Austérité, injustices, politique de l’offre : un budget Lecornu sans rupture et pire que celui de Bayrou !
Malgré la suspension de la réforme des retraites, le budget 2026 de Lecornu poursuit la politique macroniste : refus de taxer les riches et le capital, cadeaux aux entreprises et pression sur les personnes fragiles sur fond d'austérité renforcée. Ce budget, ce sont des larmes et du sang pour le plus grand nombre alors que le pays a besoin comme jamais d'une autre politique sociale, économique et démocratique pour reprendre son développement tout en assurant la transition écologique, mis à mal par Macron.
« C’est un budget d’effort, sans aucun doute. » Bercy n’a pas tenté de noyer le poisson lors de sa présentation à la presse du budget pour 2026. Insistant sur la nécessité du « maintien de notre trajectoire de compétitivité », le ministère de l’Economie a confirmé que la politique de l’offre de Macron ne sera pas abandonnée, malgré ses résultats catastrophiques.
Importantes coupes dans les dépenses publiques, gel des prestations sociales, mesures dramatiques pour la santé, les patients et l'hôpital public... L’annonce de la suspension, en réalité "recul de son application", de la réforme des retraites, pour faire avaler la pilule budgétaire, risque de se traduire par des difficultés sociales aggravées pour l'ensemble de notre peuple, pour l'emploi, pour les industries et la transition écologique. Seule le capital et les super-riches peuvent sabler le champagne ! Une honte !
1 - Le choix néolibéral de la baisse de la dépense publique plutôt que la justice fiscale pour augmenter les recettes !
En 2026, Lecornu vise un déficit public à 4,7 % du PIB et une dette de 117,9 % du PIB. Pour atteindre ces objectifs, son budget prévoit un effort structurel primaire (c’est-à-dire sans prise en compte de la charge de la dette) supérieur à celui réalisé cette année : de 1,2 point de PIB, contre 0,9 point en 2025.
Du côté de la dépense primaire nette, le principal indicateur que regarde l’Union européenne (UE) pour juger du respect des règles budgétaire européennes, le projet de Lecornu y va plus fort que le projet adressé à l’UE au printemps. Sa hausse sera limitée à 0,6 %, contre 0,7 % annoncée au printemps. Pourtant, l'UE n’en demandait pas autant puisqu’il recommande une croissance de la dépense primaire nette à 1,2 %.
L’effort sera réalisé sur la dépense publique avec les deux tiers reposant sur des coupes budgétaires. Bercy est encore à côté de la plaque, il oublie que l’essentiel du dérapage des comptes publics depuis 2017 est lié au détricotage des recettes fiscales. Si l’on met de côté la charge de la dette, les crédits ministériels seront au global en baisse. Si certaines missions voient leurs crédits augmenter, les enveloppes réelles baisseront puisque les hausses sont inférieures à l’inflation (prévue à 1,3 % en 2026).
Sans prendre en compte l’inflation, les dépenses vont augmenter, mais seulement de 29 milliards, une trajectoire jugée « très ambitieuse » par le Haut conseil des finances publiques (HCFP), qui a rendu son avis sur la copie du gouvernement. Cette croissance est réservée à l'heure actuelle à la charge de la dette (+ 8,1 milliards d’euros), aux dépenses militaires (+ 6,7 milliards), aux prélèvements de l’Union européenne (+ 5,7 milliards) ou encore à l’augmentation des pensions de 6 milliards (plus de retraités) malgré le gel des pensions envisagé.
Ces dépenses réservées ne favorisent pas une croissance saine et durable : la charge de la dette ce sont les marchés financiers qui l'absorbent aggravant leurs actes nuisibles à toute la société, les dépenses militaires pour une grande partie se sont les groupes industriels privés "marchands de morts" principalement américains qui l'accaparent, Les prélèvements de l'UE c'est pour financer les engagement financiers de Madame von der Leyen pris avec Trump pour faire la guerre à la Russie avec l'Otan européen, seuls les salariés-es accédant à la retraite seront l'occasion d'une dépense utile, et encore avec de petites pensions pour le plus grand nombre.
On mesure avec ces chiffres que c'est le choix de l'économie de guerre et celui de la soumission aux marchés financiers qui structurent ce projet du budget Lecornu tout en essayant de contenir le déficit dans les limites données au printemps à l'UE ! La question de la dette est montée en épingle pour masquer ces choix graves qu'il nous faut combattre avec la plus grande détermination, il en va de l'avenir d pays !
Après déduction de ces dépenses réservées, il ne resterait donc plus que 2,5 milliards à répartir pour tout le reste. Lecornu se dit prêt à un effort moins important, mais avec comme ligne rouge, 5 % de déficit, ce qui ne laisse environ que 6 milliards de marge, selon Bercy. Les députés devront donc augmenter les recettes publiques s’ils veulent limiter la casse sociale. Le projet mis sur la table du Parlement prévoit seulement une « légère augmentation » des prélèvements obligatoires, selon Bercy. La hausse des impôts ne serait ainsi plus tabou, bien que le gouvernement préfère les coupes budgétaires plutôt que des augmentations de recettes.
Ce n’est pourtant pas la meilleure stratégie. En effet, l’austérité budgétaire a des effets plus nocifs lorsqu’il passe par la réduction des dépenses publiques qu’une augmentation des impôts progressifs et justes qui fasse payer "plus" ceux qui ont les moyens et "moins" ceux qui gagnent peu ! comme le rappelait Ian Brossat. L'impact négatif sur la croissance annule une partie de l’effort en entraînant une baisse des recettes publiques et une hausse de certaines autres dépenses (le chômage par exemple).
2 - La justice fiscale absente !
En matière de fiscalité, Lecornu a reconnu « des anomalies » sur la fiscalité des très grandes fortunes. Bercy assure de son côté qu’il vise « une juste répartition des efforts ». Pourtant, la contribution des plus fortunés est finalement plus faible dans ce projet 2026 qu’en 2025. Faisant dire à Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale : « Sur la justice fiscale, on avait besoin d’un geste et à ce stade, on n’est vraiment sur rien du tout » justifiant le vote de la censure,
L’exécutif assure qu’il va demander 6,5 milliards de contribution aux plus aisés, avec la simple reconduction de la Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Créée par la loi de finances 2025, elle assure que les contribuables déclarant plus de 250 000 euros de revenus annuels (ou 500 000 euros pour un couple) paient bien au minimum 20 % d’impôts sur le revenu. (En réalité, les plus riches échappent à l’impôt en réduisant le montant de leur revenu fiscal via des transferts vers des holdings. La CDHR rate donc sa cible).
Le gouvernement a préféré une taxe de 2 % sur le patrimoine financier, à la taxe Zucman demandée fortement dans les manifestations populaires de septembre. Mais cette taxe ne permettra pas de rétablir l’équité devant l’impôt car sont exclus les actifs professionnels. « L’article prend soin d’exonérer quasiment toute la fortune des holdings […] Plus de 95 % de la fortune des milliardaires est exonérée du nouvel impôt Lecornu », commente l’économiste Zucman.
Le gouvernement dit vouloir faire participer les grandes entreprises ou le capital. Pour cela, il prolonge – seulement pour un an – la surtaxe de l’impôt sur les sociétés des très grandes entreprises… mais en divisant son taux par deux. Elle rapportera que 4 milliards en 2026, alors que le PLF 2025 envisageait 8 milliards de recettes grâce à cette mesure. Avec Lecornu comme avec Bayrou le capital est encore épargné !
3 - Une « année blanche » ou une vraie folie néolibérale
Sur conseil de Bercy, Sébastien Lecornu reprend dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), une année blanche pour toutes les prestations sociales. Pensions de retraite, allocations familiales, prime d’activité, aide personnalisée au logement… toutes ces prestations, habituellement réévaluées chaque année pour suivre l’inflation, resteront l’an prochain au niveau de 2025 si le Parlement ne revient pas dessus. Avec une inflation prévue à 1,3 % en 2026, elles baisseront d’autant en valeur réelle. Idem pour le barème de l’impôt sur le revenu (IR) et celui de la CSG (contribution sociale généralisée) qui devraient être gelés en 2026, alors qu’ils sont relevés chaque année.
Conséquence, des ménages aux revenus proches deviendront redevables de ces prélèvements. En 2024, si une personne a gagné 11 495 €, elle n’a pas payé d’impôt sur le revenu, car le seuil de la première tranche était fixé à 11 497 euros. Si, suite à une augmentation de salaire, son revenu annuel passe à 11 550 euros en 2025, elle paiera l'impôt en 2026, alors que ça n’aurait pas été le cas avec une augmentation classique du barème. C'est aussi le moyen de reprendre les "rallonges" que les salariés ont pu arracher par la lutte à leur patron !
Avec cette année blanche, le gouvernement compte économiser 5,8 milliards en 2026 : 2,2 grâce au gel des barèmes, et 3,6 à la faveur de celui des prestations sociales. Plusieurs économistes ont déjà pu simuler ses effets et arrivent à une conclusion similaire : les plus pauvres seront les principales victimes. L'’effet régressif le plus dur est le gel des prestations sociales, car elles pèsent proportionnellement plus dans les revenus des pauvres que dans ceux des riches.
Bien sûr, toute réduction de la dépense publique fait des perdants. D’autres mesures moins régressives étaient possibles en augmentant la cotisation sociale par exemple. Mais pour un exécutif qui a fait de la hausse des prélèvements obligatoires un totem fallacieux, mieux vaut avancer un gel présenté comme inoffensif plutôt qu’une contribution qui croît.
4 - La santé et les patients sacrifiés comme l'école et les élèves
Le déficit de l’assurance maladie (17,5 milliards cette année, contre 13,8 l’année dernière), le gouvernement propose de serrer la vis des dépenses en faisant notamment payer les malades. Un choix très inquiétant et inhumain .
La progression du budget de la santé est très faible, à 1,6 % alors que l’inflation est prévue à 1,3 %, « tranchant nettement avec la dynamique des années précédentes », souligne le Haut Conseil aux finances publiques. C 'est « un effort de maîtrise nettement plus important que les années précédentes ». En 2025, le budget de la santé avait augmenté de 3,6 %.
5 - Réduction de la CVAE, c'est la politique de l’offre !
La « contribution sur la valeur ajoutée des entreprises » (CVAE) fait partie des impôts symbolique expression de la volonté de taxer le capital. Logique qu'elle soit combattue par le patronat car elle appartient à la famille honnie par les patrons des « impôts de production ». Ce terme regroupe l’ensemble des prélèvements qui sont dus par les entreprises quel que soit leur niveau de rentabilité.
Contrairement à l’impôt sur les sociétés, qui porte sur les bénéfices, leur assiette concerne la masse salariale, le bâti, ou encore le chiffre d’affaires. Elle porte sur les facteurs de production donc la richesse réelle qui contribue à la création des richesses. Elle est donc conséquente pour l’industrie, qui mobilise souvent des facteurs de production très importants (surfaces, machines, main-d’œuvre) mais touche surtout les grands groupes et grandes entreprises.
Depuis 2017 Macron a largement réduit ces impôts de production au nom de la politique de l'offre. Cette politique a pour le moment conduit à des résultats catastrophiques. Chômage de masse, sous-investissement, surexploitation des salariés et balance commerciale déficitaire mais accroissement ehonté des dividendes versés aux actionnaires ! Alors qu'il faudrait changer radicalement d'orientation sociale et économique, Lecornu veut amplifier la politique de l'offre en accélérant la baisse de la CVAE.
Cette taxe a pour assiette la valeur ajoutée des entreprises, et son taux dépend du chiffre d’affaires (d’où sa classification en impôt de production). Sa baisse correspond à un transfert de 1,3 milliard aux entreprises l’année prochaine. Ce recul, plus modeste que ceux consentis en 2021-2022 (- 14,8 milliards d’euros), devrait se poursuivre jusqu’à sa disparition en 2028. C'est inadmissible ! C'est un nouveau cadeau au capital qui devient de plus en plus un "assisté" de la République !
Le gouvernement assure que cela « soutiendra la compétitivité des PME, en particulier industrielles ». Ce qui est faux ! Comme l'avait déjà expliqué Alternatives Economiques dans un précédent article, les principaux bénéficiaires de la baisse des impôts de production ont été la production d’électricité et de gaz, la finance et les industries extractives. Ce qui n'a pas empêché l'exécutif d'accorder l'augmentation scandaleuse des prix du Gaz et de l'électricité cet été.
La baisse de la CVAE bénéficiera aux plus grands groupes, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la télécommunication, des finances et des transports. Les PME de l’industrie manufacturière devraient également en profiter selon Bercy mais sans engagement patronal de créations d'emplois ou de mises en formation. Une grave lacune difficilement acceptable au vue de la situation financière de la France.
Il en est de même pour les 211 milliards d'aides publiques aux entreprises sans condition révélés par la commission sénatoriale dont Fabien Gay est le rapporteur, rien n'est prévu à l'heure actuelle ! Les exonérations de cotisations sociales transférées aux entreprises notamment les plus grandes, selon Clément Carbonnier, codirecteur de la recherche politiques socio-fiscales au sein du LIEPP de Sciences Po, est une politique totalement inefficace !
Pourquoi la France est-elle, à ce point, obnubilée par le sacro-saint « coût du travail » ? Ces quarante dernières années, les politiques n’ont cessé de multiplier les exonérations de cotisations sociales, qui aujourd’hui dépassent les 80 milliards par an. C'est ainsi l’Etat avec nos impôts, qui prend en charge 40 % du salaire brut d’un travailleur payé au Smic à la place de son employeur. Tout ça pour quoi ? Les effets sur l’emploi sont inexistants, le financement de la protection sociale est réduit et les inégalités sont criantes.
En conclusion...
L’obsession de la baisse du "coût du travail" et de la réduction de la dépense publique est une impasse stratégique du capitalisme français que poursuivent Macron et Lecornu. Elle a déjà conduit à des effets catastrophiques et nous mène droit dans le mur si Lecornu parvient à la poursuivre voire l'amplifier avec son projet de budget 2026 !
Pourtant, des alternatives existent, elles doivent viser le développement des capacités humaines au travail et dans la société pour faire face aux enjeux actuels notamment la révolution informationnelle, le besoin de partager les savoirs avec la progression des qualifications par la formation et l'emploi, la transition écologique combinée au développement de tous les services publics et à une autre utilisation de l'argent de l'Etat, des collectivités, des entreprises et des banques, BCE comprise ! Telles sont les conditions avec la démocratie, pour répondre au besoin de développement du pays avec une nouvelle croissance plus saine et en capacité d'avaler la dette !
Sources : Economie & Politique - Alternatives économiques - projet de budget présenté par Bercy (Ministère de l'économie)
/image%2F1385629%2F20251020%2Fob_6536b4_screenshot-2025-10-20-at-10-50-04-budg.png)