Intervention de Frédéric Boccara au CN du PCF du 5 juillet

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Intervention de Frédéric Boccara au CN du PCF du 5 juillet

 

Je partage l’idée qu’il faut prendre des initiatives. Il y a une sorte de fenêtre politique de 10 à 12 mois pour faire bouger les lignes, non seulement pour le parti, mais pour la gauche et par le parti pour la gauche et au sein de la gauche.

 

D’autant que la crise est profonde et qu’elle commence à taper dur, ce qui ne va pas manquer de continuer. Je partage aussi l’idée qu’il faut absolument venir sur le fond. Car il ne faut pas alimenter une bataille d’egos, et encore moins entrer dans un processus de primaires.

 

Mais, je pense qu’on s’y prend à l’envers. Car, quoiqu’on en pense, en présentant ainsi nos propositions comme une liste, comme un « pacte », nous allons vite être considérés comme les autres. Personne ne sera dupe. On va se dire que le PCF lui aussi veut se compter et va aller à la présidentielle « dans son couloir ». Il fait comme les autres.

 

Alors, la voie est difficile, car il faut à la fois avancer du fond, et parce que nous pensons que l’originalité communiste est indispensable à ce fond. Dans le même temps, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir. Il faut donc absolument construire une union large.

 

C’est pourquoi, je crois, il faut s’y prendre différemment. Commencer par les grandes exigences en prenant, en tant que Direction nationale, des initiatives de bataille dès à présent : budget, retraites et sécurité sociale, licenciements. Durant ces batailles et à partir de celles-ci, nous développerons des contenus, nos propositions. Nous organiserons des débats sur cette base. Ce qui donne une toute autre place, en outre, à notre corps militants. Et dans un second temps, novembre ? décembre ?, nous publierions des propositions.

 

Voyons bien que c’est à partir de la Résistance que l’on peut construire : c’est ce que notre parti a fait durant l’Occupation : initiatives de Résistance et ensuite, sur cette base, nous avançons notre vision, nos propositions. Mais pas l’inverse. Nous ne serons pas entendus, ou trop faiblement. Nous devons parler au plus grand nombre, et dans ce premier temps surtout à gauche, à celles et ceux qui peuvent se mettre en mouvement avec nous.

 

Avec mes camarades Thalia, Denis, Jean-Marc et Evelyne, nous proposons un « appel au peuple de France » (voir article précédent sur ce blog), que nous avons envoyé et dont nous demandons qu’il soit transmis aux membres du CN. Il est intitulé « Préparons un automne contre l’austérité, les licenciements, pour le climat et une bonne retraite à 60 ans ». Il indiquerait que :

 

  • le Conseil National du PCF décide de prendre les dispositions durant l’été pour organiser une rentrée de mobilisations populaires, contre le budget d’austérité ultra-renforcée préparé par le gouvernement de droite de F. Bayrou avec la complicité de l’extrême-droite.

  • Il décide d’organiser dans chaque région, une conférence sociale sur le financement d’une bonne retraite à 60 ans, avec la perspective de l’élargir à chaque département et à toute la protection sociale

  • Il lance une campagne contre l’austérité et pour un budget de développement des capacités humaines (emploi, formation, salaires) et de lutte contre le réchauffement climatique (…) appuyée par une campagne de débats et une pétition nationale, portant tout particulièrement un autre financement et des pré-recrutements dans la santé, l’éducation nationale et le transport ferroviaire

  • Il met en place un dispositif de soutien aux luttes et de mobilisation contre les fermetures d’entreprises et les suppressions d’emploi, d’appui à la concertation entre travailleur.ses et à la construction de propositions alternatives.

  • Il construit la perspective d’une manifestation nationale pour l’emploi à l’automne

  • Il organise une campagne de formation de ses militants sur ces différents enjeux, ouverte à tous.

  • Il appelle les citoyen.ne.s, les travailleur.se.s, la jeunesse à y participer, à s’y investir

  • Il appelle les forces écologistes, de gauche et progressistes à participer à ces différentes initiatives, en y prenant toute leur place et en y débattant dans un esprit constructif, unitaire et dans le souci du bien commun

  • Ces initiatives sont ouvertes à la participation, en toute indépendance, de toutes les organisations syndicales, notamment celles qui s’étaient jointes au NFP

  • Il appelle les associations soucieuses du bien commun à y participer.

 

Nous devons sonner l’alarme, car l’heure est grave. L’heure n’est pas à quelque primaire d’ego ou de fanion boutiquier, ni à jeter des anathèmes ou à dire « tout le monde derrière moi ». Elle est à la résistance pour construire. Elle est au débat à partir des luttes et mobilisations pour dépasser les obstacles et avancer sur des contenus précis face aux défis immenses de la crise économique, sociale et de civilisation que nous vivons.

 

En outre, la proposition de « pacte » passe à côté d’un second enjeu : l’existence d’un programme « commun » à gauche, celui du NFP, issu du sursaut de notre peuple. Ainsi que le fait que, d’une façon ou d’une autre, il faudra une union à gauche face à l’extrême-droite (notamment aux législatives). Mais ce n’est pas bon de le faire dans l’urgence, au dernier moment.

 

Au lieu de lister à plat nos propositions, il faudrait donc plutôt faire référence à ce programme pour ouvrir les points de discussion :

 

  • se présenter comme les plus orthodoxes en matière de déficit, voire malthusiens, et tout financer par l’impôt versus une impulsion massive de dépenses avec des avances bancaires à 0%, qui permet de lancer la machine et de progressivement se développer tout en avalant la dette ?

  • Laisser faire l’économie sur cette base et recherche une rentabilité financière « sympa » ( !?) versus engager des réformes de structure, tout particulièrement sur l’utilisation de l’argent et ses critères (pôle public du crédit, nationalisations d’un nouveau type, pouvoir d’intervention des salariés, institutions de planification démocratique), en privilégiant les capacités humaines et un autre type d’investissement

  • Rafistoler notre système de protection sociale, conforter la CSG concilier avec le privé versus développer franchement la cotisation sociale et la Sécurité sociale ?

  • Remettre à plat la partie internationale du programme du NFP. Sur l’Europe elle est suiviste tout en proposant de « casser », alors qu’il faut engager un bras de fer pour mobiliser les moyens existants mais dans un tout autre sens. Sur le monde la question du dollar n’est pas du tout abordée, ni le besoin d’engager d’autres types de relations internationales, et lesquels.

 

L’alternative pour notre peuple se construit dans la durée, par les luttes et en mettant dans le débat public, lors des mobilisations, les propositions des uns et des autres afin de dépasser les contradictions. C’est aussi le moyen que les militants, les communistes en premier lieu, ne soient pas des spectateurs mais interviennent.

 

C’est cette démarche dont le peuple et notre pays ont besoin tout de suite, et c’est le moment pour l’engager avant que l’élection présidentielle n’y fasse obstacle.


 


 

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