Faut-il avoir peur de la "dette" ? Belle soirée d'éducation populaire des communistes de Pierre-Bénite avec Evelyne Ternant
Une trentaine de personnes dont des sympathisants ont participé à cette soirée d'éducation populaire sur la "dette" et les propositions communistes. Après une ouverture à la discussion, très appréciée, d'Evelyne Ternant (Economiste - Membre du CEN et de la section économique du PCF) le débat a eu lieu. Il a permis de nouveaux éclairages. La soirée s'est terminée avec le pot de l'amitié et dans une ambiance fraternelle. Nous portons à votre connaissance les éléments essentiels livrés par Evelyne dans son introduction accompagné des diapos.
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Bayrou a échoué à rester 1er ministre, comme d’autres, mais il a réussi à ce que la dette pèse dans les consciences : elle pèse malgré tout sur la dynamique du mouvement social, avec l'idée fausse que les caisses seraient vides, etc.. Sur cette question de la dette, il y a plusieurs discours :
Celui des classes dominantes qui vise à faire peur et un chantage. Du côté des forces de gauche, il y a le déni, c’est leur dette, leur problème pas le nôtre (LO), d'autres disent : on fait la part de la dette illégitime, on annule (LFI, comité annulation de la dette) ou alors c'est la soumission à l’idée dominante qu’il faut faire faire un effort de limitation des dépenses publiques, parce qu’ils approchent la question du déficit uniquement par la fiscalité : on taxe les riches. La proposition du PS est de diminuer "l’effort sur le déficit" par deux par rapport à Bayrou (20 milliards contre plus de 40), mais il y a quand même la réduction de la dépense publique !
D’où l’impératif d’une connaissance sur la question de la dette pour juger de la pertinence des propositions, dans la perspective fondamentale qui est la nôtre, qui est l’émancipation des rapports capitalistes.
A partir des idées reçues exprimées par Bayrou
Le Discours de politique générale de Bayrou, le jour de sa chute, sur la dette, est un bon point de départ pour poser la problématique de la dette : Parce qu’il est un concentré du discours dominant, mais comme il a voulu faire un tour exhaustif du problème, il y a aussi des constats exacts, sur lesquels il faut effectivement réfléchir et donner du sens politique.
La 1er idée : « Et l'addition des déficits par milliards tous les ans nous a conduits à une écrasante accumulation, 3 415 milliards d'euros de dettes à l'heure précise où nous parlons…. ». Focus sur le montant de la dette 3 415 Mds pour faire peur. Est-ce le bon critère ? Autrement dit l’état rembourse t-il sa dette ? Le problème est-il son montant ?
La 2ème idée : « C'est devenu un réflexe, et pire encore, une addiction. Les dépenses ordinaires du pays, les dépenses pour notre vie de tous les jours, pour les services publics, pour les retraites, pour rembourser nos feuilles de sécurité sociale, nous avons pris l'habitude de les financer à crédit ».
Considérer que les dépenses dans les Services Publics, la santé, retraites, ne peuvent être financées à crédit, car au fond, ce seraient des charges et non des dépenses d’avenir, Il y a derrière l’idée que la dette ne devrait servir qu’aux infrastructures. Cette idée existe aussi à gauche, dans les collectivités locales. Cette idée-là est à remettre en question.
La 3ème idée : « Chaque année, pour acquitter chaque euro de dépense, chaque euro de dépassement des dépenses, il a fallu emprunter, comme un ménage emprunte à la banque quand il a un déficit. Un euro de déficit, c'est un euro de dette supplémentaire. »
Ainsi assimiler l’état à un ménage : est une erreur économique ! Avec le corollaire : l’idée d’un égoïsme générationnel, on laisse une dette à nos enfants et petits-enfants, mais les mêmes les oublient sans scrupule en réduisant les dépenses pour la transition écologique… Est -ce que la dette d’un l’état est de même nature que celle d’un ménage ? On montrera que non !
Les faits chiffrés exacts de Bayrou
1- la montée de la charge d’intérêts : « les annuités qu'il nous fallait verser représentait environ 30 milliards par an. En 2024, c'était 60 milliards. Cette année, 67 milliards. L'année prochaine, en 2026, 75 milliards. L'année suivante, 85 milliards. Et à la fin de la décennie, dit la Cour des comptes, 107 milliards. »
Ce sont les charges d’intérêt de la dette : 30 Mds en 2020, 60 milliards en 2024 sans que la dette ait été doublée…C’est en raison de la hausse des taux d’intérêt dont il ne dit rien ni qui l’a décidé, pourquoi et à qui ça profite. C’est un vrai sujet qui est dû au fait que la dette est entre les mains des marchés financiers et qu’il pourrait en être autrement. Mais cela, Bayrou l’occulte
2 - La charge annuelle de la dette comparée à l’augmentation de la création de richesse, le PIB : « Chaque année, la France, en plus de l'année précédente, produit pour un montant de 50 milliards d'euros environ. 50 milliards créés par le travail, plus de 100 milliards transférés à nos créanciers. Le double. Autrement dit, tout le travail, l'inventivité du pays pour progresser pendant une année, tout ce progrès que nous voulons pour les nôtres, pour nos enfants, est entièrement reversé à nos créanciers. Et la majorité de nos créanciers, 60 %, sont étrangers. Ce sont donc des dépenses obligatoires totalement improductives. Pas un emploi de plus, pas un service amélioré, pas un équipement mis en place. Notre pays travaille, croit s'enrichir et tous les ans s'appauvrit un peu plus. C'est une silencieuse, souterraine, invisible et insupportable hémorragie. »
Intéressante, la comparaison de Bayrou, entre l’accroissement annuel du PIB, 50 milliards actuellement et les perspectives d’augmentation de la charge de la dette de 100 milliards à l’horizon 2030, autrement dit : les créanciers absorbent le double de la croissance économique annuelle, ce qu’il appelle l’hémorragie souterraine…
Mais il n’en tire pas la conséquence évidente : l’inefficacité économique de la dette actuelle, voire ses effets contre productifs. Autrement dit, si la dette augmente par rapport au PIB, passant de 60 % en 2000, à 97,9% avant la pandémie, c’est aussi parce que le PIB augmente moins vite, la croissance économique s’est affaiblie : 2% dans la décennie 1990, 1,4% dans la décennie 2000, moins de 1% dans la suivante…Preuve d’un système économique en crise, dont la dette est inefficace ! Quelles en sont les raisons ???
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1- La dette de quoi on parle
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Quelle est la différence entre le déficit et la dette publique ?
Le déficit, c’est quand les dépenses annuelles du budget de l’État sont plus importantes que les recettes : c’est un flux.
La dette publique, c’est le cumul des emprunts souscrits pour financer ces déficits : c’est un stock. Quand le budget de l’État est en déficit sur une année, il doit emprunter pour pouvoir rembourser ses créanciers.
À quoi correspond cette dette publique ? Le champ des finances publiques ne couvre pas uniquement le budget de l’État, mais l’ensemble des administrations publiques (APU), qui s’organisent en quatre secteurs : l’État, les administrations publiques locales ou collectivités locales (APUL), les administrations de sécurité sociale (ASSO) et les organismes divers d’administration centrale (ODAC, par exemple CNRS, CEA, INSERM, etc....
En % en 1923 : 83% Etat, 9% Sécu (5% actuellement du fait d’un remboursement accéléré qui explique l’augmentation du déficit…), 8% collectivités locales.
Pourquoi ne parler que de la dette publique ?
Pour juger de la situation économique réelle d'un pays, il faut aussi parler de la dette privée, c'est à dire de l'endettement des ménages et des entreprises. Or la dette privée est plus importante que la dette publique. Elle représente plus de 160 % du PIB en France en 2019 et 225 % du PIB mondial (dont 100% entreprises et 60% ménages). Notons que la dette des entreprises était de 90% du PIN en 2019…
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Les deux dettes privée et publique évoluent en sens inverse, ce qui montre leur corrélation. C'est vrai pour les USA comme pour les autres pays.
En fait, elles sont liées, car lorsque l'endettement privé explose et qu'il y a des risques de faillite d'entreprises ou de banques, avec effet domino sur toute l'économie, l'état intervient pour éviter les catastrophes: aides diverses, exonérations fiscales, sociales, il augmente ses dépenses, réduit ses recettes, il prête aux banques et aux entreprises comme en 2008, ou aux entreprises seulement comme en 2020 avec le Covid, et il emprunte lui-même pour prêter. La finance publique vient au secours de la finance privée, et la dette privée se transforme en dette publique.
Il ne faut jamais perdre de vue le fait que la montée de la dette publique est souvent un transfert de la dette privée vers la dette publique. En période de crise, l'endettement des agents privés peut devenir problématique, puisqu'ils deviennent insolvables, avec des risques de faillite en chaîne : exemple les subprimes en 2008, nés de l'insolvabilité de ménages sur des emprunts immobiliers.
On comprend donc que si on maîtrise le crédit bancaire par la nationalisation des banques et un pôle financier public pour qu'il soit dirigé sur des activités utiles du point de vue social et écologique, au lieu d'avoir un système bancaire qui finance les spéculations et les délocalisations, cette dette privée est saine, elle est remboursée sans problème par le supplément d'activités qu'elle a généré, et il n'y a pas besoin de sauvetage public.
Donc, indirectement, l'assainissement de la dette privée aide aussi à l'assainissement de la dette publique. Nous allons évoquer seulement la dette publique, mais il faut avoir cette relation dette publique/dette privée en tête.
Qui détient la dette publique ?
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- 26% par la Banque de France, antenne de la BCE : seule partie annulable éventuellement, sous condition d’accord général européen…, ce qui montre que l’annulation n’est pas une approche pertinente pour la réduire la dette
- 55% par les non-résidents, problème de souveraineté.
2-Pourquoi la dette publique s'accroît depuis 40 ans ?
Évolution de la dette au 20ème siècle
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Au 20è siècle, dans la première moitié, l'évolution de la dette est liée aux trois grands chocs : les 2 guerres et la crise de 1929, avec des chutes de PIB et des montée de la dette qui atteint plus de 200% du PIB. On voit que les valeurs d’aujourd’hui en % du PIB ne sont pas totalement exceptionnelles.
La période dite des « 30 Glorieuses », avec une forte croissance est une période d' endettement public historiquement faible, avec pourtant un Etat social, qu'on a appelé état Providence qui se développe : Période de forte croissance de l’après-guerre qui fait diminuer le ratio alors que la dette augmente fortement : bel exemple d’avalement de la dette. Les raisons ?
- la croissance alimente les caisses de l'Etat;
- la dette coûte moins cher car ce sont des avances gratuites de la banque centrale;
- les agents privés s'endettent fortement pour financer achats de voitures, de logements, et investissements des entreprises.
La machine se grippe dans les années 1970, et c'est là le point de départ d'une montée régulière de l'endettement public : affaiblissement de la croissance économique.
Évolutions récentes de la dette publique (depuis 1978)
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Sur tendance régulière à la hausse, on note trois moments d'accélération : 1983, 1997, 2008, 2020. Quelles en sont les causes ? A chaque fois c’est lié à une rupture de croissance :
- 1983, tournant de la rigueur et réformes financières pour adapter la France à la mondialisation financière.
- 1999-2000 : l’entrée dans l’euro, avec les fameux critères financiers de Maastricht, qui brident la croissance.
- 2008 : crise financière, la dette publique prend le relai de la dette privée des entreprises : sauvetage des banques, aide aux entreprises, etc..
- 2020 : pandémie : l’augmentation de la dette depuis 2020 est aux ¾ due à la pandémie et à la crise inflationniste, elles-mêmes liées évidemment au système économique mondial évidemment.
Donc impact des politiques restrictives et des crises. Exemples : 114% du PIB aujourd’hui avant la pandémie, elle n'était que de 97,9% du PIB tandis qu'elle était de 60% en 2000, avec des poussées lors des crises.
1)La crise structurelle du capitalisme à partir des années 1970
Il y a en toile de fond la crise structurelle durable du capitalisme, qui commence précisément fin des années 1960. Le capital massivement accumulé pendant les trente glorieuses fait face à une crise de rentabilité, donc à un ralentissement durable de la croissance, car le moteur du système, ce ne sont pas les besoins, c'est le profit.
Les capitalistes contrecarrent alors cette tendance baissière de leur rentabilité de plusieurs manières: une mondialisation accélérée de leurs activités pour aller chercher des taux de profit plus élevés là où la main d’œuvre est plus exploitée, une financiarisation, c'est à dire le développement des marchés financiers pour y faire des profits spéculatifs sans passer par la production, une inflation des prix pour restaurer les marges des entreprises, et enfin des pressions sur les Etats pour baisser leurs impôts et cotisations sociales (politique de l'offre).
A un moment où la révolution technologique informationnelle exige au contraire le développement des capacités humaines, cette logique du capitaliste de suraccumulation du capital et de pressions sur les dépenses pour l’emploi et la formation débouchent sur une crise de productivité et un affaiblissement de la croissance.
2) Les réformes financières
Elles ont mis la dette publique entre les mains des marchés financiers. Sous la poussée de la crise de rentabilité, le capitalisme se transforme dans les années 1980 dans un mouvement de globalisation financière. En France, c’est le ministre Beregovoy sous le premier septennat de Mitterrand en 1983, qui mène les réformes pour aligner la France sur les nouveaux standards de la mondialisation financière. L'Etat, qui décidait du taux d'intérêt auquel il empruntait, qui se faisait financer directement par lui-même en quelque sorte, c'est à dire par la Banque de France, doit maintenant passer par un marché financier mondial où il devient un acteur comme un autre.
C’est devenu obligatoire depuis le traité de Maastricht qui interdit à la BCE de financer directement les états et donc les oblige à passer par les marchés financiers, mais le mouvement avait commencé bien avant, y compris en France, le fait a précédé le droit.
Concrètement, pour trouver l'argent dont il a besoin, l'Etat émet des titres, des Bons du Trésor négociables qui sont une reconnaissance de dette. Ces titres sont achetés le plus souvent par des grandes banques (les fonds d'investissement comme BlackRock, les banques comme BNP-Paribas, Goldman-Sax, etc), les compagnies d'assurances (Axa, ..), ou même des multinationales qui font de la gestion de portefeuille. Elles gardent ou bien revendent ces titres à d'autres acteurs quand leur valeur s'accroît ou quand elles ont besoin de d'argent liquide. Cela a 2 effets :
1- Ces titres de l'état français peuvent ainsi se retrouver à l'autre bout du monde. Près de la moitié de la dette publique française sont détenus par des acteurs étrangers.
2 - Ce sont ces acteurs du capitalisme financier qui imposent leurs conditions financières, notamment les taux d'intérêt : si le taux est trop bas, donc le titre pas intéressant, ils n'achètent pas.
C'est ainsi qu'au sein de l'Europe, il y a des états, ceux des économies les plus faibles (les pays du Sud) qui sont obligés de proposer des taux élevés pour se financer, ce qui accroît leur difficultés, tandis que l'Allemagne emprunte à des taux très bas. La France aussi, même s'ils sont un peu plus hauts. Cette différence de taux, c'est ce qu'on appelle « le spread ».
Exemple : taux actuel de 2,72% pour l’Allemagne pour les obligations de 10 ans, contre 3,59 pour la France (87 point se base d’écart avec l’Allemagne)
Poids des intérêts dépendance du taux
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Ce qui compte ce n’est pas le montant de la dette, c’est la charge annuelle des intérêts versés, qui dépend directement des taux d’intérêt. Les intérêts de la dette représentent un poste important du budget, le premier désormais, depuis que les taux ont monté en raison des politiques des banques centrales dans leur choix de contrer l’inflation par des politiques monétaires restrictives.
Bayrou dit : la charge de la dette monte, monte, monte, mais il n’évoque absolument pas la cause : il l’associe à la dette alors que la cause vient des taux d’intérêt.
La dette et charges d’intérêts
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La dette augmente peu en % du PIB, mais la charge d’intérêts explose.
Exemple historique fameux : Allemagne, Grèce.
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Un exemple d’étranglement par les taux d’intérêt !
Le contexte : maquillage des comptes publics …par Goldman Sachs, le taux pour la Grèce monte à plus de 30%, en 2012 quand celui de l’Allemagne est à 2%. Risque d’implosion de l’euro. C’est alors que dirigée par Mario Draghi, la BCE a modifié sa politique monétaire pour faire retomber le soufflet et que s’est amorcée une baisse historique des taux d’intérêt.
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Comment sont déterminés les taux d’intérêt de la dette publique des états ?
Par les interactions entre trois protagonistes :
- les grands intervenants du marché financier mondial globalisé.
- les banques centrales et leur politique monétaire : en Europe la BCE
- la domination monétaire du dollar
1- Les grands intervenants du marché financier globalisé
Concrètement, pour trouver l'argent dont il a besoin, l'Etat émet par appel d’offre des titres, (des Bons du Trésor négociables ou OAT) qui sont une reconnaissance de dette, achetés aux grands intervenants des marchés décrits précédemment, qui soit gardent les titres jusqu’au remboursement, soit les revendent à d'autres acteurs quand leur valeur s'accroît, ou quand ils ont besoin d'argent liquide, titres qui vont se retrouver dans les assurances vies ou les produits de placement de milliers de clients. Les agences de notation, filiales de ces fonds d’investissement et des banques, sanctionnent par une dégradation de note une instabilité politique…ou une politique qui ne va pas dans le sens voulu par le capital et ont une influence sur l’attitude de ces acteurs
Exemple : la note de la France a été dégradée, la démission Lecornu a eu un effet immédiat sur les taux : le taux des obligations à 10 ans est passé à 3,59% (plus que l’Italie 3,58%) , redescendu après la concession sur les retraites….
2 - Le rôle de la banque centrale : la BCE
Le deuxième protagoniste est la banque centrale, ce n’est donc pas sans influence sur les marchés financiers, avec ce qu’on appelle la politique monétaire. Pourquoi et comment ?
1- la banque centrale est la banque des banques et fait elle-même du crédit aux banques : c’est ce qu’on appelle le refinancement : elle décide des taux auxquels elle les refinancera, appelés "taux directeurs", qui seront des taux planchers pour les banques, qui vont forcément prêter à des taux plus élevés, et toute la hiérarchie des taux des crédits bancaires est déplacée vers le haut ou vers le bas selon que la banque centrale augmente les taux de refinancement des banques vers le haut ou vers le bas. Donc première influence de la banque centrale sur les taux.
2- Deuxième influence de la Banque centrale : influence sur les quantités de refinancement qu’elle accorde aux banques, qui va elle-même influencer les quantités de crédits que les banques vont accorder.
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Revenons à la crise grecque : Mario Draghi, alors président de la BCE, décide d’un « quoiqu’il en coûte », « Whatever it takes, « la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour sauver l'euro. Et croyez-moi ce sera suffisant », et la BCE, foulant aux pieds tous les principes de non-financement des états, s’est mise à acheter des titres à tous de bras, titres publics, mais aussi des titres privés, en créant des tombereaux d’euros, pour faire descendre les taux d’intérêt, les banques étant sûres de lui revendre les titres achetés. Les taux directeurs de la BCE baissent jusqu’à devenir jusqu’à des valeurs négatives…
Pour mémoire en France : taux négatif en 2021 (-0,01%) : 2022(1,7%) ; 2023 et 2024 (2,9%), actuellement 3,59% (2,72% pour l’Allemagne), soit 87 point de base d’écart avec l’Allemagne.
Ensuite il y aura avec la crise inflationniste de 2022-2023 et un changement de pied de la BCE, avec relèvement des taux directeurs, réduction des quantités de monnaie offertes aux banques, les banques centrales ayant décidé de contrer l’inflation (que n’aiment pas les marchés car elle dévalorise leurs actifs) par la récession en réduisant l’accès au crédit. Nous sommes aujourd'hui toujours dans cette phase de pente ascendante des taux, d’où la montée des intérêts versés par l’état, et le coût pour le budget de l’état.
Mais alors, pourrait-on penser, la BCE a le pouvoir de réguler assez librement les marchés financiers, en tout cas de calmer le jeu en cas d’emballement. Pas exactement, car il y a la domination monétaire internationale du dollar, le 3è protagoniste
3- La domination monétaire du dollar
Du fait du poids du dollar dans les échanges internationaux (marchandises, capitaux, monnaie), la politique de la Fed, la banque centrale américaine exerce un leadership : en effet, en cas d’écart important entre les taux sur le dollar et les taux sur l’euro, par exemple un taux plus élevé aux USA, des capitaux spéculatifs vont aller se placer aux USA, et inversement.
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Le suivisme de la BCE par rapport à la FED est évident avec le décalage temporel à la hausse comme à la baisse des taux directeurs de la BCE.
En résumé : Les marchés financiers jouent un rôle important dans la détermination des taux d’intérêt. Quand la BCE a contré certaines évolutions explosives, c’est en créant une monnaie abondante pour soutenir les marchés financiers, et pas pour des activités utiles, éviter les effondrements, ce qui crée d’autres déséquilibres, en particulier inflationnistes. Ses marges de manœuvre sont de toutes façons contraintes par la politique américaine.
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A l’échelle mondiale, la capitalisation boursière est multipliée par 40 à 45 fois sur la période (40 ans) quand le PIB en volume est doublé ! Illustration magistrale de la financiarisation croissante du capitalisme. Exemple de perte d’efficacité du système : à la fin de 2006, dans les cinquante principales économies du monde, avec 100 dollars de crédit on dégageait 48 dollars de PIB. Fin 2020, on n’en avait plus que 34 dollars.
On peut en tirer trois nécessités politiques :
1- Débrancher l’augmentation des dépenses publiques de la dépendance des marchés. Comment est-ce possible ?
2-Comment faire en sorte que la création monétaire de la BCE conduise les banques à faire du crédit utile, au lieu de soutenir les marchés financiers ?
3- L’importance d’actions internationales en faveur de l’émancipation du dollar, comme la monnaie commune mondiale.
Un programme de transformation qui émancipe des rapports capitalistes ne peut être restreint au cadre franco-français, il doit nécessairement articuler des propositions nationales, européennes et internationales.
Rappelons les deux premières causes systémiques de montée de la dette qui viennent d’être exposées :
1- la crise d’efficacité du capitalisme ;
2- en lien, l'évolution, par les réformes mises en place, vers un capitalisme mondialisé et financiarisé où les marchés financiers prennent peu à peu le pouvoir sur les politiques publiques et les gestions des entreprises (exigence de taux de rentabilité incompatibles avec les dépenses humaines nécessaires au développement de l’industrie).
Troisième cause : l'évolution recettes/dépenses des politiques budgétaires en France
A répéter inlassablement à ceux qui parlent de dérapage des dépenses publiques. Les déficits sont dus :
- Au rétrécissement des recettes et non au dérapage des dépenses, sauf pour la période 2020-2021.
- Aux politiques d’austérité qui accentuent le manque d’efficacité du système économique : un système qui épuise les hommes et la planète, avec l’inefficacité d’une partie de la dépense publique, en particulier les aides aux entreprises, qui n’améliorent ni l’emploi ni l’environnement, et bientôt l’augmentation des dépenses militaires.
Évolution des recettes
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Les recettes de l’état baissent en % du PIB de 4 à 5 points : il s'agit des impôts (ISF, bouclier fiscal pour les riches, réduction des impôts et exonérations sociales pour les entreprises). 60 milliards en moins sur un déficit de 170 milliards depuis 2017 ! A cela il faut ajouter les 60 à 80 milliards d'évasion/optimisation fiscale. ..
Quant aux dépenses de l'Etat, elles ont aussi baissé de 3 points de PIB jusqu'en 2019. Certes, en raison du transfert de compétences, les dépenses des collectivités locales ont augmenté, ce qui au total de 1980 à 2000 fait une augmentation des dépenses de 4 à 5 points. Mais on voit que les recettes des collectivités ont également augmenté d'environ 2 à 3 points.
Donc si on s’en tient aux seuls aspects budgétaires, la politique fiscale de l’État au service des riches et du capital est un facteur explicatif non négligeable des déficits, contrairement au discours dominant sur le « dérapage » des dépenses.
L'effet « boule de neige » de la dette
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Il y a en plus ce qu'on appelle l'effet « boule de neige », c'est à dire une dette qui s'accroît toute seule comme une boule qui roule dans un pente lorsque les taux d'intérêt sont supérieurs au taux de croissance de l'économie, mécaniquement, la dette s'accroît même si les dépenses publiques restent constantes.
Exemple, le taux d'intérêt est de 5%, le taux de croissance de 2%. Les recettes fiscales augmentent au rythme du taux de croissance de 2%, mais la charge de la dette elle va augmenter plus vite que 2%, donc au total le déficit va s'accroître sous l'effet de la dette. Donc des politiques d’austérité qui limitent les taux de croissance quand les taux d'intérêt sont élevés provoquent une augmentation de la dette publique...
Or, prévisions 2024 : croissance 1% pour la Banque de France. Taux d’intérêt réel 2-3%
Historique des taux de croissance et taux d'intérêt : même quand les taux d’intérêt à long terme étaient bas sous l’effet de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, les taux sont restés le plus souvent supérieurs à la croissance du PIB, donc ont mécaniquement fait monter la dette.
Le cercle vicieux des politiques d'austérité
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Les politiques d'austérité aggravent la dette : c’est la dernière cause d'explication de la montée de la dette, et le paradoxe absolu. Des politiques d'austérité sévère peuvent aggraver la dette en prétendant la résorber.
En bloquant la croissance, elles ralentissent les recettes fiscales et sociales, tandis que les dépenses sociales s'accroissent (chômage, aides aux entreprises), elles peuvent mettre en marche l'effet boule de neige dès lors que le taux de croissance passe en dessous du taux d'intérêt.
C’est pourquoi la course à la baisse des déficits des années précédentes s'est accompagnée d'une hausse de la dette, une course sans fin, « le serpent qui se mord la queue » pour les raisons qu'on vient d'évoquer :
- effet sur la croissance et les recettes
- effet boule de neige d'un taux d'intérêt supérieur au taux de croissance
C’est pourquoi le budget 2026 Lecornu, comme celui de Bayrou, vont aggraver la situation et non « assainir la situation » comme ils le prétendent !
Donc si on résume les causes de croissance du ratio dette publique /PIB :
- Crise systémique du capitalisme et de la suraccumulation du capital : économie de travail /coût du capital : argent mis dans le système crée de moins en moins de valeur, et encore moins de valeur utile… ;
- Domination des marchés financiers sur le financement des états ;
- Sous pression du capital, politique fiscale de réduction des recettes (impôts et cotisations) principalement au profit des riches et du capital, et non dérapage des dépenses)
- Auto-alimentation de la dette :
1-par le poids des intérêts
2-par l’inefficacité de certaines dépenses : 211 milliards d’aides publiques qui soutiennent les prédations : délocalisations, désindustrialisation, sphère financière nourrie par les distribution de dividendes.
Exemple : Michelin, subvention pour 4,3 millions de machines finalement installées à l’étranger après fermeture de l’usine de la Roche sur Yon qui avait touché ces subventions pour « se moderniser »… Des actions sont en cours pour le remboursement, qui sera peut être obtenu, mais le mal est fait pour La Roche sur Yon… Donc mieux vaut empêcher ! d’où l’impératif des pouvoirs des salariés sur l’entreprise !
Gâchis des aides publiques, demain, gâchis de l’économie de guerre ?
- Et enfin, le cercle vicieux des politiques d'austérité qui aggravent la dette au lieu de la résorber.
Conclusion
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A - Trois idées fausses à combattre :
1- L'Etat serait un agent économique comme les ménages et les entreprises : la faillite en cas de non-remboursement des dettes. En réalité, un état ne rembourse jamais l'intégralité de la dette, il la fait rouler, c'est à dire qu'il emprunte pour rembourser. Car l'état est quasi-immortel, et il a la capacité de lever l'impôt donc de trouver des ressources, et de réemprunter pour rembourser, et il a besoin de réaliser des dépenses publiques grâce à ces avances de fonds.
Mais surtout, la dépense publique peut avoir des effets multiplicateurs sur l’économie en ce sens qu’elle a la capacité de générer plus de revenus que leur montant par ses effets sur les autres agents économiques : exemple d’un enchaînement vertueux : embauches – consommation (pas de gonflement de la finance)-activités entreprises -nouvelles embauches … Au total, plus de revenus que la dépense initiale.
Le déficit et la dette, sous condition de ne pas donner lieu à des prélèvements excessifs sur les budgets, font donc partie du fonctionnement normal d'un État.
Certes, il est arrivé que certains états fassent défaut et ne puissent pas faire face à une échéance (’Allemagne en 1953, pays su Sud ou la Grèce en 2015). L’État ne disparaît pas pour autant, il entre souvent dans une phase de négociation avec ses créanciers pour s’accorder sur un rééchelonnement ou une minoration de la dette. Dans le cas de la France, 7éme puissance mondiale, c'est impensable.
Enfin, le montant de la dette pas si important : autour de 115% du PIB, soit un peu plus d’un an de revenu national. Bien des ménages aimeraient après un achat de logement n’être endettés qu’à hauteur d’un peu plus de leurs revenus annuels !
Rappelons-le avec force : le problème ce n’est pas le montant de la dette mais la charge d’intérêts de la dette !
2-La dette serait un fardeau que nous larguons aux générations futures : Faux et archi-faux pour deux raisons :
- admettons dans un premier temps le raisonnement, on nous dit 3400 milliards de dettes divisés par le nombre d'habitant, chaque nouveau-né arrive avec une dette de 32000 euros par mois. Sauf qu'à ce moment-là, il faut aussi évaluer le patrimoine public ! Du point de vue très limité de la comptabilité nationale, avec des amortissements etc.., le patrimoine public (les terrains bâtiments, infrastructures, écoles, hôpitaux, universités, etc..) a une valeur comptable supérieure au montant de la dette , cela donnerait 39 000 euros par nouveau-né. Encore une fois, en reprenant un raisonnement patrimonial qui est celui du capital, et pas le nôtre, car ce qui compte pour nous, ce ne sont pas les bâtiments et les infrastructures, mais les services qui y sont rendus par les êtres humains.
- deuxièmement, les titres de dette sont, en moyenne, remboursables sur une durée de 8 ans, La charge de la dette, ce sont les intérêts payés sur le budget, et ce sont bien les contribuables d'aujourd'hui qui le payent et pas les générations futures.
3- La dette est un poids ou un prélèvement pour l’économie
Une dette utile, c’est-à-dire des avances monétaires produites dans le cadre d’un système bancaire public qui ne fait pas de profit, pour financer des dépenses d’avenir, développer des services publics, réaliser l’indispensable et urgente transformation écologique, ce n’est pas un poids mais au contraire un levier de développement, et le moyen de permettre au contraire à nos enfants de vivre mieux sur une planète durable.
B - Les deux problèmes de la dette
1-dépendance des marchés financiers. La double peine, car la dette, telle qu’elle est gérée aujourd’hui, avec cette charge d’intérêts enrichit les riches et réduit le potentiel de services publics. Elle n’est pas un transfert générationnel, mais un transfert de classe. D’où l’urgence de la sortir des griffes des marchés financiers.
2-Un problème de souveraineté car du jour au lendemain, ces acteurs financiers peuvent vendre ces titres, faire chuter les cours (tout comme d'ailleurs les grandes banques françaises), par exemple si une disposition fiscale ne leur plaît pas ou s’il se met en place une politique économique progressiste, favorable au travail et pas au capital…
Ces agents capitalistes financiers sont accompagnés par des agences de notation, qui dégradent précisément les notes des pays qui ne vont pas dans le sens voulu par le capital. C'est une véritable dictature qui s'est mise en place, qui fonctionne avec les plans d'ajustement structurel des pays en développement, qui a fonctionné avec la Grèce et le diktat de la troïka (BCE, FMI, CE),
Un problème politique. Avec cette menace réelle des marchés financiers, la dette publique est instrumentalisée par les pouvoirs politiques pour tenter de justifier la violence de leurs politiques anti-sociales et la marchandisation généralisée de nos activités humaines.
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Trois remarques préalables sur nos propositions :
1-elles sont à la recherche d’une nouvelle efficacité, qui fasse baisser le coût du capital et dégage des moyens pour libérer la créativité humaine : emplois qualifiés, formation, maîtrise et sens du travail, avancées sur la sécurisation professionnelle pour s’émanciper du marché du travail.
2-elles cherchent à dégonfler la finance qui gangrène l’économie.
3-elles prennent la mesure des besoins, qui sont immenses, en terme sociaux et écologiques.
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L’ampleur des besoins : exemple de quelques dépenses publiques évaluées en 2022 (campagne présidentielle de Fabien Roussel )
Ces besoins ne peuvent pas être couverts seulement par la taxation des riches et des superprofits des multinationales, même s’il faut le faire. Taxe Zucman, au mieux 20 milliards, plutôt 15. Il ne suffit pas de réaliser une répartition moins injuste des revenus ou des richesses par la taxation. Ce sont des réformes structurelles qui changent les logiques qu’il faut mettre en place.
Nous cherchons à articuler les propositions immédiates à ces perspectives fondamentales. D’où la présentation de nos propositions immédiates de contre budget 2026 au budget Lecornu.
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Propositions pour un budget 2026 alternatif. Elles s’ordonnent autour de 3 principes :
1-une nouvelle logique économique : choc d’offre et de choc de demande ;
2- un décrochage des marchés financiers ;
3-La justice fiscale.
Nouvelle logique économique
-
Une relance par l’emploi, les salaires, les services publics.
4 à 5 millions de personnes sont soit au chômage, soit en sous-emploi, soit en mal emploi : souffrance humaine et gâchis social. C’est le cœur du fonctionnement du capitalisme (armée de réserve…). Un changement de logique qui suppose un choc d’efficacité, ou choc d’offre avec la création de 300 000 emplois en 2026 :
- 100 000 embauches et pré-recrutements dans les services publics (soignants, enseignants, chercheurs, justice, police de proximité). Ces pré-recrutements sont un premier pas un système de sécurité-emploi ou formation des jeunes.
- 200 000 emplois dans l’industrie et les services productifs, pour une nouvelle industrialisation. Là encore, des avancées vers la sécurité-emploi formation peuvent être réalisées dans les secteurs mutation technologique (automobile).
Un choc de demande par l’augmentation des revenus : SMIC à 2000 euros brut , revalorisation des salaires, une hausse de 10% du point d’indice des fonctionnaires et l’indexation des retraites sur l’inflation, la revalorisation des aides sociales, la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité ; l’abrogation des réformes des retraites et de l’assurance chômage.
Il en résulterait une augmentation de 3 % de la masse des salaires bruts en 2026. La part des salaires et des cotisations sociales dans la valeur ajoutée des sociétés non financières augmenterait alors de 4,9 points en 2026.
Comment on finance ?
1- Pour les dépenses publiques : ne pas tout faire reposer sur des impôts supplémentaires, mais mobiliser des avances monétaires en créant un Fonds de développement des services publics, financé par le pôle public bancaire existant (BPI, Banque Postale, Caisse des dépôts).
Ce pôle ferait des avances sous forme de prêt à taux zéro à ce Fonds , à concurrence de 500 milliards d’euros sur 5 ans, en commençant par 75 milliards d’euros dès 2026, pour financer nos services publics.
La dette s’accroît, mais sans charges d’intérêts, et elle est débranchée des marchés financiers. Ce fonds peut être refinancé par la BCE.
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2-Pour les créations d’emplois privés : nouvelle relation avec les entreprises, avec :
- Une autre utilisation des aides publiques avec conditionnalité sociale et écologique et un contrôle salarié et citoyen : en particulier reconvertir 22 Md€ d’exonérations de cotisations sociales en bonifications et avances aux entreprises pour se développer sur la base de critères sociaux et écologiques. En faisant levier avec le financement bancaire, cette bonification d’intérêt peut financer jusqu’à 200 Md€ d’investissements et d’avances à 0% pour hausse des salaires, avec là aussi des éléments de suivi démocratique.
- Des sur-cotisations sociales et des surtaxes en cas de délocalisations, licenciements boursiers etc..
- La mobilisation du pôle bancaire public actuel sur d’autres critères que la rentabilité financière.
Sous condition d’une bataille politique pour changer les critères de gestion, ces mesures ouvrent la voie à l’émancipation des marchés financiers.
Une telle relance d’activité rapporterait des cotisations et impôts nouveaux, mais pas immédiatement, d’où une aggravation du déficit à 8% en 2026 ( 5,6% actuellement) puis réduction après… La logique consiste à réduire le déficit, avaler la dette par le développement : on renforce la vitalité du pays au lieu de l’affaiblir par des « saignées ».
2- Le décrochage des marchés financiers
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Il est impératif de dégonfler l’attraction pour la finance et la préférence des entreprises pour l’investissement financier :
- Cotisation sociale nouvelle sur les revenus financiers bruts des entreprises, des banques et assurances (dividendes et intérêts reçus), pour financer les dépenses de retraites, à 10%, soit le taux appliqué aux revenus salariaux : + 62 Md€.
- ISF « social et climatique », intégrant l’ensemble des biens professionnels, en taxant surtout l’outil de « non travail », c’est-à-dire avec une modulation selon que les biens professionnels contribuent à l’emploi et à des productions écologiques ou non : + 25 Md€.
- Impôt territorial calculé sur le capital immobilier, matériel et financier des entreprises. Dans un premier temps il porterait sur leur capital financier soit : 16 000 Md€ taxés à 0,1%, prélevé nationalement et redistribué intégralement aux collectivités territoriales : +16 Md€. Nous supposons que cette mesure entrerait en vigueur progressivement, elle commencerait à rapporter 5 Md€ en 2026 (au lieu de l’étranglement des finances locales qui se prépare).
3- Pour la justice fiscale
- Baisser la TVA sur les produits de première nécessité et sur la fourniture d’électricité ( 20 milliards d’euros en plus pour les ménages, en moins pour les recettes fiscales).
- Progressivité de l’impôt pour les entreprises comme pour les ménages
- Une réforme de la fiscalité des entreprises avec un impôt sur les sociétés universel, progressif (en fonction de la taille des entreprises) et incitatif pour des investissements porteurs d’emplois, de formations, de bons salaires et de recherche : +1 Md€, montant faible car d’une part cet impôt repose sur une répartition différente entre petites entreprises et grandes multinationale, d’autre part, parce que globalement les bénéfices des (grosses) sociétés va être amené à diminuer.
- Un impôt sur le revenu universel en taxant les revenus de la rente et du capital, à partir d’un certain niveau, comme ceux du travail (fin de la fla tax) avec comme objectif de ralentir, voire diminuer les prélèvements sur les bas et moyens revenus, ainsi que sur ceux du travail, et de les accélérer au-dessus de 45 000 € (/an et par personne) et sur ceux du capital : +5 Md€.
Au moment où se discute le PLFSS, il faut redire que l’ensemble de ces mesures est de nature faire progresser les cotisations sociales, sous l’effet combiné de l’expansion de la masse salariale sur laquelle elles sont assises, et de la disparition progressive des exonérations dispensées par les gouvernements successifs depuis trente ans.
Ces ressources accrues permettraient de financer le passage à la retraite à 60 ans, et de résorber la CSG (au lieu de l’augmenter !) et mettre progressivement fin au recours à des ressources fiscales dans le financement de la Sécurité sociale, pour revenir à un financement intégral par les cotisations.
Conclusion
Il faut évoquer l’impact de la situation internationale, avec la guerre économique de Trump, les guerres tout court, et le choix de l’engrenage militaire dans cette concurrence exacerbée d’un capitalisme en crise, qui cherche à relancer la machine en redonnant de l’élan au complexe militaro-industriel. Dans un tel contexte, il faut plus que jamais mener deux batailles politiques majeures en les associant étroitement :
- Défendre la paix
- Des propositions pour un nouvel ordre international
L’impérialisme étatsunien, sous l’impulsion de l’administration Trump, concentre ses moyens contre la Chine, se délestant sur l’Union européenne de la confrontation avec le la Russie. Macron emmène la France dans une fuite en avant belliciste (discours du 13 juillet aux armées, rodomontades contre les tankers russes dans les eaux internationales)
L’Union européenne, dans sa logique capitaliste et sa soumission endémique aux intérêts étatsuniens et à l’OTAN, a capitulé trois fois en quelques semaines face à Donald Trump :
- sur la guerre commerciale et industrielle, acceptation des droits de douane de 15%, d’achats d’hydrocarbures américains pour 750 milliards sur 3 ans et un engagement de 600 milliards d’investissements aux USA !
- en acceptant des achats d’armes américains à hauteur de 100 milliards, avec de plus un taux de marge de 10% !
- acceptation du diktat de l’OTAN (donc des USA) pour faire passer les dépenses militaires à 5% des PIB.
Les deux armes de l’impérialisme US sont l’arme militaire et l’arme monétaire. Il faut combattre l’une et l’autre.
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Monnaie commune contre l'hégémonie du dollar
L’hégémonie du dollar dans l’ensemble des échanges (marchandises, capitaux, monnaie) permet aux USA d’attirer les capitaux du monde entier pour sauver la rentabilité de ses multinationales, financer le trésor américain afin que les USA assurent la fonction de gendarme du monde : intervenir militairement, décider arbitrairement de sanctions économiques pour tout pays ou toute entreprise utilisant le dollar (exemple achat scandaleux d’Alstom-énergie par GE), d’assurer leur leadership sur les échanges mondiaux en faisant varier le cours du dollar, d’affamer les peuples des pays du Sud global par la domination de leurs multinationales et de la dette en dollars.
Il faut savoir que la CADES, qui gère la dette de la Sécurité sociale, emprunte en partie en dollars, comme bien d’autres organismes publics : c’est inadmissible, son président se réjouit de l’attractivité des titres de la dette sociale auprès des investisseurs américains, c’est irresponsable et débile car c’est une évidence qu’une dette française sans le moindre risque financée par nos impôts, et rapportant beaucoup grâce aux mauvaises notes des agences de notation est hyper-intéressante !
Donc mener de pair la bataille pour la paix et la bataille contre la guerre économique, pour une autre ordre économique international, un autre euro, à la fois consolidé et au service des biens communs, ainsi que pour une monnaie commune mondiale au service de la coopération sont des enjeux politiques majeurs, car des avancées dans ce domaine libéreraient bien des peuples de l’asphyxie budgétaire exercée par le capital financier mondial.
L’avenir du point de vue démographique et économique n’est pas du côté du G7. Impératif de coopération avec le Sud global
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