Pourquoi refonder l'école : une urgence selon Othman El Kachtoul...
Diplomate, agrégé d'arabe et islamologue, Othman El Kachtou témoigne dans un post publié sur Linkedin de sa situation de professeur d'Arabe, du vécu par les enseignants, pourquoi il est urgent de refonder l'école et comment le faire. Nous republions son post ci-dessous.
"Je savais, en quittant mon poste de sous-directeur pour devenir enseignant d’arabe dans un collège de banlieue, que ma démarche ne sera pas comprise. Autour de moi, la surprise fut grande. Même des collègues enseignants, bienveillants mais sincèrement perplexes, m’ont posé cette question directe : "Pourquoi avoir quitté une carrière de 'haut' fonctionnaire pour plonger dans un métier si exigeant, si exposé ?"
Je ne répondais pas toujours à cette question, car les raisons étaient multiples et complexes. L’une d’elles tenait à mon expérience, durant plusieurs années, comme jury d’arabe dans les concours d'accès au ministère des Affaires étrangères. J’y fais chaque fois le même constat : l’école française, malgré ses ambitions, échoue à former suffisamment d'élèves capables de s’exprimer correctement en arabe, pourtant langue d’héritage pour nombre d’entre eux. Ce constat, linguistique en apparence, révélait un enjeu plus profond : l’incapacité du système à reconnaître pleinement la diversité des parcours, des identités et des compétences.
Je voulais comprendre, vivre cela de l’intérieur : dans la classe, dans la salle des profs, au réfectoire de l'INSPÉ de l'académie de Paris, dans les marges visibles de l’école.
À la lumière de cette année inoubliable, la dernière enquête TALIS 2024, publiée le 5 octobre 2025 par l’OECD-OCDE, prend une résonance singulière. Elle met en évidence une contradiction que j’ai moi-même vécue : 79 % des enseignants disent aimer leur métier, mais seuls 4 % estiment que la société leur accorde de la reconnaissance.
Ce taux - le plus bas de tous les pays interrogés - ne dit pas un désamour du métier, mais une forme d’abandon silencieux.
Le diagnostic est connu : manque de reconnaissance, surcharge de travail, hétérogénéité croissante des classes, gestion du comportement, rémunération insuffisante, stress permanent. Mais ce qui pèse peut-être le plus, c’est le sentiment d’isolement, d’inutilité symbolique, cette impression que l’école avance sans ses propres acteurs.
Dans ce collège de Courbevoie, j’ai découvert des élèves d’une curiosité désarmante, des collègues d’un engagement rare, une solidarité en salle des profs que je n’ai pas connue ailleurs. Mais aussi une institution froide : une Inspection distante, une Académie souvent indifférente aux efforts, aux propositions, aux doutes.
Plusieurs de mes anciens collègues au collège ont depuis quitté l’enseignement. Non par désintérêt, mais par épuisement.
TALIS ne fait pas que refléter une réalité : il en révèle la profondeur. Le signal est clair : le métier d’enseignant est de plus en plus vulnérable, malgré l’engagement admirable de celles et ceux qui le portent.
Si l’on veut refonder l’école, il faut commencer par là : écouter, faire confiance, donner les moyens d’agir - non pas dans un idéal désincarné, mais dans un cadre exigeant, humain et juste".
Article de Othman El Kachtoul publié sur son post Linkedin
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