Palestine : "Le plan de Trump est miné" selon Mustapha Barghouti

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Tony Blair

Tony Blair

 

Pour le leader de l’Initiative nationale palestinienne et membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), candidat à l’élection présidentielle de 2005 face à Mahmoud Abbas ayant recueilli 20 % des suffrages, Mustafa Barghouti, le plan en 20 points, s’il peut conduire à mettre un terme au génocide, écarte les Palestiniens de la conduite de leurs propres affaires.

 

Ce plan présenté par Donald Trump avec, à ses côtés, Benyamin Netanyahou, va-t-il réellement apporter la paix ?

 

Mustapha Barghouti : Je dois dire ma déception concernant deux points fondamentaux. Tout d’abord le parti pris total du président états-unien pour la partie israélienne. Il n’a même pas prononcé les mots « en finir avec l’occupation ». Il a même assuré qu’il comprenait le rejet par Netanyahou d’un État palestinien.

 

De quelle paix parlons-nous si l’idée même de la fin de l’occupation n’est pas mentionnée ? Mais, évidemment, tout le monde veut mettre fin à cette guerre génocidaire. Si Israël est forcé d’arrêter la guerre, il s’agit bien sûr d’une chose positive.

 

De même, l’objectif israélien de nettoyage ethnique total de la bande de Gaza n’a pas été atteint, même si le territoire est totalement détruit. Ce plan présenté par Trump est en fait rempli de mines qui pourraient mettre en danger sa mise en œuvre même. Il ignore les Palestiniens et les causes du conflit : l’occupation et l’apartheid.

 

La plus grosse interrogation réside dans ce que qu’on peut attendre de l’attitude d’Israël une fois qu’il aura récupéré ses prisonniers ou, comme ils sont appelés, ses otages. Est-ce que Netanyahou va reprendre la guerre ? Quelles sont les garanties qu’il ne s’engagera pas dans cette voie ?

 

Les déclarations de Netanyahou ne vous apparaissent-elles pas rassurantes ?

 

M.B : Lors de la présentation du plan, le premier ministre israélien a déclaré deux choses. La première est que le retrait de ses troupes, tel qu’il est prévu, se fera lentement. Nous avons également vu cette carte mentionnant un retrait graduel, ce qui est particulièrement dangereux parce que maintenir des soldats dans la bande de Gaza n’est rien d’autre que maintenir les causes d’une explosion. Le deuxième argument préoccupant développé par Netanyahou réside dans ce droit qu’il se donne de reprendre la guerre pour n’importe quelle raison.

 

Nous savons que les Israéliens excellent dans cet exercice, celui d’inventer des causes pour pouvoir faire ce qu’ils veulent (la trêve conclue en janvier sous l’égide des États-Unis a été rompue unilatéralement quelques semaines plus tard par Benyamin Netanyahou – NDLR). Tout cela ne rend pas tellement optimiste. D’autant qu’il faut ajouter un troisième point : les Palestiniens sont totalement écartés, la représentation officielle palestinienne est exclue. Ce plan prévoit ce qu’ils appellent un « conseil d’administration international » pour gérer Gaza. Quelle loi leur permet de venir et de nous prendre en main, nous Palestiniens, plutôt que de respecter notre droit à nous gérer nous-mêmes ?

 

Le Hamas peut-il accepter ce plan ?

 

M. B : C’est une décision très difficile à prendre. Est-ce que le Hamas et les autres groupes palestiniens réalisent l’importance de mettre fin à cette guerre génocidaire ? Chaque jour, près de cent personnes sont tuées. Israël détruit maintenant la cité historique de Gaza. Et il y a cet élément important qu’il est possible d’empêcher le nettoyage ethnique de Gaza. Mais, comme je vous l’ai dit, il y existe beaucoup de mines à l’intérieur de ce plan.

 

De quoi Donald Trump parle-t-il lorsqu’il évoque des réformes de l’Autorité palestinienne ?

 

M. B : Ce n’est absolument pas clair. S’agit-il de réelles réformes démocratiques, de l’organisation d’élections présidentielle et législatives, ou s’agit-il de faire de l’Autorité palestinienne un simple sous-agent pour la sécurité d’Israël ?

 

Le nom de Tony Blair a été évoqué pour faire partie de ce Conseil d’administration international. Qu’en pensez-vous ?

 

M. B : C’est l’idée la plus terrible. La pire menace est l’imposition d’une domination étrangère aux Palestiniens de Gaza, qui séparerait la bande de Gaza de la Cisjordanie et saperait tout potentiel d’un État palestinien indépendant. Tony Blair n’a rien à faire dans l’administration de Gaza.

 

Nous nous sommes déjà trouvés sous la domination coloniale britannique auparavant (durant la période dite de la Palestine mandataire de 1920 à 1948 – NDLR). Nous nous sommes battus pendant des décennies pour nous débarrasser de ce colonialisme. Puis il y a eu l’occupation israélienne. Il est inacceptable qu’une personnalité étrangère gère Gaza, surtout avec la réputation que traîne Tony Blair (premier ministre britannique lors de l’invasion de l’Irak en 2003 – NDLR).

 

Interview réalisé par Pierre Barbancey publié dans l'Humanité

 

Pourquoi Tony Blair...et réactions

 

Les 25 et 26 septembre les médias ont révélé l’affaire : l’ex-premier ministre britannique Tony Blair aurait proposé de présider le gouvernement provisoire de l’enclave palestinienne en cas d’accord de paix. Une position critiquée alors que l’ancien 1er ministre du Royaume-Uni est impliqué dans le projet de « Riviera » à Gaza.

 

Tony Blair, a 72 ans. Des tractations censées advenir en cas d’accord de paix, alors que le génocide se poursuit dans la bande de Gaza : selon des chiffres sous estimés, plus de 65 000 Palestiniens ont été tués depuis le 7 octobre 2023.

 

Sans l’implication de l’Autorité palestinienne

 

Le journal britannique The Economist révèle que « plusieurs sources impliquées » dans le plan lancé par la Maison Blanche auraient indiqué que « M. Blair pourrait diriger une instance appelée Autorité internationale de transition pour Gaza (Gita) ». Lors d’une première étape, il a été conclu que cette autorité (en place théoriquement pour 5 ans) se ferait sans l’implication de l’Autorité palestinienne, a déclaré « une source politique israélienne de haut rang » au journal Haaretz.

 

Mustafa Barghouti avait déjà réagi auprès de la radio BBC 4 : « Il est absolument inacceptable que Tony Blair prenne la tête d’une autorité de transition à Gaza, nous n’avons pas besoin d’un dirigeant venu d’une ex-puissance coloniale. »

 

Le développement d’une « Riviera du Moyen-Orient »

 

Tony Blair aurait lui-même demandé à siéger au conseil d’administration de l’Autorité internationale de transition pour Gaza (Gita), selon Financial Times. Le journal The Economist assure de son côté que « le plan de Tony Blair bénéficie de soutiens influents, des dirigeants du Golfe à Jared Kushner, le gendre de Donald Trump ». Il aurait aussi le soutien d’autres proches de Trump, notamment Steve Witkoff.

Blair a par ailleurs été convié à la Maison Blanche pour une réunion sur Gaza avec Trump le 27 août. Au début du mois de juillet, The Guardian avait aussi révélé que la fondation de l’ancien 1er ministre britannique – le Tony Blair Institute for Global Change (TBI) – avait travaillé avec le cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group et des hommes d’affaires israéliens, au projet de construction d’une « Riviera du Moyen Orient » et d’une zone industrielle portant le nom d’Elon Musk dans la bande de Gaza.

 

Blair le va t’en guerre en Irak

 

En 2003, le dirigeant travailliste était premier ministre lorsqu’il a engagé son pays aux côtés des États-Unis pour envahir l’Irak. Il n’avait pas hésité à l’époque, à mentir publiquement. En 2007, il était devenu envoyé spécial pour le Moyen-Orient d’un quartet composé des États-Unis, de la Russie, de l’Union européenne et de l’ONU, afin de rechercher un accord de paix entre Israël et les Palestiniens. Sans succès. Il avait démissionné en 2015.

 

Source : article de Clémentine Eveno publié dans l'Humanité

 

 

 

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