans le monde, des palestiniens, des iraniens et des iraniennes, des civils israéliens des ukrainiens ou encore des habitants de la République Démocratique du Congo, ou bien du peuple cubain, et de bien d’autres
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Je pourrai tout aussi bien parler des souffrances en France, de celles que subissent les gens dans leur vie, de la violence de la politique applique par ce gouvernement, une des politiques les plus réactionnaires depuis bien longtemps ! qui tape dur et enfonce notre pays, dire « à bas Bayrou et Retailleau, A bas Macron, A bas Le Pen l’illusionniste qui conforte Bayrou et le capital
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Ou bien je pourrais parler des lueurs d’espoir du côté des BRICS, celle alliance Brésil, Inde, Chine et d’autres, où la majorité des peuples de la planète, des peuples du « Sud global », au-delà des contradictions, défient l’impérialisme Etatsunien, le dollar Yankee, et cherchent à se développer en promouvant un autre monde
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Je pourrais parler de la capacité de notre peuple à un sursaut, avec le NFP, au deuxième tour des élections législatives de 2025
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Je pourrais parler encore des immenses potentiels des sciences et du savoir humain, enthousiasmants, et en même temps bridés et dévoyés par le capital, l’austérité et les monopoles des Gafam
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Je pourrais aussi parler du défi climatique, du réchauffement et du dérèglement qui va avec, et de l’immense faiblesse des mesures prises
Je préfère souligner que nous vivons un moment ou « le monde change de peau », cherche à changer de peau. Et, comme le dit la chanson de Souchon, on se demande « sera-t-il laid ou bien beau ? », « Couvert de couleur peinture ou vert nature » ? Mais la chanson se contente d’observer, d’attendre, voire d’accompagner.
Nous ne voulons pas observer passivement ! Nous voulons intervenir pour changer le monde, commencer à le changer … dans le bon sens, et pas pour un retour en arrière un « back clash » comme on dit aux Etats-Unis.
Et pour cela, il faut comprendre le sens de ce qui se joue ― sens que les médias dominants et beaucoup de forces politiques s’emploient à masquer ―, donner du sens et une perspective, aider chacune et chacun à voir le sens. Nous outiller pour cela.
Car comme le dit un autre poète, Aragon « nous vivons un temps déraisonnable » où l’on « met les morts à table »… et de nos jours la table, ou le comptoir, c’est la télévision, qui veut nous faire prendre les loups du fascisme et de l’extrême-droite, gardiens du capital, pour des toutous gentils, « des loups pour des chiens » disait Aragon. Et, toujours parlant des années 1930, le poète dit « moi, si j’y tenais mal mon rôle, c’était de n’y comprendre rien » insiste-t-il, montrant à quel point on peut être déboussolé. Il nous faut donc éclairer, donner sens et raisons, ainsi qu’une visée et une perspective. Voilà notre rôle.
Alors, parlons de ce qui se passe en France. Les fermetures d’entreprises, les suppressions d’emploi et le chômage frappent très fort, et cela ne fait que commencer, tandis que la misère continue à s’étendre. La jeunesse de France est en passe d’être sacrifiée ; l’industrie française est en très grand danger.
Mais le gouvernement ne change rien ! Il continue à pratiquer une politique « open bar » pour le capital et les profits. Alors qu’il faudrait s’appuyer sur les femmes et les hommes, développer leurs capacités, pour une tout autre production et une véritable efficacité sociale et écologique :
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Embaucher et former
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Investir… mais d’une tout autre façon !
Or le grand patronat fait le contraire ! Et l’Etat, allié aujourd’hui à lui l’accompagne. Les aides publiques arrosent le capital et accompagnent les suppressions d’emploi, favorisent les bas salaires, avec les exonérations de cotisations sociales (85 Md€ avec pour condition de pratiquer des bas salaires), le crédit impôt recherche, etc. Les banques font de même, avec les centaines de milliards de crédit qu’elles distribuent…. utilisant notre propre argent !
Les préfets accompagnent et couvrent tout cela, avec par exemple les Commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés (CRP) dans les Régions. Ceci à l’image des ministres, tant le premier F. Bayrou que le ministre de l’économie M. Ferracci, qui accompagnent les suppressions d’emploi et d’activité dans des entreprises d’envergure nationale comme Vencorex, GMD (sous-traitant automobile), Arcelor, etc.
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Ils se mobilisent pour la conversion à l’économie de guerre (reprise des forges de Bretagne, sous-traitant de Renault, pour reconvertir une part important de son activité en fabrication de munitions, gâchant des équipements de pointe et coûteux utiles pour l’automobile);
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Ils laissent faire la casse de la filière de sous-traitance automobile, même si nous avons quand même réussi à empêcher la cession de GMD au milliardaire d’extrême-droite Stérin, qui ne voulait que le vider de ses emplois et faire une énorme plus-value;
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Ils laissent la sidérurgie sur le fil du rasoir, en refusant de nationaliser Arcelor menacé de disparition par son actionnaire indien Mittal. Concernant Arcelor, il ne suffirait d’ailleurs pas de nationaliser. Il faut aussi un accord sur l’usage et les paiements des technologies, dont les actifs représentatifs sont actuellement situés au Luxembourg et pourraient être le prétexte à un pompage XXL de l’entreprise nationalisée. Et il faudra encore, un financement à bas coût des investissements nécessaires et un développement de l’emploi et des qualifications, si on veut que le double enjeu de décarbonation et de réponse aux besoins d’acier soit relevé. Cela demande d’impliquer les banques avec de tout autres critères que le taux de profit maximum;
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Ils laissent le fabricant européen de puces électronique, ST-Micro, franco-italien, supprimer des centaines d’emploi en France à Angers et à Grenoble, tout en investissant en Asie et en touchant des milliards de subventions !
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Et bien d’autres, par exemple ici dans la menuiserie.
Pourtant il y a des moyens pour faire autrement :
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Le pôle public bancaire, qui n’a donc pas d’actionnaire privé à rémunérer, pratique 1.000 milliards de crédit ! A qui ? Pour quoi ? Sur quels critères ?
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Les dividendes explosent, ainsi que les charges bancaires et autres prélèvements du capital sur les entreprises. Au total, ces prélèvements sur la richesse créée par les travailleuses et les travailleurs ont pris 200 Md€ de plus en 2 ans !! Ils s’élèvent à présent à 500 milliards d’euros, soit plus que les profits d’exploitation. C’est une vraie folie.
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Il existe encore un savoir, des compétences reconnus.
Alors que faire ? Que viser ?
Notre logique alternative, c’est de baisser les coûts du capital… Pour permettre des dépenses d’efficacité nouvelle, à savoir :
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Embauches et formation
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Un autre type d’investissement, écologique et social, c’est-à-dire répondant aux besoins écologiques et populaires, et accroissant l’emploi, les salaires et les qualifications, au lieu de taper sur l’emploi.
C’est une logique alternative de fond. Une logique qui va à l’unisson du « monde nouveau » où, avec la révolution informationnelle, ce sont les capacités humaines qui deviennent décisives… si les personnes sont en emploi.
Appuyer les capacités humaines, c’est développer les salariés, leur emploi, leur sécurisation dans leur vie, leur revenu et leur emploi, appuyer leur salaire, ou leur bon revenu (y compris une allocation de formation, par exemple), leurs compétences et leur formation. C’est à dire favoriser la capacité d’apporter efficacement à l’activité économique de la société, par sa contribution à la production, parce qu’on est bien formé et dans de bonnes conditions de vie.
Mais appuyer les capacités humaines, c’est aussi d’enrichir l’élaboration des décisions par la participation des salariés et des citoyens aux décisions. Leur participation et même leur intervention, car ils et elles ont beaucoup de savoir et de connaissances dont la société peut bénéficier.
C’est enfin, libérer du temps pour l’émancipation, pour se développer, du temps pour la vie personnelle mais aussi du temps pour les activités sociales, collectives, la participation à la « vie de la cité ».
Tout cela renvoie à notre projet révolutionnaire de « Sécurité d’emploi ou de formation pour chacune et chacun ». C’est un projet qui exige, pour se réaliser, des transformations profondes concernant les pouvoirs, les moyens et même les buts de notre société.
C’est le contraire de ce que répètent en boucle le grand patronat, le capital, la droite et l’extrême-droite « travaille, travaille, tais-toi », « travaille plus ». « Travailler plus » ? Mais il faut surtout créer des emplois et un travail efficace, donc libéré de la rentabilité financière, de la course folle à la productivité du travail qui épuise, les femmes, les hommes, la nature et la société.
C’est un débat de fond que nous devons mener. Sans tomber dans le piège du « travailler plus ». Car du travail, il y en a. Par exemple à l’hôpital, ou dans les ateliers des usines d’aéro ou d’agro-alimentaire, etc. Mais ce qu’il faut ce sont suffisamment de gens, donc d’emplois, et de gens correctement formés et dont le travail a un sens qu’ils partagent et n’est pas un simple appendice de la machine. C’est pourquoi la question politique, celle des décisions est triple :
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Des emplois, donc que le patronat (ou l’Etat ou l’hôpital) embauche
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De la formation, donc former et sécuriser les revenus durant la formation
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Investir tout autrement que pour écraser, surexploiter, les travailleurs
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Décider des investissements pour une production qui fait sens dans la société, éventuellement pour réorienter cette production
Voilà les questions qui dépendent de décision. Donc les questions politiques. Des décisions publiques et des décisions patronales. La question politique, c’est l’emploi, la formation et le type d’investissement. Donc ce que les tenants du capital font, ou ne font pas, et ce que l’Etat fait, ou pas, pour que le capital agisse autrement. S’enfermer dans le travail, et dans le travailler plus, c’est ce à quoi veulent nous pousser la droite et le patronat. C’est l’ornière dans laquelle les « travaillistes », sociaux-démocrates, sont tombés depuis longtemps, avec les effets que l’on sait.
Il y a donc urgence. Urgence, dans la résistance à s’opposer aux suppressions d’emploi. En particulier, réunir des « comités d’alerte et de mobilisation », pour engager des concertations, construire des propositions alternatives avec la population et les travailleurs, des contre-propositions ; sur la base de ces propositions, interpeler les préfets et l’Etat d’une part, les banques et le pôle public bancaire d’autre part.
La logique est la suivante : suspension des licenciements, développement d’autres productions, s’attaquer aux coûts et prélèvements du capital, embaucher former avec un autre type d’investissement. C’est-à-dire qu’il s’agit de rechercher une efficacité d’un type nouveau, une efficacité véritablement sociale ― ou si vous voulez, une efficacité économique, sociale et écologique. En termes de critères précis, il s’agit d’une part de viser une croissance de toute la valeur ajoutée en économisant le capital, c’est-à-dire l’efficacité du capital, une économie pour de capital une production donnée. Cela s’oppose directement au taux de profit qui vise le profit égoïste rapporté au capital, c’est-à-dire l’accumulation. Il s’agit d’autre part de viser la valeur ajoutée disponible pour les travailleurs, les territoires et les populations au lieu de la masse de profit. C’est-à-dire, dans la valeur ajoutée, la croissance des salaires, des cotisations sociales, des contributions aux dépenses publiques, aux dépenses de formation. Si on regarde bien, de façon pratique c’est ce que l’on retrouve dans les luttes.
Au niveau politique, notre proposition, radicale en fait tout en étant réaliste, est la suivante. Nous proposons de créer :
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Un droit de suspension des licenciements et suppressions d’emploi
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Un droit de contre-proposition des travailleurs et citoyens, par leurs représentants
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Une nouvelle instance de concertation et de planification avec des moyens financiers
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Un droit de saisine et d’appel au crédit bancaire (en particulier le pôle public bancaire), par les travailleurs et les populations, via leurs représentants, pour la mise en œuvre des contre-propositions, par des crédits à bas taux pour une autre efficacité sociale, développant les travailleurs, les populations et les territoires en économisant le capital, sa masse, sa consommation, ses prélèvements, ses coûts. C’est-à-dire avec des critères radicalement opposés à ceux du profit, mais rigoureux et correspondant à ce qui monte des luttes et mobilisations.
Mais le gouvernement, le pouvoir Macron-Bayrou fait deux choses. Premièrement, il masque la responsabilité du capital et les moyens possibles, les leviers. Pour cela, il ne cesse de désigner comme responsable et fautif, « l’autre », le voisin, l’allocataire, celui ou celle jugé d’une couleur différente, bref de faire monter le racisme et l’individualisme. I faut bien voir qu’outre les valeurs révoltantes qui sont véhiculées, cela cache le capital, la soif de profit… qui tue ! Il masque aussi les moyens possibles avec sa campagne sur « la dette » publique de la France qui bloquerait tout, toute possibilité de financement nouveau, de même que la guerre. Et enfin, il renvoie à « l’Europe », l’Union européenne, en faisant croire qu’elle est trop loin de l’intervention populaire et extérieure à nous, alors que ses décisions sont celles des gouvernements… dont le nôtre !
Deuxièmement, dans le même temps, il cherche à décupler l’austérité avec deux ensembles. Un premier ensemble : des coupes sombres dans les budgets des collectivités, dans les budgets de la santé (aussi bien l’hôpital que les remboursements de médicaments ou de jours de maladie), des coupes sévères dans l’éducation, la recherche et l’enseignement supérieur. C’est un total de 40 Md€ de baisse des dépenses que le gouvernement F. Bayrou prépare ! C’est énorme : presque 10% des dépenses de l’Etat. Une déflation des dépenses publiques qui accroît et accélère la venue d’une récession profonde en France et dans l’Union européenne.
Un deuxième ensemble est que le gouvernement joue sur la composition des dépenses publiques. Avec un principe : « pas touche au capital » ! Cela concerne les aides publiques aux entreprises (plus de 200 Md€, dont 85 Md€ d’exonérations de cotisations sociales). Rien n’est changé là-dessus, en prétendant qu’il s’agit d’une « politique de l’offre », l’offre cela veut dire « la production ». Mais c’est faux, cette prétendue « politique de l’offre » est en fait une politique en faveur des profits et du capital, en même temps que le grand patronat démolit notre offre, notre production industrielle. C’est en réalité une politique « anti-offre ».
Nous demandons au contraire la suppression des exonérations de cotisations sociales, qui entretiennent les bas salaires, et de développer un autre type d’aide. Car il faut un levier sur les entreprises qui peut les emmener sur un autre chemin, s’opposer à la domination du capital. Nous préconisons un appui aux investissements en baissant le coût du capital, notamment par des prêts à taux bonifié, si et seulement si, c’est pour développer une « bonne » production, du point de vue écologique et du point de vue social, et si ces investissements développent l’emploi, les salaires, les qualifications. Sinon, au contraire il faut pénaliser les investissements.
Or la BCE fait le contraire :
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sa politique accroît les prélèvements du capital sur l’Etat, avec des charges d’intérêt qui ont bondi de 20 Md€ en 2 ans et représentent 50 Md€, autant que le budget de l’enseignement primaire et secondaire, et qui pourrait atteindre 70 Md€ d’ici 2027… Voilà 40 Md€ dont on ne parle pas !
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sa politique soutient les crédits des banques au taux de profit maximal, donc aux délocalisations, aux suppressions d’emploi à la spéculation contre les productions utiles, etc.
Là aussi, c’est le silence. Silence sur la responsabilité de la BCE, donc sur les possibilités d’alternative. Pourtant on peut faire autrement pour financer les dépenses publiques !
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en France le pôle public bancaire peut faire des avances à 0% à l’Etat pour qu’il se développe. On peut créer dès à présent un Fonds d’avance à 0% pour le budget de l’Etat, pour les dépenses de services publics de paix ;
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au niveau de l’Union européenne, on peut créer un Fonds européen, intercalé entre la BCE et les Etats nationaux. Ce Fonds financé par la création monétaire de la BCE pourrait financer les dépenses des Etats nationaux pour leurs services publics, à 0%.
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D’ailleurs les Allemands créent un Fonds de 500 Md d’euros pour financer les dépenses publiques. Voyons les perspectives que cela peut ouvrir car, bien qu’évidemment, une grande partie soit dédiée à l’armement, ce sont cependant aussi les infrastructures publiques qui sont concernées (mais quid de l’emploi ?), et une partie sera utilisée pour la compétitivité des entreprises allemandes. Cependant, d’une part un pays le fait seul, donc en concurrence avec les autres, ce qui n’est pas bon. Nous nous proposons un Fonds solidaire, concernant toute l’UE. D’autre part, ce fonds serait financé par les marchés financiers, donc à leurs conditions de dépenses (le capital contre l’emploi) et à des taux élevés, des taux de marché.
Dans tous les cas, il faut embaucher et former ! Il faut des pré-recrutements de soignants pour l’hôpital, d’enseignants pour l’éducation nationale, et de cheminots pour le transport ferroviaire (fret et voyageurs) aussi bien des conducteurs de train, que des ouvriers pour la maintenance, des informaticiens etc.
Il faut une grande campagne dès à présent et à la rentrée. Nous sommes ici à la fête de l’Huma et le journal communiste l’Humanité pourrait y contribuer.
Permettez-moi deux remarques.
Première remarque, dans les années 1930, on a suivi une logique de baisse des dépenses publiques, et cela a amené souffrance et récession ainsi que la montée de l’extrême-droite, sans du tout alléger le poids de la dette : le PIB étant plus faible, la dette a pesé plus lourd et la base des impôts s’est restreinte.
En 1944-45, au contraire, on a effectué des avances massives pour se développer, des avances par création monétaire et déficit public, tant au niveau national qu’au niveau mondial. Ces avances ont été orientées par des réformes de structure (nationalisations, intervention des comités d’entreprise dans les gestions, sécurité sociale, etc.). En conséquence, la croissance du PIB a été considérable et a permis d’avaler la dette et de la rembourser.
Deuxième remarque, de nos jours, à la différence des années 1930, il y a d’énormes aides publiques aux entreprises, un financement public de l’économie. … Mais sous domination du capital et de sa logique. La question politique n’est donc pas celle de « plus » d’intervention économique, mais d’une tout autre intervention de l’Etat.
Face à l’alliance renforcée Etat-Capital qui domine le financement public, nous devons exiger une autre alliance, Etat-Société contre le capital et pour tout le vivant (capacités humaines et écologie). Il s’agit donc d’aller dans un tout autre sens.
Le Monde. Aller dans un autre sens, c’est la grande question posée au monde. Le monde tangue aussi. Les coups de boutoir de Trump en sont le dernier épisode marquant. Que signifient-ils ?
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Les Etats-Unis sont affaiblis oui : le taux de profit aux Etats-Unis est en difficulté, d’autant plus que les exigences de profit sont renforcées ; la base sociale populaire du capitalisme est affaiblie
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Les Etats-Unis sont challengés par la Chine et les BRICS
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Le dollar est lui-même en difficulté, particulièrement à cause du déficit public US abyssal, mais il continue à dominer le monde.
Dans ces conditions, Trump pratique un chantage :
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j’augmente les droits de douane, donc ça va être plus durs pour vous autres d’exporter… sauf si vous vous couchez
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plutôt que d’exporter chez nous, délocalisez et venez vous installer aux US
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gouvernements des pays capitalistes alliés, soutenez le dollar
Les gouvernants et les médias dominants présentent alors une alternative biaisée :
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protectionnismes, souverainisme nationaliste, pays contre pays
versus
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libre-échangisme fou
Mais il existe un autre terme. Et c’est ce que nous préconisons :
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des protections sociales et écologiques, c’est-à-dire renvoyant au contenu social et écologique des produits et non aux pays, a priori
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un nouvel ordre économique international avec
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la mise en commun de moyens pour relever les défis communs que sont le climat, une nouvelle production (emploi, industrialisation écologique), le développement des services publics et des Biens communs
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ce qui exige : des partages des technologies et brevets, une monnaie commune mondiale alternative au dollar, de nouveaux types de traités internationaux d’échanges et d’investissements, visant l’emploi, la santé et l’environnement, et non le commerce et l’investissement international à tout prix
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Face à cela l’Union européenne est engagée dans une capitulation, comme la France et l’Angleterre en 1938 à Munich face à Hitler. Ils réclament encore plus de libre-échange (une zone de libre-échange total UE/USA, avec 0% de droits de douane), et sont en passe de céder et d’accepter les droits de douane de Trump, sans aucune rétorsion.
Il faut au contraire, tout particulièrement se tourner vers le « Sud global ». L’UE le peut, c’est fondamental, et elle en a la force. C’est une grande bataille de « sens » : alimenter une fracturation du monde en deux, voire plus, ou se tourner vers le Sud avec la perspective d’une unification de l’ensemble du monde sur une base nouvelle ?
Cette bataille nous pouvons y contribuer à partir de nos luttes de terrain : contre l’austérité, pour une nouvelle industrialisation, de nouveaux financements et de nouveaux pouvoirs et institutions. La bataille des municipales en fait partie :
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des municipalités contre l’austérité (dans la lutte et la résistance, dans une pratique différente, et portant des exigences sur le financement et sur la fiscalité)
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la création de CESEL, comités économiques, sociaux et environnementaux locaux, outils de mobilisation sur l’emploi, pour la construction d’alternatives et la mobilisation de fiancements.
Cela nous ramène à la perspective politique.
Elle peut apparaître sombre. La droite et l’extrême-droite montent et sont dans un rapprochement terrible, même si certains à droite sont durement gênés et sincèrement opposés à ce rapprochement. Le social-libéralisme reprend des couleurs, notamment avec le va-t-en guerre R. Glucksman, qui pourrait être un relais d’E. Macron et bloque une partie des modérés avec lui. Le PS est hésitant vis-à-vis du social-libéralisme, mais décide quand même de se ranger à gauche. LFI qui casse et a cassé la gauche, mais rassemble une partie de celles et ceux qui luttent et résistent et son notre monde.
Alors, en juillet dernier, il y a à peine un an, le peuple a imposé le nouveau Front populaire (NFP) porteur d’un grand espoir, qui a permis un sursaut salvateur et inespéré, montrant un potentiel dans les tréfonds de notre peuple. Il était porteur d’éléments avec cependant de grandes limites.
Je crois que dans ces conditions, il nous faut lutter et construire… avec des idées et propositions, discuter des enjeux fondamentaux. Nous n’avons pas d’autre choix, d’autre chemin, que de mettre ces enjeux dans les mains des « gens » : il faudra un programme d’union, lequel ? il faudra se mettre d’accord pour les législatives sur des candidatures, les quelles ? Il faut débattre du fond, avec les gens, faire savoir et s’outiller.
Par exemple, nous pouvons organiser des conférences sociales sur le financement des retraites, conférences départementales ou régionales, avec les organisations syndicales, les associations et y inviter les partis de gauche.
Il faut bien voir que le risque de l’extrême-droite au pouvoir est cette fois-ci réel. Il nous faut donc parler de tout cela avant de parler des présidentielles.
Pour un programme d’union, nous pensons que nos propositions économiques et sociales sont décisives pour la réussite, pour convaincre qu’on ne va pas retomber dans les errements du passé tout en ne cassant pas la baraque, et pour faire bouger le curseur à gauche.
Quels sont les enjeux d’un programme d’union par rapport au programme du NFP d’il y a un an ? J’en vois quatre principaux.
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Dépenses publiques : faut-il serrer les dépenses publiques, prétendre que notre budget ne creusera pas le déficit et donc financer tout par un recours aux impôts, ce que tendent à préconiser le PS comme LFI, bien que de différente façon ? Ou bien faut-il une grande impulsion de dépenses publiques nouvelles, à l’appui d’un projet de développement ? Donc faire appel à des avances monétaires massives à très bas taux qui serons efficaces grâce à des réformes de structure et que nous rembourserons progressivement sur la base du développement retrouvé. C’est une grande question de classe sur l’utilisation de l’argent et la conciliation, ou non, avec le capital.
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Réformes de structure. Il en faut pour que l’argent soit utilisé autrement, sinon, il nourrira la spéculation, les délocalisations, donc les importations et ce sera l’échec de 1983-84 en pire ! Ces réformes de structure portent sur
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les pouvoirs des travailleurs dans les entreprises
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l’utilisation de l’argent non pour la rentabilité financière mais selon des critères d’efficacité écologique et sociale. « L’argent », c’est-à-dire le crédit bancaire, les aides publiques, les profits des entreprises
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Des nationalisations importantes, et d’une autre nature, avec des pouvoirs d’intervention des travailleurs dans les gestions
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Des institutions nouvelles de planification démocratique, stratégique et décentralisée, dotées de moyens financiers et de pouvoir de suivi.
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Retraites et protection sociale : il faut une impulsion nouvelle et de nouveaux financements développant la cotisation sociale, et non les prélèvements fiscaux (ni tva, ni csg), à savoir une cotisation nouvelle sur les produits financiers des entreprises, une modulation du taux de cotisations sociale à la hausse pour les entreprises qui taillent dans l’emploi, les dépenses de formation et n’appliquent pas l’égalité salariale femme-hommes
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International. Sur ce sujet, le programme du NFP est à la fois faible et contradictoire.
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Dépasser l’opposition entre vision purement nationale, qui conduit à préconiser de « casser » l’UE et suivisme de l’UE, pour une Union européenne tout autrement, dès à présent, avec notamment des instruments communs de développement des services publics ? et des instruments de ré-industrialisation, sociale écologique et solidaire dans l’équilibre géographique
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Sortir du silence du NFP sur le dollar associé à de simples refus des traités de libre-échange pour avancer sur d’autres traités économiques internationaux avec le Sud, des instruments monétaires communs, des protections sociales et écologiques.
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Voilà, chers camarades, les défis qui sont devant nous. Cela ne paraît pas facile ? Mais nous pouvons nous outiller. Nous apprenons dans la lutte.
IL y a un potentiel considérable : dans la jeunesse, dans le « peuple de gauche ». Ils et elles attendent des signes, et on montré qu’elles et ils sont capables d’un sursaut populaire formidable.
La bataille d’idées est fondamentale. Mais elle ne peut se faire qu’à partir de luttes, d’expériences dans les luttes, des obstacles que l’on y rencontre et qui, quand on les interprète, montrent ce qu’il faut changer ; du fait que nous faisons notre preuve « d’utilité » dans la lutte et la résistance. Il nous faut pour cela être exigeants avec nous-mêmes, d’autant plus que les gens veulent des contenus précis, pas de la vague « soupe ».
Et il nous faut chercher à le faire avec d’autres, de façon unitaire, sans concession sur les questions fondamentales, mais sans mettre un préalable de la participation de toutes les forces pour avancer. Nous devons ainsi porter un autre type d’union, d’unité, mais aussi de réponse de fond aux difficultés.
Je vous remercie et excellente fête !
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