Intervention d'Evelyne Ternant au CN du PCF le 5 juillet
Nous avons raison de sonner l’alarme sur les divisions et les ambitions à gauche aux municipales, plus portées sur des prises aux partenaires que sur des conquêtes à droite, et qu’on aurait tort de n’attribuer qu’à LFI : le PS s’en occupe bien aussi, et sans retenue, comme à Besançon !
Nous avons raison de refuser d’enjamber ces élections, raison de ne pas nous laisser enfermer dans une primaire, qui n’est pas le moyen de régler les questions de fond qui traversent la gauche, qui plus est dans une gauche social-démocrate restreinte, qui a peur des nationalisations, peur du pouvoir des salariés dans les entreprises, peur du déséquilibre budgétaire, et dont les débats vont tourner autour de la taxe Zucman sur les grandes fortunes, la progressivité de la CSG et sa fusion avec l’impôt sur le revenu, et le meilleur moyen pour réduire la production électro-nucléaire.
Participer à l’initiative Castets nous aurait inclus de fait dans une fédération anti-insoumis, alors que la place du PCF, même s’il est affaibli, est d’être un pivot central à gauche pour lever les deux obstacles que sont : 1 -le retour en force du social-libéralisme au PS ; 2- la stratégie populiste des dirigeants LFI.
Mais il faut entendre les exigences exprimées par les camarades pour que les décisions sensibles soient prises par le CN qui est l’organe souverain, et il faut entendre aussi leur souci de nous inscrire sans ambiguïté dans une démarche de construction unitaire.
Mon questionnement porte sur la publication, maintenant, du « pacte national » et sur sa cohérence avec l’appel au rassemblement pour les municipales.
Même s’il se présente comme un appel au débat à gauche, c’est en fait, soyons honnêtes, un socle de propositions d’un projet présidentiel et législatif, qui mérite d’ailleurs d’être travaillé encore, collectivement, pour intégrer pleinement l’ambition communiste, comme l’a proposé Hoel. La démarche proposée n’est pas un appel aux forces progressistes politiques, syndicales, associatives sur quelques questions ouvertes, en résonance avec les terribles régressions actuelles et l’économie de guerre, dans lesquelles nous avancerions quelques éléments de réflexion préalables : le pacte tel qu’il est proposé, c’est un ensemble fini de propositions, qui bouclent un programme susceptible d’être défendu dans une campagne présidentielle. Et ce sera bien interprété comme tel à l’extérieur : Fabien Roussel se lance dans la présidentielle, c’est la raison pour laquelle il n’a pas participé à l’initiative Castets., etc..
Cela risque de percuter notre démarche de rassemblement aux municipales et saper la force d’un positionnement juste, celui qui appelle à se débattre des contenus maintenant, au lieu de lancer des candidatures. On dit que le moment n’est pas de se projeter dans la présidentielle, mais en réalité nous le faisons, nous aussi.
Je ne discute pas la nécessité d’élaborer dès maintenant le projet présidentiel et législatif communiste pour 2027. C’est le tempo de sa présentation et sa validation, maintenant, qui me paraît en décalage avec deux exigences du moment politique actuel :
1-l’appel aux mobilisations que requiert la situation économique, sociale, climatique : les régressions actuelles sont sans précédent depuis l’entre-deux-guerres sur l’austérité, les suppressions d’emplois et fermetures d’entreprises sont violentes, les décisions politiques sont irresponsables sur l’écologie, en pleine période de canicule qui donne une idée de ce qu’est en train de devenir le climat dans une zone dite tempérée… Il faut gagner la crédibilité sur les réponses aux mobilisations et luttes passées et présentes, telles que les retraites, le sauvetage des emplois et des entreprises dans l’industrie et les services publics, la défense de l’environnement.
2-la nécessité vitale de dégager une perspective à gauche de la confusion politique actuelle. Je pense que le pacte devrait être le premier jet d’un document interne soumis à discussion large des communistes, et finalisé à l’automne.
Sans ressaisissement imminent, la gauche, toutes composantes confondues, se dirige vers un effondrement électoral. J’ai perdu à l’élection législative du Jura 65% des voix en 6 mois quand le nombre d’électeurs ne baissait que de 45%. C’est un signal fort qu’on aurait tort de prendre à la légère. Le peuple de gauche est dans un désarroi profond, fracturé et en perte de de repères idéologiques. Il faut redonner l’espoir d’une alternative crédible dans le rassemblement sans pour autant semer des illusions sur le fait que les programmes des uns et des autres seraient proches. C’est une ligne de crête plus difficile à tenir que l’union dans la fusion ou l’absence d’union.
L’alternative solide à gauche ne peut pas se construire dans le huit-clos des rencontres de sommet, ni dans la précipitation d’un programme bâti en quelques jours sous la pression de l’arrivée au pouvoir de d’extrême droite, qui risque bien de se reproduire en 2027. Elle ne peut se construire que dans la durée et dans les mobilisations unitaires, qui doivent être l’occasion d’un débat public avec les citoyennes et les citoyen sur les propositions des uns et des autres, afin de dépasser les contradictions programmatiques actuelles. C’est dans une dynamique populaire que se réaliseront les convergences sur un socle commun de leviers de transformation. Encore faut-il nous organiser pour l’initier : c’est le sens du texte que nous avons élaboré avec Fred, Jean-Marc, Denis et Thalia.
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