Quand la génération Z se révolte contre la corruption et l’injustice sociale.

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

Face à face tendu à Rabat le 29 septembre, entre jeunes manifestants et forces de l’ordre ©AFP - Abdel Majid BZIOUAT / AFP et au Népal les manifestants en colère ont incendié le Parlement, imposent la démission du 1er ministre.
Face à face tendu à Rabat le 29 septembre, entre jeunes manifestants et forces de l’ordre ©AFP - Abdel Majid BZIOUAT / AFP et au Népal les manifestants en colère ont incendié le Parlement, imposent la démission du 1er ministre.

Face à face tendu à Rabat le 29 septembre, entre jeunes manifestants et forces de l’ordre ©AFP - Abdel Majid BZIOUAT / AFP et au Népal les manifestants en colère ont incendié le Parlement, imposent la démission du 1er ministre.

 

De l’Asie à l’Afrique, du Népal au Maroc, la génération Z, les 13-28 ans, se révolte avec les mêmes codes générationnels issus de leur culture numérique commune. La fracture générationnelle se transforme en fracture politique, mais avec quels lendemains ? Les dirigeants politiques s’inquiètent.

 

On peut parler d’une révolte générationnelle, lorsque les insurgés eux-mêmes nomment leur mouvement « GenZ », pour désigner les jeunes qui ont aujourd’hui entre 13 et 28 ans. De l’Asie -Bangladesh, Népal en passant par le Sri Lanka et l’Indonésie-, la vague de révoltes a gagné l’Afrique, Madagascar et depuis bientôt une semaine, le Maroc.

 

Au Maroc, l’appellation « GenZ-212 » -212 c’est l’indicatif téléphonique du pays-, a fait son apparition sur les réseaux sociaux, et a généré des manifestations qui ont tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Il y a eu trois morts par balles à Laqliaa, près d’Agadir, lorsque les manifestants ont attaqué un poste de gendarmerie. Des incidents ont eu lieu à Tanger ou à Casablanca, il y a eu plus de 400 arrestations, et de nombreux blessés et dégâts.

 

Des points communs à toutes ces révoltes

 

Il y a plusieurs points communs entre ces révoltes spontanées qui naissent dans des coins du globe très éloignés, des sociétés très différentes, des systèmes politiques tout aussi divers.

 

  • Le premier point commun : la GenZ est la première génération totalement numérique, et c’est donc naturellement sur les réseaux sociaux que le mouvement est né, et que se produit la contagion d’un pays à l’autre.

La plateforme privilégiée est Discord, un système de messagerie instantanée, initialement utilisé par les adeptes des jeux vidéo. Discord compte plus de 600 millions d’utilisateurs dans le monde, et a déjà joué un rôle politique : aux États-Unis, c’est là que se serait préparé l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2022.

 

  • Le deuxième point commun, c’est l’absence de leaders reconnus ou autoproclamés, et une profonde méfiance vis-à-vis des partis ou des syndicats.

On retrouve là certains des ingrédients des « printemps arabes » de 2011, qui avaient ébranlé toute la région.

 

  • Troisième point commun, enfin, les revendications, anticorruption, pour plus de justice sociale. « Le peuple veut la chute de la corruption », scandent les manifestants marocains, qui contestent les investissements massifs dans les infrastructures des prochaines Coupe d’Afrique et Coupe du monde de football, tandis que la santé et l’éducation sont en crise.

 

Quelle est la dimension politique de ces soulèvements ?

 

Inévitablement, c’est le pouvoir en place qui en paye le prix. Au Népal, il a même été renversé, et remplacé par une équipe chargée d’organiser des élections en mars 2026. On ignore encore si les jeunes manifestants décideront de présenter des candidats, ce serait une évolution intéressante.

 

A Madagascar, le pouvoir est sur la sellette avec la poursuite des manifestations. Le Maroc présente un cas à part : la monarchie est épargnée par les slogans, qui visent la classe politique et la gestion du pays. En 2011, le roi Mohammed VI avait réussi à retourner le début de « printemps » avec des réformes constitutionnelles. Il est cette fois resté silencieux.

 

La vraie question est la suite de ce mouvement.

 

D’autres pays s’y joindront-ils, en particulier en Afrique où on trouve le plus grand décalage entre la jeunesse de la population et l’âge des dirigeants ? La fracture générationnelle se transforme en fracture politique dont nul ne peut prédire l’issue.

 

Une fois de plus, c’est un grain de sable inattendu qui vient perturber des situations politiques qui semblaient sous contrôle. La GenZ arrive à maturité, et fait entendre sa voix : bien des autocrates, mais pas seulement, doivent aujourd’hui redouter que ça explose aussi chez eux.

 

Sources : Pierre Haski

 

Ces mobilisations portées par la GénérationZ au Maroc traduisent moins une simple expression de mécontentement qu’un indicateur structurant d’un basculement dans les rapports entre la jeunesse et les formes établies de la représentation politique. Cette génération, socialisée en dehors des canaux traditionnels d’engagement, exprime un désenchantement qui ne se réduit ni à l’indifférence ni à la rupture comme certains s'amusent à la caricaturer, mais à une mise à distance critique des institutions censées représenter les citoyens.

 

C’est un décrochage systémique qui s’opère. La centralité historique des partis, des syndicats  et associations s’effrite face à un nouvel imaginaire de la participation, horizontal, fluide, réactif, et structuré autour de temporalités brèves et de revendications concrètes. Ce refus de l’intermédiation classique ne signifie pas un retrait du politique, mais l’affirmation d’une autre manière d’habiter l’espace public. La rue, le fil d’actualité numérique, les formats courts et les récits collectifs sans hiérarchie incarnent cette nouvelle "grammaire du dissensus".

 

Ce phénomène s’inscrit dans une reconfiguration plus large : celle d’un monde où les idéologiques s’atténuent au profit de sensibilités plurielles, mouvantes, parfois contradictoires, mais unies par un sentiment d’urgence face aux vulnérabilités sociales et économiques. Le politique n’est plus perçu comme porteur d’un projet global, mais comme un "mauvais gestionnaire" car déconnecté de la réalité vécue. Ce décalage alimente une défiance structurelle, nourrie par l’expérience du quotidien plus que par des récits idéologiques.

 

Ce qui émerge, c’est une subjectivité politique fragmentée, mais lucide : une génération qui refuse d’attendre son tour dans les files d’attente du système représentatif, et qui interroge, par sa simple présence, l’utilité même des dispositifs censés la représenter. Cette jeunesse n’est ni apolitique ni cynique ; elle est plus exigeante qu'on le pense, en quête de formes nouvelles de légitimité et de parole. Elle ne réclame pas une place dans l’ordre existant, mais invite à repenser les modalités mêmes de l’engagement, du débat et de la transformation.

 

Le vieillissement de la population en France ne constitue en rien une garantie d’immunité face à l’émergence de mouvements de contestation d’inspiration générationnelle. Bien au contraire, il pourrait accentuer le sentiment d’invisibilité et de marginalisation chez les jeunes, en nourrissant l’idée d’un système politique façonné par et pour les générations plus âgées.

 

Cette perception alimente un clivage silencieux mais profond, où la jeunesse, confrontée à l’incertitude économique, à la précarité du logement, à l'urgence écologique et à l’atrophie des perspectives d’avenir, voit dans l’ordre établi non pas un cadre protecteur, mais un obstacle à ses aspirations.

 

Et quand les pouvoirs politiques gérant des Etats refusent d'entendre, usent de la répression plutôt que de discuter, alors les mouvements prennent une dimension très politique avec l'exigence de changer le pouvoir politique : c'est ce que nous avions vécu avec "les printemps arabes", c'est ce que venons de vivre au Népal. Qu'en sera t-il du Maroc ou de Madagascar ou d'autres ?

 

Sources : Othman Kachtoul

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