Boualem Sansal : l’Algérie « accepte » de gracier l’écrivain

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, a été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, lundi 10 novembre 2025, sous la pression du président allemand Frank-Walter Steinmeier, qui a plaidé pour un « geste humanitaire ». © Pierrick Villette/ABACAPRESS.COM

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, a été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, lundi 10 novembre 2025, sous la pression du président allemand Frank-Walter Steinmeier, qui a plaidé pour un « geste humanitaire ». © Pierrick Villette/ABACAPRESS.COM

 

L’Algérie « accepte » de gracier l’écrivain Boualem Sansal. Arrêté lors de son arrivée à l’aéroport d’Alger, l’écrivain avait été condamné en appel, en juillet dernier, à cinq ans de réclusion.

 

L’Algérie « accepte » de gracier Boualem Sansal. Arrêté à l’occasion de son arrivée dans la capitale, le 16 novembre 2024, l’écrivain avait été condamné en appel, en juillet dernier, à cinq ans de réclusion pour avoir déclaré, en octobre 2024 sur le média français d’extrême droite Frontières, que l’Algérie avait hérité sous la colonisation française de territoires appartenant jusque-là au Maroc. L’écrivain était ainsi accusé d’« atteinte à l’unité nationale », « outrage à corps constitué », « pratiques de nature à nuire à l’économie nationale » et « détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ».

 

Atteint d’un cancer de la prostate

 

L’auteur, âgé de 80 ans et atteint d’un cancer de la prostate, avait été arrêté à sa descente d’avion à d’Alger. Plusieurs de ses proches ont émis l’espoir qu’il soit gracié à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Le président de son comité de soutien, Arnaud Benedetti, estimait alors que cela pouvait être « l’occasion pour le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune de décider d’une grâce présidentielle ».

 

Depuis juillet 2024, de vives tensions sont apparues entre Paris et Alger, déclenchées par la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire que se disputent depuis 50 ans le Maroc et les indépendantistes du Polisario, soutenus par Alger. L’ex-ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, n’a cessé alors de jeter de l’huile sur le feu.  La guerre d’Algérie n’étant pas finie dans certaines têtes…

 

L’écrivain, gracié et libéré par l’Algérie « pour raisons humanitaires », doit cet immense soulagement au président allemand, qui s’engage à le faire soigner comme il se doit. L’Algérie a accepté, la demande de l’Allemagne de transférer l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal sur le sol allemand. Cette libération a été rendue possible par un montage diplomatique entre Paris, Berlin et Alger.

 

Lundi, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, appelait le président algérien, Tebboune, à un « geste humanitaire », en raison de la santé fragile de l’écrivain. Frank-Walter Steinmeier déclarait précisément : « Un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme. Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays. »

 

Boualem Sansal, qui venait d’obtenir la nationalité française, était devenu, à son corps défendant, l’otage des relations tendues entre Paris et Alger, très dégradées après le revirement de la France au sujet du Sahara occidental, qui reconnaissait la « souveraineté marocaine » sur cette terre, depuis longtemps disputée. Depuis un an, Paris et Alger sont en proie à de vives dissensions, lesquelles se sont traduites par le rappel des ambassadeurs des deux pays, par des expulsions de fonctionnaires de part et d’autre et des restrictions infligées aux titulaires de visas diplomatiques.

 

En mars 2025, Boualem Sansal avait été condamné, en première instance, à cinq ans de prison ferme et 500 000 dinars d’amende (environ 3 300 euros). En juillet, malgré l’espoir d’une grâce à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le couperet était tombé. Il était condamné en appel à cinq ans de réclusion. La sentence devint définitive, après qu’il eut renoncé à se pourvoir en cassation. Ce choix était stratégique, dicté par l’urgence d’une santé menacée et l’espoir d’une clémence présidentielle.

 

Le communiqué officiel de l’Algérie mentionne que le président Tebboune « a répondu favorablement » à la demande de son homologue allemand « concernant l’octroi d’une grâce en faveur de Boualem Sansal ». Dans un entretien en septembre, le président algérien avait évoqué l’éventualité de se rendre en Allemagne, fin 2025 ou début 2026. Depuis lors, aucune date n’a été avancée. Il n’est pas indifférent de savoir que le président algérien a été soigné en Allemagne à plusieurs reprises, y séjournant trois mois au total, après avoir contracté le Covid, entre fin 2020 et début 2021.

 

Il faut saluer la libération de Boualem Sansal, qui met un terme à l’enfermement d’un homme de 81 ans à la santé gravement atteinte, au demeurant un grand écrivain, qui a droit comme tout un chacun à sa liberté d’opinion. Il n’en reste pas moins que c’est l’Allemagne qui l’a obtenue, cette libération, bien qu’en langage diplomatique la France ait été mentionnée dans le communiqué final.

 

Si l’on se réjouit de la libération de Boualem Sansal, on ne peut que se montrer inquiet, et rester vigilant quant au sort du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné le 29 juin – vraisemblablement à tort – à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Il n’est pas sûr que l’Allemagne puisse venir à son secours.

 

Sources l'Humanité

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article