Ukraine : pourquoi les Européens ne jouent-ils pas la carte de la paix qui se cherche un chemin ?
Alors que Kiev vacille, Washington et Moscou négocient, laissant les Européens sans prise sur la fin possible du conflit. Depuis l'élection de Trump, les négociations entre Washington et Moscou pour mettre un terme à la guerre en Ukraine n’ont jamais cessé. Elles ont avancé dans la continuité des premiers échanges menés en Arabie saoudite et Anchorage.
Les excès de colère de Trump relèvent davantage de la communication que de divergences réelles. Ils visent avant tout les opinions occidentales, les dirigeants européens et un Congrès largement va-t-en-guerre, afin de préserver la marge de manœuvre de la diplomatie américaine.
Ces négociations illustrent le lent mais certain désengagement des États-Unis de la guerre en Ukraine. Washington transmet progressivement à une UE dépassée — dirigée par des responsables sans vision stratégique, prisonniers de postures martiales — l’immense fardeau politique, militaire et financier du conflit. Alors que le "quarteron" européen multiplie les déclarations belliqueuses vis à vis de Moscou, jusqu’aux propos délirants du chef d’état-major français, le général Fabien Mandon, appelant à se préparer à une guerre contre la Russie dans trois ou quatre ans et à « sacrifier nos enfants », les États-Unis, eux, se repositionnent dans un monde désormais multipolaire.
Tout ce qui mettra fin à l'hécatombe ukrainienne dénommée par certains "boucherie" peut être considéré comme une bonne nouvelle - sauf si cela peut créer les conditions d'une nouvelle guerre de plus grande ampleur dans quelques années. Mais rien ne laisse voir une telle perspective aussi sombre d'autant que la menace russe relève plus de l'affabulation irresponsable visant à faire accepter l'austérité au nom de l'économie de guerre.
La Russie s'était engagée dans son "opération militaire spéciale " en Ukraine le 24 février 2024, pour "neutraliser, démilitariser et dénazifier" le pays, et trois ans et demi plus tard, elle n'y ait pas parvenu. Certes elle a atteint ses objectifs premiers : débloquer la Crimée, briser le siège de la ville de Donetsk qui durait depuis 2014, récupérer le contrôle total des rives de la Mer d'Azov, et annexer quatre provinces russophones : Donetsk, Lougansk, Zaporojie, Kherson, totalisant avec la Crimée environ 20 % du territoire de l'Ukraine de 2014 ... Ces objectifs étant atteints, la Russie s'est engagée dans une guerre d'usure et d'attente devant une autorité ukrainienne en grande difficulté militaire, économique et morale mais qui refuse de reconnaître la défaite. Au rythme actuel de sa progression sur le terrain, il faudrait un siècle à la Russie pour parvenir à Kiev mais cela n'est pas l'objectif majeur de la Russie.
La Russie pouvait dès lors engager des discussions et ouvrir la voie pour un règlement négocié du conflit. Après l'Arabie Saoudite, il y a eu Anchorage qui a posé les principes de son règlement et les conditions pour aller vers une paix durable. Les Ukrainiens et les Européens trainent des pieds, estimant qu'il était possible de vaincre militairement la Russie quitte à sacrifier des milliers de vies. Surarmement, propos belliqueux, recherche d'argent alors qu'un scandale de corruption des proches de Zelensky secoue l'Ukraine, tels sont les axes poursuivis par le "quarteron" : France - Allemagne - Royaume Uni et von der Leyen depuis cet été et particulièrement le sommet d'Anchorage.
Ce sont encore eux qui s'opposent au projet de plan de paix en 28 points des Etats Unis. Ils viennent de dévoiler un contre-projet à ce plan de paix. Veulent-ils infléchir la proposition des USA, qui a donné jusqu’au 27 novembre à l’Ukraine pour accepter le plan sous peine de suspendre leur engagement militaire? Pris de court par cet ultimatum, les européens mis hors jeu dans toutes les négociations, ont multiplié les contacts en marge du G20 en Afrique du Sud, pour tenter d'être présents aux discussions commencées à Genève, le 23 novembre, entre les officiels états-uniens et ukrainiens.
En réponse au discours de Zelensky qui en l'état refuse ce plan de paix, Trump s’est dit ouvert à des ajustements. Le programme proposé par le gouvernement américain est construit sur la base des réunions d'Anchorage et prend acte des rapports des forces. Ce plan prévoit entre autres une réduction de l'armée ukrainienne, la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée, Louhansk et Donetsk, et l’impossibilité à l'Ukraine d’entrer dans l’Otan.
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