Loi Duplomb : « C’est le modèle productiviste qui est remis en question par la pétition »

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Au moment de la rédaction de cet article, il est recensé : 1 295 226 signatures

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Pierre-Michel Périnaud, président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides, dénonce depuis plusieurs mois les dangers sanitaires des dispositions de la loi Duplomb, comme son passage en force au Parlement. Il se réjouit du mouvement populaire né ses derniers jours.

 

Humanité : Vous qui avez combattu le contenu de la loi Duplomb, comment percevez-vous cette réaction citoyenne avec une pétition approchant le million de signatures ?

 

PMP : C’est extrêmement réconfortant. Cette pétition dit bien qu’il y a une colère dans l’opinion publique sur le contenu de la loi comme sur la manière dont elle a été adoptée. D’autant que cet élan citoyen est spontané, non concerté, parti d’une étudiante pour se diffuser dans la société en à peine dix jours.

 

C’est un désaveu pour ceux qui ont voté cette loi en dépit des prises de position scientifiques, guidés par la défense d’un modèle productiviste. Car la loi Duplomb c’est : relever les seuils pour les élevages intensifs, sanctuariser les bassines, museler l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)…

 

Soit la liste de courses de la FNSEA, qui de plus ne concerne qu’une petite minorité d’agriculteurs. C’est ce modèle agricole qui est remis en question par la pétition.

 

H : Quelles suites attendez-vous, désormais ?

 

PMP : J’espère qu’avec le débat parlementaire qui devrait découler de cette pétition on pourra imaginer d’autres parades à ce texte, se saisir de l’occasion. Ce qu’a fait une loi d’autres lois peuvent le défaire. Quoi qu’il arrive, rouvrir le débat est déjà une claque énorme pour ceux qui ont voulu l’initier de cette façon.

 

C’est-à-dire avec plusieurs entourloupes. D’une part la motion de rejet préalable qui a privé l’Assemblée nationale de débat pour aller directement en commission mixte paritaire. D’autre part, en commission, les parlementaires ont prétendu revenir sur l’une des dispositions qui cristallisait beaucoup de critiques, celle de couper les ailes de l’Anses, en subordonnant son action à un Conseil d’orientation pour la protection des cultures. Avec comme conséquence que l’intérêt économique puisse prendre le pas sur l’exigence sanitaire.

 

Il a été remplacé par un comité des solutions. Des députés du centre se sont appuyés là-dessus pour justifier leur vote. Or, le soir même du vote de la loi Duplomb, un décret a été pris pour la création de ce « comité des solutions », et sa fonction est la même qu’avec le conseil de l’orientation agricole, qui avait mis tout le monde contre lui.

 

H : Quelles sont les principales menaces qu’implique cette loi Duplomb ?

 

PMP : En premier lieu, c’est le retour des néonicotinoïdes interdits en 2018, en raison du devoir de vigilance imposé par les données scientifiques. Or ces données n’ont pas été contredites depuis, elles ont même été renforcées. L’acétamipride est certes utilisé par d’autres pays européens, mais ça ne veut pas dire qu’il n’est pas néfaste.

 

Depuis 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments dit que l’évaluation sur la reprotoxicité (impact néfaste sur la fertilité ou le développement de l’enfant à naître, critère d’exclusion d’une mise sur le marché – NDLR) n’est pas bien faite.

 

La seule étude étant réalisée par des industriels. Mais les États s’en fichent et les défenseurs des pesticides prétendent que le produit est sans danger. Si le dossier est rouvert, il faut que les députés regardent cet aspect-là puisque, jusqu’ici, on les roule dans la farine avec ce type d’arguments.

 

Florent Le Du  Interview publié dans l'Humanité

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