COP30 : pourquoi ramener le réchauffement climatique sous le seuil de 1,5 °C est une question de survie

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite

De gauche à droite, le président des Comores Azali Assoumani, le président chilien Gabriel Boric, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le gouverneur de l’État du Pará Helder Barbalho posent pour la photo de famille du sommet des dirigeants organisés en amont de la COP 30 à Belém au Brésil, le 7 novembre 2025. © Pablo PORCIUNCULA / AFP

De gauche à droite, le président des Comores Azali Assoumani, le président chilien Gabriel Boric, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le gouverneur de l’État du Pará Helder Barbalho posent pour la photo de famille du sommet des dirigeants organisés en amont de la COP 30 à Belém au Brésil, le 7 novembre 2025. © Pablo PORCIUNCULA / AFP

 

Alors que débute lundi la COP30 de Belém, au Brésil, les dirigeants du monde sont tancés pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique. Dix ans après l’accord de Paris, les scientifiques l’affirment : la bataille n’est pas perdue.

 

L’œil du monstre a fait trembler les météorologues. Il y a à peine deux semaines, l’ouragan Melissa balayait successivement Haïti, la Jamaïque, puis Cuba. Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, une série de typhons s’abattaient sur les Philippines. Et ça continue. Après le meurtrier Kalmaegi, au tour de Fung-wong de toucher terre dans l’archipel, lundi 10 novembre. Le monde est livré au chaos climatique. Un monde à + 1,5 °C de réchauffement, le seuil ayant été pour la première fois dépassé sur une année, en 2024.

 

Afin de comprendre ce qui se joue à la COP30 de Belém (Brésil), il faut se replonger dans l’histoire de cette limite fatidique. Elle est tirée de la promesse faite à l’humanité de contenir la hausse du mercure « en deçà de 2 °C » et de « s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 °C » à la fin du siècle, par rapport aux niveaux préindustriels.

 

Cette ambition n’a pas surgi de nulle part. L’accord de Paris de 2015 fut l’objet d’âpres négociations, le fruit d’un compromis entre scientifiques et politiques. « L’idée, c’était d’éviter un réchauffement dangereux, de nature à mettre la population en danger », rappelle à l’Humanité Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

 

Maintenir le cap

 

« Le risque, c’est que ce seuil soit compris de sorte qu’avant d’atteindre ce niveau-là de réchauffement, tout irait bien, puis qu’au-delà, ce serait la catastrophe », prévient-elle.

 

Les conséquences calamiteuses sont déjà là. Mais pour préserver l’habitabilité de la Terre, les scientifiques exhortent tout de même à viser le + 1,5 °C d’ici à 2100. Donner une chance aux États insulaires des Caraïbes et du Pacifique de ne pas finir submergés par la montée des eaux.

 

Ne pas rallonger davantage les épisodes de sécheresses en Afrique subsaharienne ou les canicules mortelles en Europe. Les climatologues Hervé le Treut et Mounia Mostefaoui alertent sur les « problèmes d’eau, de feux, mais aussi de santé publique ». « Les populations de moustiques qui stationnaient à certaines latitudes débarquent à d’autres. On le voit par exemple dans l’Hexagone, avec la dengue, le chikungunya. Nous ne sommes pas habitués à affronter ce genre de maladies. »

 

« Nous parlons des récifs coralliens, des rendements agricoles, de l’élévation du niveau des mers… Notre défi est que les jeunes d’aujourd’hui puissent s’adapter pour l’essentiel dans la seconde partie du siècle », souligne Jean Jouzel, paléoclimatologue et ancien vice-président du Giec. Dix ans après l’accord de Paris, nul ne peut feindre d’ignorer ces réalités.

 

Les indicateurs climatiques virent au rouge les uns après les autres. Devant ce constat accablant, d’aucuns sont tentés de baisser les bras. Sommes-nous collectivement foutus ? Bien que le + 1,5 °C risque d’être définitivement dépassé à long terme, il n’y a pas d’autre choix que celui de maintenir le cap. C’est que ce seuil s’est depuis imposé comme un marqueur fondamental des politiques publiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

« Il s’agit d’un objectif inspirationnel, il oblige les États à grappiller chaque dixième de degré, constate Neil Makaroff, directeur du think tank Strategic Perspectives. Ce n’est pas un totem. On appelle cela l’effet overshoot : on dépasse la limite puis, grâce à l’action extrêmement ambitieuse, on inverse la tendance jusqu’à revenir en dessous de + 1,5 °C ».

 

Telle est l’hypothèse envisagée dans un rapport publié jeudi par l’institut Climate Analytics. Sur la base du scénario actualisé le plus prometteur en termes d’atténuation issu du 6e rapport du Giec, le pic de réchauffement pourrait être limité à environ 1,7 °C avant 2050, puis redescendre en dessous de 1,5 °C à horizon 2100. Si les pays ne suivent pas du tout cette trajectoire actuellement, l’accord de Paris et son engagement premier sont pourtant loin d’être enterrés.

 

Une feuille de route pour mettre fin aux énergies fossiles

 

Cette ambition subsiste aujourd’hui dans toutes les têtes, dans tous les discours de lutte contre le réchauffement climatique. Pour l’ensemble des pays les plus vulnérables, elle est non seulement vectrice d’espoir, mais surtout de survie. Elle a trouvé sa traduction dans le droit international.

 

« L’été dernier, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif dans lequel elle élève le + 1,5 °C au rang de référence par rapport aux obligations et aux responsabilités des États ou à leurs actes illicites, explique Valérie Masson-Delmotte. Il me semble que cela fait sens en termes de demandes de réparations, par exemple avec les pertes et les dommages. ». En dépit de ce changement de paradigme, le sursaut se fait toujours attendre. Les émissions de CO2 continuent d’augmenter au niveau mondial. Selon l’ONU, les engagements présents des pays dirigent le monde vers un réchauffement entre 2,3 °C et 2,5 °C à la fin du siècle.

 

« Rester dans les clous de l’accord de Paris me paraît quasiment impossible, puisque certains pays riches veulent augmenter leur production de combustibles fossiles. Les États-Unis ne sont plus dans le coup. Pour autant, il ne faut pas abandonner, insiste Jean Jouzel. Mon espoir, c’est que la COP30 soit l’occasion d’un sursaut, qu’un front commun naisse entre des pays comme le Brésil, ceux d’Europe, et la Chine. »

 

Comme lui, Neil Makaroff regarde à l’est. « La manière dont Pékin accélère à vitesse grand V sa transition énergétique, fondée sur une suprématie des technologies vertes, est impressionnante », se réjouit-il.

 

Le retard pris depuis 2015 est énorme, certes, mais la trajectoire décidée a eu des effets majeurs sur les économies. N’en déplaise à Donald Trump, qui, aux États-Unis, s’obstine à saborder l’éolien et le photovoltaïque : la transition écologique est lancée.

 

Au niveau européen, malgré les multiples remous provoqués par la poussée de la droite et de l’extrême droite, ainsi que la course à l’armement et à la compétitivité au détriment du climat, l’engagement de réduire les émissions de 90 % à horizon 2040 par rapport aux niveaux de 1990 demeure.

 

À l’ouverture de la COP30, le président brésilien, Luis Inácio Lula da Silva, a appelé à un nouvel élan. L’objectif : établir une feuille de route globale pour mettre fin à la dépendance aux énergies fossiles. Pour quitter Belém avec des trajectoires de baisse des émissions alignées… sur + 1,5 °C de réchauffement. En avant !

 

Antoine Portoles  Article publié dans l'Humanité

 
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