Bamako encerclée par les djihadistes : la junte malienne et la Russie en échec
Les djihadistes bloquent depuis septembre l’accès de Bamako aux camions apportant le carburant des ports des pays voisins, provoquant une grave crise dans la capitale malienne. C’est un échec pour la junte et ses alliés russes, qui n’ont pas réussi à stopper la branche sahélienne d’Al Qaeda.
Le Mali vit une situation inédite et dramatique. Bamako, sa capitale, qui compte plus de trois millions d’habitants, est, de fait, encerclée par le principal groupe djihadiste de la région sahélienne. Les djihadistes empêchent depuis le mois de septembre le passage du carburant acheminé par camions dans ce pays enclavé, depuis les ports des pays voisins.
Bamako est une « ville fantôme », selon le témoignage d’un expert de l’ONG Crisis Group. Les quelques camions qui arrivent à passer ne suffisent pas à alimenter les centrales thermiques, et l’électricité est régulièrement coupée. De longues files d’attente aux stations-service, les prix des denrées alimentaires qui s’envolent, les écoles fermées… ce sont tous les signes d’une ville en crise.
Les États-Unis, la France et d’autres pays ont conseillé à leurs ressortissants de quitter la capitale malienne tant que c’est encore possible. Les djihadistes ne s’opposent pas au passage des civils, tant que les hommes et les femmes sont séparés. Les Maliens s’interrogent avec angoisse sur l’avenir de cette crise, l’une des plus graves de leur histoire.
La junte militaire qui a renversé le pouvoir civil a provoqué le départ des dernières troupes françaises, en août 2022. On se souvient que c’est déjà l’envoi d’une colonne djihadiste en provenance du Nord, menaçant Bamako, qui avait poussé François Hollande à intervenir en 2014. L’armée française avait bloqué la colonne, mais des années de guerre dans la vaste région sahélienne n’ont pas réussi à contenir la menace.
Les Français ont aussitôt été remplacés par les hommes de Wagner, rebaptisés Afrika Korps, mais l’alliance russo-malienne ne s’est pas montrée plus efficace. Les Russes ont subi de nombreuses pertes, et leur action a été émaillée d’exactions sur les civils. Ils ne semblent pas en mesure de monter en puissance pour défendre leur allié.
Les djihadistes du JNIM, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, la branche sahélienne d’Al Qaeda, n’ont pas cessé depuis d’étendre leur théâtre d’opérations. La présence du JNIM dans le sud, autour de Bamako, est inédite.
La capitale peut-elle tomber entre les mains des djihadistes ? C’est une question qui divise les analystes. Même s’ils sont aujourd’hui en position de force, les hommes du JNIM n’ont pas forcément pour objectif la prise d’une grande ville après des combats urbains auxquels ils ne sont pas habitués. Selon certains analystes, ils pourraient préférer favoriser l’émergence d’un pouvoir qui accepterait leurs conditions, comme l’application de la Charia. Des contacts auraient déjà été pris avec des personnalités civiles ou militaires susceptibles de remplir ce rôle.
Pour la junte militaire, c’est une crise existentielle. Le régime s’est durci ces derniers mois, supprimant les partis, emprisonnant ses détracteurs et même certains de ses amis, provoquant une détérioration des relations avec ses voisins. Ce ne sont pas les meilleures conditions pour souder la population ou obtenir une aide extérieure. Cette crise est d’abord l’échec de la junte militaire au pouvoir à Bamako, avec le soutien de la Russie, elle aussi piégée.
La poussée djihadiste ne reste pas confinée au Mali : toute la zone sahélienne est concernée, et au-delà, jusqu’aux pays côtiers, comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin. C’est donc un enjeu politique et de sécurité pour une partie importante de l’Afrique qui se joue en ce moment dans la région de Bamako.
Sources France Inter
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